ARCHÉTYPE : L’ADOLESCENCE FRIVOLE

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Choisir ses personnages, c’est d’abord faire le casting de ceux qui au-delà de leur fonction dans l’histoire illustreront aussi certaines personnalités.
Ces personnalités aident alors l’auteur à construire son message.

Afin de porter ce message, il est nécessaire de dessiner des personnages aux caractères marqués et les archétypes deviennent alors un outil dispensable. Si, par exemple, vous avez besoin de décrire une adolescence frivole, vous pourriez vous inspirer de Perséphone, une divinité grecque.

Considérez les archétypes comme des outils de création de vos personnages. En aucun cas, ils viendront brider votre imagination. Bien au contraire, ils sont une énergie créatrice.
Perséphone est connue comme la jeune fille ou simplement la fille en opposition à Déméter qui serait la mère. Enlevé par Hadès qui veut en faire la Reine des Enfers, Déméter (la mère de Perséphone) parvint cependant à négocier avec Zeus et Hadès afin que Perséphone séjourne huit mois de l’année avec elle (sur terre) ce qui corresponds au printemps et à l’été.

Arrachée à la béatitude

Arrachée à la béatitude de l’enfance, Perséphone, cependant, semble accepter sa présence auprès de Hadès, le maître des Enfers, en aidant autrui en guidant les âmes des morts vers leurs dernières demeures.

L’archétype de l’adolescence frivole n’est pas concerné par les problèmes quotidiens. Ignorant volontairement les dangers du monde, il se sent invulnérable. Ce qui lui fait parfois prendre des risques inconsidérés.

Nous avons une précision importante à ajouter ici. Lier l’enfance et une adolescence frivole positionne arbitrairement le personnage à des étapes de sa vie. Or l’intérêt d’un archétype est de puiser dans des traits de caractère pour concevoir un personnage, n’importe quel personnage.
Ainsi, concernant cet archétype de l’adolescence frivole, ce qu’il faut distinguer, ce sont les traits de caractère qui le définisse ou qui semble le déterminer.
Mais en empruntant des traits de la personnalité de cet archétype, vous pouvez les assigner à n’importe quel personnage quel que soit l’âge que celui-ci aura dans la fiction.

L’âge n’est donc jamais un facteur déterminant. Ce pourrait par exemple être une femme d’une quarantaine d’années qui refuse de se laisser enfermer dans le statut des femmes au foyer pour se lancer, par exemple, dans une carrière artistique.
A travers la notion d’adolescence frivole, il y a celle de révolte.

Un refus qui devient modèle

J’aimerais ajouter aussi avant de continuer sur l’archétype de Perséphone que les archétypes relèvent de notre imaginaire commun, de notre imaginaire collectif.

Néanmoins, les archétypes ne sont pas des personnages que l’on peut utiliser tels quels. Ce sont en quelque sorte des catalogues d’attributs, des qualités diverses telles que l’égoïsme ou bien la bonté.
Le principe archétypal propose un ensemble de traits de caractère dans lequel on peut puiser chez un archétype ou un autre afin de construire un personnage qui sera alors doué d’une personnalité, c’est-à-dire d’une intériorité.

La figure de Perséphone révèle une confiance en soi qui déteint sur ceux qui l’entoure. Et devant son exemple, ils sont incités à le suivre. De plus, Perséphone offre au regard un comportement juvénile qui ajoute à son charme. Le mariage, les enfants et les responsabilités ne sont pas des priorités chez elle.

Le mythe de Perséphone auprès de Hadès fait d’elle un guide pour les âmes en errance.
Pourtant, cet archétype ne réalise pas les dangers du monde et lorsqu’il est forcé d’ouvrir les yeux sur la réalité dans laquelle tout comme chacun d’entre nous, il est englué, il peut en ressentir un véritable trauma.

Et comme le héros d’une histoire embarque avec lui une telle expérience lorsque nous faisons sa connaissance, lorsque l’intrigue le place dans des situations qui favorisent la résurgence de ce trauma, cette blessure fondamentale du personnage influe grandement sur son comportement et le met en péril.

L’importance de la mère

La relation la plus intéressante à travailler avec un tel personnage est celle qu’il entretient avec sa mère. Utilisée le plus souvent de manière symbolique, cette relation à la mère implique que les alliés du personnage seront ceux qui supportent son action et se préoccupent de ce qui peut lui arriver.

Ce qui suppose aussi que le personnage dépend des autres (surtout qu’il n’est pas capable d’assumer ses responsabilités). C’est le type de personne qui laisse le soin aux autres de payer les factures.
Tout ce qui est nouveau attire son regard. Mais il aime aussi s’instruire sur plusieurs domaines car cela lui permet de faire de nouvelles rencontres.

Son manque de responsabilités traduit chez cet archétype l’une de ses plus grandes frayeurs : prendre des décisions. Mais comme il lui faut faire face parfois à des choix, c’est auprès des autres qu’il attend la réponse à son problème.
Ce qui signifie, si vous décrivez de telles scènes dans le cours de l’intrigue, que votre personnage est incapable de se défendre lui-même.

Mais cela peut être intéressant à travailler car le climax peut alors placer ce héros dans une situation où il ne pourra faire autrement que de prendre une décision face au dilemme auquel il sera alors confronté.

Et concernant son arc dramatique, il y a aussi une carte à jouer car il croit que le pouvoir est de faire en sorte que les autres agissent pour son propre compte (comme de prendre des décisions à sa place).
Ses pérégrinations au cours de l’intrigue peuvent alors l’amener à comprendre que le véritable pouvoir est en soi.

La peur de la solitude

Voir les autres grandir et devenir des adultes responsables dévaste ce personnage plus qu’il ne le croit. Il ne peut comprendre que les autres grandissent. Il a besoin de personnages qui soient dans le même état d’esprit que lui, autrement la communication ne passe pas.

La routine l’exaspère. Et une relation qui aurait tendance à contrôler ce personnage le rend inconfortable. Il a besoin d’espace et de liberté. C’est un être fragile, somme toute. Toutes formes d’agression mène à la panique et ses ennemis appuient sur cette apparence de naïveté qu’il offre aux regards des autres (mais la naïveté n’est pas forcément un trait de son caractère).

En fait, ce personnage inspiré de l’archétype de Perséphone cherche à profiter de la vie malgré le monde qui l’entoure. C’est un être qui a besoin de sécurité et de savoir qu’il y a quelqu’un sur lequel il peut compter s’il échoue. Il a besoin de se sentir soutenu et approuvé dans ce mode de vie qu’il veut très libre. C’est un besoin de réconfort et de protection.

Face à des situations éprouvantes que l’intrigue ne manquera pas de lui concocter, son besoin de l’autre est très vif. La liberté d’être lui-même, chose qu’il chérie le plus, le positionne cependant souvent  en état de vulnérabilité.
Mais ce besoin constant de l’autre exige un effort permanent de plaire car les autres peuvent parfois être exaspérés de voir ainsi ce personnage exprimé sans détour le moindre de ses désirs.

Être différent des autres a souvent un coût que cet archétype refuse de voir.

Une innocence qui fascine

Ce personnage attire par son innocence. On a envie de prendre soin de lui. Mais cela mène à des conduites autoritaires et surprotectrices.
De plus, sa présence aide les autres personnages à se sentir jeunes.

Nous avons abordé plus haut l’arc dramatique que pourrait suivre un tel archétype.
Une ligne directrice serait que ce personnage apprenne à se gérer lui-même. Peut-être même à trouver un aspect spirituel à la vie qu’il semble brûler par les deux bouts.

L’auteur doit trouver le moyen de forcer ce personnage à prendre ses responsabilités, à s’engager véritablement auprès d’autrui. Il a besoin de croire en ses capacités, encore faut-il qu’il les découvre. Il y a de la force dans un tel personnage mais il doit prendre conscience de la dureté de la réalité.

Malgré son apparente superficialité (surtout aux yeux des autres), c’est quelqu’un capable de compassion qui peut aider autrui à traverser les pénibles épreuves de la vie. C’est un don d’ailleurs de posséder un tel cœur si innocent mais pour que son action soit vraiment efficace dans sa relation aux autres, il faut qu’il apprenne à tourner son regard en lui-même pour comprendre qui il est vraiment.

Son passé

Il est difficile d’expliquer son attitude actuelle par un trauma vécu dans le passé. Pourquoi ce personnage dépend-il autant des autres ? Cette insouciance dont il fait montre à chaque instant cache-t-elle une vérité et s’en sert-il pour masquer une souffrance qu’il ne souhaite pas revivre ?

L’un de ses plus gros défaut est de toujours vouloir être au centre de l’attention. Il n’est pas le seul mais dans son cas, cela nuit à ses relations aux autres.
En effet, pour se mettre en valeur, ce personnage a besoin de regards toujours nouveaux et il ne peut approfondir de relations profondes avec quiconque.

Par ailleurs, il n’a pas conscience non plus des conséquences de ses actions. Du moins, il ne comprend pas parfois pourquoi les autres réagissent mal face à ce qu’il fait. Il lui arrive de blesser les autres mais sans intention de nuire.
Et on peut noter aussi chez ce personnage une certaine hypocrisie car il lui arrive de garder pour lui ses opinions pour ne pas provoquer le départ de ceux qui lui sont proches s’il devait leur dire ce qu’il pense d’eux.

Phoebe Halliwell (Charmed) correspond bien à cet archétype ainsi que Rachel Green dans Friends.
Louise dans Thelma et Louise emprunte de nombreux traits à cet archétype et Mia Wallace dans Pulp Fiction.

 

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