DES PERSONNAGES

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Trois éléments sont nécessaires pour créer une fiction : des personnages, des conflits et un monde dans lequel ces personnages et ces conflits s’exprimeront.

Il existe des récits de toutes tailles. Les récits les plus courts illustrent une observation assez resserrée sur la nature humaine. Selon Edgar Alan Poe, une nouvelle doit se concentrer sur un seul personnage dans un seul épisode (ou conflit) pour produire un seul effet (c’est-à-dire au service d’une idée maîtresse).

Mais qu’est-ce qu’un personnage ? Le personnage principal a généralement une série de problèmes à surmonter dans le cadre de l’histoire. Habituellement, le plus gros problème se trouve à l’intérieur du personnage lui-même.
Lorsque vous cherchez à inventer votre personnage, pensez aux personnages que vous appréciez. Pourquoi ces personnages vous attirent-ils ? Par quels moments dramatiques sont-ils passés ? Ont-ils appris quelque chose de leur aventure ?

Le personnage

Le mot personnage renvoie à des individus ou des entités qui peuplent un récit. Les personnages sont généralement des êtres humains, mais ils peuvent aussi être des animaux, d’autres créatures ou même des forces, comme la nature. Une qualité supplémentaire est apportée à une histoire lorsque le lecteur peut s’identifier aux personnages de l’histoire, en particulier au personnage central.

Les personnages fictifs ressemblent aux véritables êtres humains. Bien qu’ils puissent sembler réalistes, ils sont moins complexes que les personnes réelles. Dans le but d’illustrer l’idée forcément abstraite qui est au cœur de leur récit, les auteurs & autrices rendent leurs personnages plus superficiels et plus condensés que des personnes réelles.

Des détails limités sur les personnages sont présentés, et ces détails sont généralement liés au conflit et à l’idée centrale. En outre, le personnage principal a généralement un trait de caractère ou une valeur fondamentale qui le motive tout au long du récit.
Ce trait de caractère initial peut ou non changer en fonction de l’issue de l’histoire. Le personnage principal est généralement un personnage dessiné avec plus de soin et présenté avec plus de détails par l’autrice ou l’auteur. Ce protagoniste est le personnage autour duquel tourne l’action de l’histoire.

Ce qu’on peut retenir pour la création d’un personnage principal, c’est qu’il doit être en premier lieu impliqué dans le conflit majeur du récit. Il accomplit l’action critique ou prend la décision cruciale qui mène à la résolution du conflit.
Néanmoins, le thème central du récit, ce dont le récit parle, peut ou non avoir un rapport avec le personnage principal, ce qui laisse une plus grande latitude pour l’autrice et l’auteur.

Un trait de personnalité singulier

Le personnage principal présentera un premier trait de caractère – un comportement, une attitude ou une valeur qui le pousse et le motive. Ce trait qui le caractérise ne sera pas l’activité professionnelle du personnage ou des émotions passagères. Il s’agira d’une caractéristique interne fondamentale qui est d’une certaine manière déséquilibrée dans le personnage.

Ce trait originel et son déséquilibre entraîneront le personnage dans une série de conflits ou de complications mineurs . Mais le problème principal, ou conflit central, sera le déséquilibre de cette caractéristique déterminante du personnage principal.

Le trait de personnalité évident dès l’abord du personnage sera plus qu’une simple émotion. Si le personnage est malheureux, vous devez déterminer pourquoi il est malheureux. Chaque fois que vous pouvez poser une question sur le pourquoi des choses et que vous trouvez une réponse, vous vous rapprochez de la caractéristique essentielle du personnage. Et lorsqu’il n’y aura plus de réponse apparente, vous aurez compris ce qui meut le personnage et les causes de cette dynamique.

C’est dans l’exposition, dans l’acte Un, que cette caractéristique essentielle sera révélée ou suggérée. Ensuite, la plupart des actions du personnage dans l’intrigue, l’acte Deux, sont motivées par cette caractéristique fondamentale.
Souvent, les personnages ne sont pas conscients que ce trait de caractère est déséquilibré. Cela produit un conflit interne dans le personnage, bien que celui-ci n’en soit généralement pas conscient. Par exemple, Dave Saunders, le protagoniste adolescent de The man who was almost a man de Richard Wright travaille dans une plantation et laboure les champs pendant ses vacances d’été. Plus tout à fait un enfant mais pas encore un homme, Dave, âgé de dix-sept ans, s’efforce de gagner le respect des autres travailleurs, même s’il n’a pas la maturité requise.

Vivant l’agitation de l’adolescence, il enrage de son impuissance et pense que le fait de posséder une arme fera instantanément de lui un homme. Mais Dave ne sait pas que sa conviction qu’une arme à feu fera de lui un homme est erronée.
Cette croyance lui cause toutes sortes d’ennuis. Lorsqu’un récit contient un personnage principal qui n’est pas conscient de son conflit interne, ce personnage est appelé un protagoniste passif. Le personnage peut essayer activement de résoudre les conflits mineurs, mais il est passif car il ne fait aucun effort pour résoudre le conflit interne central dont il n’est généralement pas conscient.

De nombreux personnages principaux voient leur trait de caractère fondamental changer à l’issue du récit. Il y a une inversion de polarité. En fait, dans de nombreuses histoires, le conflit central est la lutte de deux traits opposés pour le contrôle du protagoniste passif. À la fin, le personnage central peut être ébranlé par la prise de conscience du déséquilibre qui le tourmente et changer activement sa manière d’agir, de penser. Un personnage vaniteux, par exemple, peut devenir humble au dénouement. Un personnage avare peut être contraint à la générosité.

Changement ou non

Maintenant, il y a deux manières de faire : soit votre personnage principal échoue à la fois sa mission, c’est-à-dire son objectif qui est un fait social, au vu et au su de tous les personnages et de la lectrice et du lecteur ET sur le plan personnel, il demeure ce qu’il est, tel que nous avons fait sa connaissance au début du récit ; Ce sera une tragédie.

Soit il accomplit son objectif et dans le même coup change intimement ; il devient autre, c’est-à-dire un être généralement meilleur. Notons que s’il ne parvient pas à réaliser son objectif mais réussit néanmoins à devenir un être meilleur, nous aurons une comédie au sens large. Être autre dans un sens positif consiste à triompher de soi-même : devenir humble alors que nous étions vaniteux est moralement orienté vers le bien.
Réciproquement, bien qu’il réussisse son objectif mais échoue à devenir meilleur, cela confère un aspect tragique au récit.

Il est donc utile de comprendre quel est le trait de caractère le plus approprié pour son personnage principal. Car de cette caractéristique déterminante dépendra ses actions au cours de l’acte Deux. Un personnage qui souffre d’une timidité excessive connaîtra de vraies difficultés dans ses relations aux autres et ses actions seront marquées de cette résistance et orienteront l’histoire en conséquence.

Puisqu’il y a une opposition dans le changement entre un état psychique initial et un état nouveau au dénouement, il y aura une contradiction : un être égoïste devient généreux, un athée deviendra croyant..
Quand vous posez une première proposition, envisagez simultanément la position contraire. L’athée est radicalement différent s’il connaît une révélation. Il ne se contente pas d’une demi-mesure en faisant preuve de davantage de charité parce qu’il se met à croire en l’être humain. Car être généreux n’est pas le contraire de l’athéisme. L’esprit a besoin de dualités pour comprendre le monde.

Maintenant il vous faut savoir si votre personnage empruntera la voie du changement ou s’il restera statique et l’aspiration à changer sera déçue.

Les personnages secondaires

La plupart des personnages secondaires servent d’antagonistes, ou d’obstacles qui gênent ou irritent le personnage principal. Le méchant n’incarne pas nécessairement la force antagoniste : celle-ci peut être la personne aimée si cette personne se découvre des intérêts qui vont à l’encontre de ceux du héros ou de l’héroïne. Ces personnages secondaires servent à faire avancer l’intrigue ou peuvent, d’une manière ou d’une autre, ajouter au sens de l’histoire.

Dans une autre langue, on parle de flat et round personnages. Les personnages tels que décrits par le cours de leur développement dans une œuvre littéraire sont donc dits flat ou round. Les personnages qualifiés de flat sont bidimensionnels en ce sens qu’ils sont relativement simples et ne changent pas au cours de l’œuvre.
En revanche, les personnages round sont complexes et évoluent, parfois au point de surprendre le lecteur et la lectrice.

Il est important de se méfier de soi-même en utilisant des stéréotypes pour ses personnages secondaires. Les personnages types se conforment à des modèles établis dans d’autres récits et ont des personnalités facilement reconnaissables par le lecteur/spectateur : le savant fou, le crétin, un politicien ou un vendeur véreux, la belle-mère cruelle, l’adolescent ringard, le sinistre méchant.
On trouve souvent des personnages stéréotypés dans les histoires d’auteurs qui manquent de compétences en matière de caractérisation. Certains auteurs, néanmoins, peuvent utiliser des personnages stéréotypés pour remettre en question les préjugés du lecteur ou de la lectrice sur ces personnages.

Les personnages secondaires peuvent être utiles car ils servent souvent de faire-valoir. Ils peuvent compléter ou contraster le personnage principal. Dans certaines histoires, deux personnages mineurs peuvent incarner les deux traits de caractère qui sont en conflit chez le personnage principal. Par exemple, dans Hamlet de Shakespeare, Horatio et Laërte sont des personnages mineurs ; Hamlet est le personnage central.
Horatio incarne tant la raison qu’il ne peut se résoudre à agir ; Laërte est un personnage passionné qui agit sans réfléchir. Ces caractères incarnés par les deux personnages mineurs sont les mêmes que ceux qui s’opposent au sein de Hamlet.

La caractérisation

La présentation ou le développement d’un personnage sont de la responsabilité de l’auteur et de l’autrice. Pour que la caractérisation soit convaincante, les personnages doivent être réalistes, crédibles, raisonnablement cohérents dans leur comportement et clairement motivés dans leurs actions.

Une présentation indirecte, toujours préférable mais bien-sûr plus compliquée, fait référence à une forme de révélation graduelle utilisée par l’autrice ou l’auteur. Ceux-ci montrent au lecteur/spectateur comment est un personnage à travers ses actions, ses paroles ou ses pensées (elles-mêmes traduites en postures, comportements, attitudes).

Au lieu de dire au lecteur qu’un personnage est maladroit, l’auteur et l’autrice montrent un personnage qui trébuche et se heurte aux objets de son environnement. Cette méthode de caractérisation est généralement plus satisfaisante pour le lecteur et la lectrice, car ils sont incités à faire des suppositions sur le personnage en fonction des détails présentés ; le lecteur/spectateur a un plus grand sentiment de participation à l’histoire.

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