Dramatica

DRAMATICA : LA THEORIE EXPLIQUEE (33)

Nous avons commencé la traduction du chapitre 12 portant sur les éléments de structure et en particulier le thème.

Nous avons vu que le problème que soulève une histoire pouvait être défini selon quatre CLASSES :

Dramatica

Chacune de ces classes se décompose elle-même en quatre TYPES. Ainsi,

La Classe Universe

dramatica

La Classe Physics

dramatica

La Classe Mind

dramatica

La Classe Psychology

dramatica

Et chacun de ces types s’analyse en quatre VARIATIONS.

Cet article débute l’étude des variations de chaque type.

Sommaire complet de la théorie expliquée
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE

 Les quatre variations du type Past de la classe Universe

 

dramatica

Fate

Fate décrit une situation possible qui adviendra à un individu. Bien que la possibilité de la situation future est suggérée au moment actuel du personnage, elle est néanmoins empreinte, selon la théorie Dramatica, d’un déterminisme.

Parmi les variations représentées dans la quaternité ci-dessus, nous rencontrons Destiny.
Dramatica insiste sur l’importance de ne pas confondre Fate et Destiny.

Les traductions de Fate et Destiny sont assez similaires en français. Cependant, en anglais et Dramatica distingue la nuance, Destiny est la direction que prend le cours des choses. Un peu comme si nous nous retournions et tentions d’apercevoir mentalement ce que nous sommes devenus d’un point A de notre vie à un point B (généralement le moment présent).

Fate corresponds à une description des différents moments qui ont marqué cette direction qu’a pris notre vie.
Ainsi, il y a plusieurs moments dans une vie mais une seule direction. Fate a essentiellement une valeur descriptive. Cette variation du type Past illustre l’état d’une situation et les circonstances à un moment particulier dans le temps.

Fate est donc un résultat, un fait circonstancié, une étape peut-être tout au long de la destinée d’un individu. Cette destinée est composée d’une succession de Fate. Ainsi, il est important de choisir quels seront les moments de la vie d’un personnage qui le représenteront le plus adéquatement dans l’histoire.

Les personnages font souvent deux erreurs.
Soit ils considèrent qu’ils n’ont qu’un seul Fate, c’est-à-dire que seul un moment de leur vie (alors qu’il y en a beaucoup d’autres) est ce qu’ils sont. Ce moment les a paralysés, ils n’évoluent plus.
Alors que leur vérité se construit au fil des moments de leur vie et que cette vérité est la totalité de tous ces moments (et pas un en particulier), ils se façonnent sur un moment spécifique.
Par exemple, ils peuvent confondre un mauvais coup du sort avec leur destinée. Comme si un événement horrible dans leur vie était déterminé d’avance et qu’ils ne pouvaient y échapper.
Or cet événement aurait pu ne pas être ou bien être autre.

Soit ils assument qu’ils peuvent vivre leur destinée sans passer par des moments difficiles dans leur vie. Or une vie est faite de moments heureux et épouvantables, de bonnes et de mauvaises fortunes. Il vaut mieux éviter de faire preuve d’un manque de discernement ou d’un certain aveuglement dans son quotidien.
L’acharnement à ne pas vouloir assumer toute la réalité de la vie n’est pas la meilleure voie qui mène à la sagesse.

Pour Dramatica, nous l’avons signalé, Fate est imparable. Ce peut être n’importe quel événement, mais il ne peut pas ne pas être. Dramatica reprend à son compte l’expression : on mérite son sort.
Ce qui ne signifie pas qu’une volonté divine règle nos actions mais que nos actions et nos choix décident de notre sort.
Ainsi Fate devient le résultat de nos décisions.

Reste la problématique de ces décisions. Qu’est-ce qui les oriente ? Face à un dilemme, y a t-il véritablement un choix meilleur que l’autre ? Fate dit que non.
Rapporté à la fiction, il semble donc que les circonstances qui ont mené au dilemme qu’éprouve un personnage et quelle que soit la liberté dont il bénéficie dans la prise de décision qu’il s’apprête à faire, il ne peut résulter qu’une situation qui lui corresponde.
Ainsi, le sort d’un méchant de l’histoire, par exemple, sera en quelque sorte scellé d’avance. Ou bien le sacrifice, qui est la marque des héros, ne pourra pas être évité.
Notez que ceci est ma propre interprétation de Fate. D’autres ont certainement d’autres points de vue mais fondamentalement, je pense que Fate peut être vu ainsi.

Pour Dramatica, Fate est le détail d’une destinée. Ou la destinée est la totalité des Fate, c’est-à-dire la totalité des événements qui composent une vie. Mais Dramatica va plus loin en précisant que le libre-arbitre est limité par la destinée. En quelque sorte, si un personnage possède des déviances par exemple, quelles que soient ses tentatives pour devenir meilleur, il sera toujours rattrapé par sa destinée. Que le personnage tente d’altérer les choses ou quel que soit le type de personnage qu’il est.
On peut prendre comme exemple Enemy de Denis Villeneuve pour cet aspect de Fate.

C’est pour cela que l’on peut dire aussi que l’auteur ne peut prétendre au libre-arbitre de ses personnages. Tel un démiurge, il préside à leur destinée. Et puisque le futur serait ainsi comme écrit, quelle liberté peut-on y trouver ?

Synonymes :
– Événement inévitable.
– Incident imprévisible dans le sens où la volonté sera impuissante à en faire une possibilité donc à lui donner une contingence (il pourrait ne pas être ou être autrement).
– Une évidence logique comme dans l’expression : sa prodigalité le mènera à la ruine car il ne peut lutter contre cet aspect de sa personnalité qui élimine toute autre option (ce n’est pas une possibilité mais une potentialité).
– Un fait prévisible car quelles que soient nos convictions, il faut garder à l’esprit que nous sommes dans une fiction et il ne s’agit pas de rendre une intrigue prévisible, seulement que la fonction d’un personnage dans une histoire écrit en quelque sorte sa destinée.
– Une situation inévitable car les données d’une situation antérieure ne peuvent aboutir qu’à une situation spécifique sans que la volonté ou le libre-arbitre du personnage puissent y changer quoi que soit.

Destiny

C’est le futur d’un individu qui n’est certes pas encore écrit mais qui est orienté dans une direction bien précise. C’est le chemin qui mène à une situation (décrite par Fate). Ou alors Destiny est une situation résultante d’une série de situations précédentes.
Par exemple dans l’adaptation de Melinda M. Snodgrass qui a été faite des Rois des sables de George R. R. Martin pour l’épisode 1 de la saison 1 des Outer Limits (Au-delà du réel : l’aventure continue de 1995), toutes les situations de Simon Kress (la préférence de son père pour son frère, l’incident au laboratoire qui lui a fait perdre son emploi, son obsession pour prouver l’existence d’une intelligence extra-terrestre, son désir de prix Nobel pour obtenir une reconnaissance essentiellement de son père même s’il s’en défend… Cet abyme dans lequel il a failli entraîner son fils et sa femme ne peut mener qu’à son sacrifice, seule solution (ou situation) qui lui autorise la rédemption.

Ainsi pour Dramatica, Destiny désigne ce génocide qui inclue la propre destruction de Simon Kress. Evidemment, le lecteur ne peut prévoir ce qui va arriver. Mais, en quelque sorte, cette destinée spécifique était déjà inscrite dans les gênes du personnage.

En somme, on peut considérer Destiny comme le cours des choses, ces choses étant décrites par Fate.
Fate,
ce sont les expériences et les conditions que l’on rencontre le long de la route. Cela désigne le vécu en quelque sorte.
Et si l’on continue avec cette image, une route se rend bien quelque part. Elle est posée là sur le sol. Mais cette route ne possède pas de croisement. On ne sait pas quelle sera la situation au bout de la route mais on ne peut s’écarter du sillon qu’elle a tracé pour nous.

Pour Dramatica, nul ne peut lutter contre sa destinée. Même conscient de la nature et de l’imminence d’un sort malheureux, rien que nous puissions faire ne peut nous faire dévier de la route.
C’est bien sûr un point de vue. Et nombre de philosophes ne le partagent pas. Mais encore une fois, nous sommes dans le domaine de la fiction. Ce n’est pas à une règle de vie que nous convoque Dramatica, encore moins à une vérité unique.
Mais celui qui fait des excès de vitesse sur la route devrait bien comprendre que son comportement ne peut mener qu’à une situation dramatique. Or en fiction, dans laquelle la monstration des choses est une nécessité (même lorsqu’elles ne sont que suggérées, c’est par des attitudes et des comportements), il s’avère que la destinée d’un personnage est ce qui permet au lecteur de le distinguer et de l’identifier (et peut-être même de s’identifier à lui d’une manière ou d’une autre).

Et Dramatica ajoute aussi qu’un personnage essaie souvent de nier sa destinée et d’emprunter des chemins tout à fait différents pour découvrir en fin de compte que tous les chemins mènent à Rome.

Synonymes :
– Une voie inévitable ou une trajectoire prédéterminée car on ne peut pas échapper à son destin. On peut évidemment critiquer cette affirmation.
– Un futur potentiel parce que non seulement les choix et les événements passés expliquent le présent mais surtout portent en germes le futur du personnage.
– Inéluctabilité.

Prediction

Prediction (littéralement prédiction) explore les efforts fait pour apprendre le cours de sa destinée. Il s’agit de déterminer un état futur des choses.
On peut s’interroger sur la présence de Prediction comme variation du type Past (qui représente une vue objective du passé). Mais cela fait sens si l’on admet que ce sont les données du passé qui convenablement synthétisées peuvent donner une idée vraisemblable du futur.
Donc un futur potentiel et non possible.

Cependant, un personnage ne peut être certain de ce que sera son futur. Même l’auteur doit s’interroger parfois si la destinée qu’il a imaginée pour son personnage est vraiment aussi certaine qu’il le pensait lorsqu’il a commencé à inventer ce personnage.
Donc que fait le personnage ?
Il va considérer la potentialité de son devenir comme une éventualité et non comme une évidence. Le doute et probablement l’angoisse vont s’emparer de lui.
C’est là que Prediction intervient. Prediction est la préparation du personnage à ce qu’il considère l’éventualité de son futur afin d’en minimiser ou d’en maximiser les effets.

Synonymes :
– Prévoyance. Et il ne s’agit pas seulement de minimiser les risques. Lorsqu’on s’attend à une bonne fortune, autant démultiplier celle-ci.
– Anticiper, envisager son futur.
– Prophétie ou prévision. On sonde en quelque sorte le passé pour en déduire le futur. Notez que la situation actuelle n’est nullement concernée par le type Past. On conçoit l’angoisse existentielle que l’on peut ressentir en tentant de prévoir son devenir selon les choix que l’on prendra.
– Pronostic.

Interdiction

Cette variation du type Past illustre l’effort (ou la tentative) de changer le cours des choses (qui semble prédéterminé).
Selon Dramatica, le cours des choses d’un personnage ne peut être modifié. Il ne peut sortir du sillon qui est tracé devant lui. Néanmoins, rien ne l’empêche d’essayer d’emprunter des voies de traverse pour un devenir meilleur qui ne s’avéreront en fin de compte que des voies de travers.

Pour ce faire, il va donc braver des interdits, ne pas se conformer aux normes établies. Gardez bien à l’esprit qu’il ne s’agit pas ici de règles morales. Nous sommes en fiction, pas dans la vie réelle même si nous tentons de donner une vie propre à nos personnages avec nos mots.

Pour Dramatica, cependant, Interdiction a un sens moins étendu. Lorsqu’un personnage détermine que sa destinée (Destiny) le pousse vers un sort malheureux (Fate), il tente d’éviter (interdire dans la terminologie Dramatica) cette mauvaise fortune de se produire dont il a en quelque sorte l’intuition.
En d’autres termes, lorsqu’un personnage envisage ou comprend qu’il est sur une mauvaise pente, il va tenter de modifier le cours des choses.
Mais l’intrigue va le rattraper.

Par contre, s’il pense que son futur sera plutôt heureux, il n’est plus question de Interdiction car dans ce cas, il va tenter de promouvoir tout ce qui pourra maximiser l’impact positif sur sa vie de cette situation qu’il imagine.

Cependant, Il n’y a aucune évidence à ce que les choses arrivent comme il l’a prévu. Son raisonnement ou son intuition peuvent être faux. Ou bien cette manœuvre d’évitement d’un sort qu’il imagine mauvais pour lui est peut-être une étape vers ce sort (ou quelque chose de similaire) qu’il ne peut empêcher de s’accomplir.

Synonymes :
– Altérer le futur. Du moins, sommes-nous vraiment en mesure de modifier notre devenir ? Dans la vie réelle, est-ce que cela est-il vraiment possible ? Bénéficions-nous d’une telle liberté ? Ou sommes-nous conditionnés par des situations qui nous aliènent totalement ?
Les quatre variations du type Past telles que les voient Dramatica semblent vouloir dire que nos personnages de fiction ne peuvent échapper à un certain déterminisme.
– Interférer avec le prédéterminé. C’est ce que tentent de faire les personnages mais cela semble être une illusion. Pour Dramatica, ils ne peuvent échapper à leur sort.
– Empêcher l’inévitable. Par exemple, une intelligence artificielle dont le module émotionnel a particulièrement été bien développé (jusqu’à atteindre une perfection que la nature humaine n’est même pas capable) va ressentir de l’amour pour son créateur.
Mais ce dernier a par ailleurs une vie amoureuse avec un être de son espèce et de plus, il ne peut concevoir une telle relation avec un être artificiel. Cette intelligence artificielle va logiquement développer un sentiment de jalousie envers ce qu’elle considère un obstacle (qui représente l’inéluctabilité d’une situation future).
Dans cet exemple, elle va tenter de tuer l’objet de sa jalousie mais elle ne fera que retarder l’inévitable, c’est-à-dire non seulement l’impossibilité pour une machine de ressentir des émotions humaines (un interdit qu’elle a cependant bravé) et sa propre destruction.
– Échapper au destin. Pour ceux qui pourraient être choqués par le point de vue de Dramatica sur l’impossibilité des personnages de fiction d’échapper à leur destin, on peut admettre que s’il y a une instance supérieure qui dessine à priori leur parcours, ce ne peut être que l’auteur qui prédéfinit l’histoire future de ses personnages.

Dans le prochain article, nous aborderons d’autres variations.

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