LE THÈME COMME IDÉE DIRECTRICE

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La guerre, l’amour, la désolation ne sont pas des thèmes. Ce sont davantage des genres. Le thème s’exprime en une ou deux phrases qui manifestent une signification cohérente et irréductible.
Cette signification sera l’idée directrice de l’histoire qui décide des choix dramatiques que fera l’auteur.

Elle permet de déterminer ce qui est approprié ou non à l’histoire. Les événements, les éléments dramatiques sont façonnés par cette idée. Le thème permet alors de comprendre ce qui est pertinent à l’histoire et lors des réécritures de savoir ce qui doit être enlevé (ou bien ajouté).
Le thème n’est pas la prémisse. Et c’est souvent après un premier travail d’écriture, au moment de la relecture, que le thème peut enfin émerger dans l’esprit de l’auteur.
Il faut explorer tout ce qui peut surgir à l’esprit afin de le dénicher.

Le thème n’est pas l’histoire

Une histoire contient beaucoup de choses que le thème ne renvoie pas. Toutes les subtilités comme un regard qui en dit long sur ce que ressent un personnage, les métaphores et tous ces sous-entendus que véhicule l’histoire afin que l’auteur puisse communiquer davantage de choses sur la teneur de son message.
Il y aussi les doubles significations qui apportent une ambiguïté au récit. Tout ceci fait la richesse d’une histoire.

Le lecteur, cependant, n’a pas forcément conscience de cette richesse. Il se contente de saisir l’histoire comme un tout. Et de l’interpréter à travers son propre vécu.
Lorsque l’auteur écrit son histoire, ce n’est pas son reflet dans un miroir qu’il contemple. Plutôt, il renvoie une image que le lecteur observe. Le reflet et l’image sont différents. Essentiellement parce que l’image perçue par le lecteur est biaisée par ses propres expériences de vie.

Le lecteur interprète ce qu’il perçoit. C’est alors que le thème fait son œuvre. Plus l’idée qu’il contient est claire dans l’esprit du lecteur et davantage celui-ci trouvera de significations (ou d’implications) rapportées à son expérience personnelle.
C’est là aussi le danger de ne pas avoir su comprendre son thème parce que dans ce cas trop d’idées sont données au lecteur qui ne ressent que de la confusion. En fin de compte, si le thème n’est pas correctement établi, si trop de notions sont sollicitées, l’histoire somme toute n’aura rien à dire.

Le thème décrit un changement de conditions

Afin de rechercher une précision, le thème (Controlling Idea chez Robert McKee) est souvent exprimé de manière concise. Il décrit comment et pourquoi le plus succinctement possible une certaine condition d’existence au début de l’histoire sera amenée à changer en une autre à la fin.

Pour Robert McKee, le thème se compose d’une valeur et d’une cause.
La valeur peut être positive ou négative. C’est au moment du climax (l’ultime moment critique de l’histoire au cours du dernier acte) que la polarité de la valeur est donnée au lecteur.
Reprenons quelques exemples de McKee :

Dans la chaleur de la nuit de Stirling Silliphant.

Globalement cette histoire s’inscrit dans la lutte pour les droits civiques. Elle affiche deux valeurs. L’une est négative dans sa description d’un monde injuste et l’autre est positive mettant en avant le sens de la justice.
Le climax de l’histoire démontre le message de l’auteur lorsque la justice est rétablie. Le thème doit alors contenir cette valeur puisqu’il est le contenant du message de l’auteur.

Missing de Costa-Gavras et Donald E. Stewart, d’après le livre Missing de Thomas Hauser

C’est une valeur négative qui est portée au moment du climax lorsque Ed apprend de manière officieuse que Charlie a été exécuté dès le début de l’histoire. C’est une information qui n’a pas été donnée au lecteur parce que le thème pourrait s’exprimer par la conviction de l’auteur que la tyrannie ne peut être vaincue.
Gardez à l’esprit que le thème n’est pas la prémisse. Et que cette dernière se sert du thème comme un guide.

Un Jour sans fin de Danny Rubin et Harold Ramis, sur un sujet de Danny Rubin

Dans cet exemple, le thème est fortement lié à l’arc dramatique du personnage principal. Nous avons un personnage cynique et égoïste (valeur négative) qui apprend progressivement à devenir quelqu’un de vraiment désintéressé et aimant autrui (valeur positive).
C’est ce changement de point de vue sur le monde qui contient la problématique thématique de cette histoire. Et l’idée qui la soutient est simplement la recherche du bonheur.

Ensuite la cause dont parle Robert McKee est la raison essentielle qui explique pourquoi le monde du protagoniste aboutit à une valeur négative ou positive lors du climax.
Pour comprendre cette cause dont l’auteur ne pourrait pas encore être conscient lors du premier jet de son projet, il faut remonter l’histoire et tenter d’en trouver les traces soit profondément enfouies chez son personnage, dans la société ou dans l’environnement et les circonstances ou situations qui ont permis à cette valeur (positive ou négative) d’être mise au jour au moment du climax.

Plusieurs forces seront à l’œuvre dans le récit. Mais généralement l’une d’entre elles dominent les autres.
Concernant ces forces, nous vous conseillons de lire
FORCES DRAMATIQUES A L’ŒUVRE

La cause explique donc pourquoi le monde ou le protagoniste aboutissent à une spécifique valeur. Le thème alors s’expriment en combinant la valeur et la cause. C’est cet arrangement particulier entre une valeur particulière et sa cause qui donne de la signification.
Par exemple, on pourrait vouloir dire que la justice triomphe (c’est la valeur positive) parce que le personnage principal est plus violent que les criminels (c’est la raison qui explicite la valeur).

Néanmoins, la cause pourrait être différente. Si l’on conserve la même valeur positive (la justice triomphe), on pourrait vouloir communiquer sur l’idée que la justice triomphe parce que le personnage principal est plus intelligent que les criminels.
C’est ainsi que l’on peut distinguer entre l’inspecteur Harry et le lieutenant Columbo.

Et pour reprendre les précédents exemples , les thèmes seraient :

Dans la chaleur de la nuit

La justice est restaurée (valeur positive) parce qu’un étranger noir a su voir la perversion de l’homme blanc (la cause).

Missing

La tyrannie ne peut être vaincue (valeur négative) parce qu’elle est supportée par des puissances étrangères corrompues (la cause).

Le Jour de la marmotte

Nous trouvons le bonheur dans nos vies (valeur positive) lorsque nous apprenons à aimer sans condition (la cause).

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