INTRIGUE : LE PARCOURS INITIATIQUE DU HEROS

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Joseph Campbell a décrit le parcours du héros tout au long de son aventure comme un rite de passage incluant trois étapes majeures :

  1. Séparation
  2. Initiation
  3. Retour

John Truby reprend ce principe directeur pour expliquer la séquence d’événements où un héros s’embarque dans une sorte de parcours.
Au cours de son aventure, il rencontre successivement un certain nombre d’opposants. Il les vainc et s’en retourne chez lui.

Le parcours est initiatique en cela qu’il est la manifestation d’un changement de personnalité

Toutes les fois où le héros surmonte l’obstacle ou l’épreuve (ou bien qu’il échoue), il fait l’expérience d’un changement dans sa personnalité comme s’il découvrait soudain une nouvelle brique de ce qui constitue sa véritable nature.

Ce sont des prises de conscience encore confuses jusqu’au moment où il s’accomplira lui-même pour devenir l’être qu’il doit être, ce que John Truby nomme une révélation.
Pour Truby, cette révélation est considérée comme une étape structurelle nécessaire à l’organisation d’une histoire.

Lors du dénouement, lorsque le héros revient vers son monde ordinaire, il est différent en cela que dorénavant, il a pleinement conscience de ses capacités.
Au début de l’histoire, il était trop aveuglé pour découvrir ce qu’il avait en fait déjà profondément enfoui en lui.

Un problème d’organicité

Pour qu’une histoire fonctionne, il est nécessaire que tous ses rouages (ou éléments dramatiques) participent à en faire une totalité.

Une histoire est un tout et si l’un de ces éléments dramatiques ne lui est pas lié, c’est qu’il lui est inutile. Dans le cadre du parcours du héros, si ce dernier n’apprend rien de ses épreuves, l’intrigue apparaîtra comme une succession d’opposants identiques racontant encore et encore le même combat.

Pour être organiques, les luttes auxquelles se livre le héros doivent soit le faire avancer psychologiquement, soit faire avancer l’intrigue.
John Truby ajoute aussi que ce voyage du héros est parfois trop étendu (en espace comme en durée) pour que les éléments du début de l’histoire puissent rejoindre ceux du dénouement d’une manière crédible.
En d’autres termes, le retour à la maison n’est pas crédible ou semble forcé.

La rétention d’informations est une technique narrative permettant de relier les éléments dramatiques entre eux.

Pour préserver l’organicité de son histoire, l’auteur peut commencer par dépeindre ses personnages par de grands traits montrant en eux d’abord une sorte d’archétypes ou d’éthique morale universellement partagée, comme faire la démonstration de la bienveillance de l’homme.
Ensuite, au cours du déploiement de son intrigue, il peut alors travailler en profondeur ses personnages ce qui les individualisent et permet à l’auteur de donner son propre point de vue sur la bienveillance, par exemple.

 L’unité de temps et de lieu

Ce principe remonte à Aristote. Il peut être intéressant pour un court-métrage. L’intrigue se déroule sur une durée relativement courte, en un seul lieu (quel que soit l’étendue de celui-ci) et suit une ligne d’intrigue (pas d’intrigue secondaire).

Le personnage principal est un des éléments dramatiques les plus pertinents pour l’organisation de l’histoire. C’est par lui que les événements surgissent généralement.
L’intérêt de cette unité de temps et de lieu est que le héros connaît ses opposants. En effet, l’unité de lieu et de temps ne permet pas au héros de découvrir à qui il a affaire. Ses opposants sont déjà dans sa vie.

Il s’est déjà fait une opinion sur eux en les côtoyant. Il les a déjà jugé avant le début de l’histoire. L’épreuve est ainsi plus significative et facilite le travail de l’auteur qui a inventé les opposants de son héros dans une détermination précise.

Le problème en fait avec l’unité de temps et de lieu est la distribution de l’information (ou les révélations comme l’écrit John Truby). Ces révélations sont les clés d’une intrigue complexe et donc intéressante à suivre.

L’unité de lieu et de temps limite les révélations et les personnages apparaissent au grand jour dès le début de l’histoire. Il n’y a rien à découvrir sur eux au cours de l’intrigue.
Considérez Œdipe, par exemple. Sa grande révélation est qu’il apprend qu’il a tué son père et couché avec sa mère. En respectant l’unité de temps et de lieu, on s’aperçoit que c’est la seule révélation possible. Elle est importante mais elle limite les possibilités de l’intrigue.

La distribution de l’information tout au long de l’intrigue est ce qui rend celle-ci suffisamment complexe pour la rendre passionnante.

L’ironie dramatique

Cette ironie consiste à cacher des informations aux personnages ou au lecteur ou bien aux deux à la fois.
Si le héros connaît ses opposants, l’ironie dramatique permet de ne dévoiler que certaines de leurs facettes. Ainsi, le héros et le lecteur ignorent des choses sur l’antagonisme qui sont ensuite révélées au cours de l’histoire.

Ce type de révélations est assez intéressant car il permet d’aller sous la surface. Après tout, tout le monde a sa propre persona et les méchants n’en sont pas dépourvus. Ce qui ajoute aussi à la profondeur de ces personnages.

Et surtout, cela permet de créer des rebondissements et autres coups de théâtre. Des outils narratifs habituellement très appréciés du lecteur.

Combiner les différentes formes d’intrigue en une histoire

Comme par exemple, utiliser un voyage initiatique et maintenir une ironie dramatique. Pour John Truby, cela exige un talent certain dans l’art de raconter les choses.

Par ailleurs, il est possible aussi d’écrire des histoires qui ne possèdent pas à proprement parler d’intrigue. Il peut y être introduit un antihéros. Et elles sont davantage des chroniques de désastres annoncés que de véritables fictions même si leurs personnages sont inventés et que leurs rapports à la réalité ne seraient que fortuits.

Axées sur les personnages et seulement sur l’étude de ceux-ci, ces histoires montrent des morceaux de vie souvent de manière très humble, sans voyeurisme. Ce sont les subtilités des personnages qui sont recherchées.

Points de vue, narrateur, une histoire très ramifiée (certains diront déstructurée) et une chronologie déboussolée sont parmi les outils narratifs qui permettent de raconter une histoire sans intrigue.
Ils autorisent cependant l’étude de la nature humaine dans ses détails intimes ou cruels.

Pour Truby, cette façon de faire peut être très satisfaisante pour un lecteur car elle autorise un ressenti très fort de qui est vraiment un personnage.

Le genre est une intrigue prédéterminée

L’avantage de consacrer son histoire à un genre est que celui-ci est déjà approvisionné avec des archétypes, des thèmes spécifiques, des mondes imaginaires typiques, des symboles et tout un échantillon d’intrigues variées faisant autant de références aux genres dans lesquels elles s’inscrivent.

Le genre est ouvert aux rebondissements. Il est souvent apte à proposer des révélations en mesure de bouleverser totalement l’intrigue.
Pour la raison évidente que le lecteur sait déjà ce qui va se passer.
Le genre est prévisible alors il est bon de réserver au lecteur quelques bonnes grosses surprises pour ne pas le frustrer outre mesure.

Il est difficile d’éviter l’aspect mécaniste lié au genre. Rien n’oblitère cependant l’envie d’écrire dans un genre particulier. Mais il est vrai aussi qu’il faut éviter le stéréotype.
D’où l’intérêt peut-être de mélanger les genres afin de préserver l’intégrité narrative des personnages.
Une comédie horrifique, par exemple, pourrait être le cadre pour des personnages complexes et… succulents.

John Truby, cependant, note que s’en remettre seulement au genre sans se questionner pour écrire son histoire mène essentiellement à de l’action au détriment des personnages.
Et le plus important, c’est tout de même bien nos personnages.

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