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LES PRÉJUGÉS ET LE DOCUMENTAIRE

Avoir une opinion permet certes d’enrichir sa parole avec la recherche de certaines informations ou bien apporter une lucidité personnelle à l’œuvre que nous cherchons à concrétiser.

Cela présente aussi un danger si l’on ne considère pas cet apport dans le produit final. Vous êtes face à un sujet de documentaire qui est autonome. Il est difficile de rester totalement impartial. Il est donc crucial de trouver un terrain d’entente entre nos croyances, nos opinions préconçues (on peut tenter de s’en défendre mais des choses nous sont imposées par notre milieu, nos origines, notre éducation…) et puis nos expériences aussi.

Le principe n’est pas d’arriver nu devant un sujet et s’être persuadé que notre point de vue ne viendra pas interférer sur ce que l’on tente de communiquer, de biaiser notre message sans que nous l’ayons réellement voulu.

Accepter ses opinions et s’en servir pour enrichir notre point de vue sur le sujet du documentaire permet au contraire d’augmenter la perspective. Et on offre au lecteur un horizon plus large ce qui l’intéresse davantage.

Quel que soit le sujet que l’on aborde dans un documentaire, différentes perspectives et différentes informations souvent divergentes existent à son propos.
Écrire un documentaire, c’est précisément amener au lecteur le plus possible d’informations afin qu’il se fasse lui-même sa propre opinion sur l’objet de ce documentaire.

Vos préjugés et d’où viennent-ils ?

Il est important de prendre conscience de l’influence de vos préjugés qui peuvent ou bien aider ou bien contrecarrer votre projet. Prenez un moment pour bien comprendre votre propre point de vue. Comment s’est-il formé ? Et surtout, tentez de répondre à la seule question qui appelle vraiment une réponse, Pourquoi avez-vous de tels préjugés ?

Bien sûr qu’il ne faut pas chercher à assainir ses jugements (souvent un peu trop hâtifs). Il suffit de les connaître pour qu’ils ne réduisent pas la portée de votre documentaire en propagande.

Ainsi, le lecteur/spectateur de votre documentaire a besoin que vous lui présentiez le pour et le contre du sujet dont vous parlez.

C’est comme en fiction. Il ne faut pas minimiser les points de vue des personnages. Il ne faut pas appuyer sur ce qui vous semble bien et dénoncer ce qui vous semble mal.
Et puis le lecteur/spectateur de votre documentaire veut connaître tous les aspects de votre sujet. Vous lui donnerez de la matière à moudre pour son esprit qui lui permettra de juger de manière critique (c’est ce qui est le plus difficile et le moins compris dans notre monde) afin qu’il tire ses propres conclusions de ce que vous lui avez donné à voir et à entendre (car un documentaire, c’est aussi des témoignages).

Un manque de préparation de votre documentaire, c’est assurément prendre une tangente car vous vous dérobez volontairement de votre sujet. Et pourquoi le faire ? Parce que vous niez que vous vous adressez à un lecteur. Le but de votre documentaire est d’élargir la perspective du lecteur/spectateur.

Par les informations complètes que vous lui apportez avec des images, des faits avec lesquels vous n’êtes pas forcément d’accord permet au lecteur de sortir grandi par votre documentaire.

Néanmoins une perspective est mise en avant dans le documentaire

Et vous devez établir dès l’abord quelle sera cette perspective. C’est là que votre propre opinion peut aider à renforcer votre discours sous la condition que vous ayez exercé un esprit critique à votre propre égard. C’est loin d’être une évidence et je ne saurais vous conseiller une méthode.

Peut-être se mettre à la recherche d’arguments qui s’opposeront à nos idées, qui viendront les heurter durement. Et pourtant en tenir compte, accepter la souffrance, s’engager dans celle-ci.
Parce que vous devez par votre sacrifice donner toute l’information à votre lecteur/spectateur pour qu’il soit capable de penser par lui-même.

Ce faisant, c’est votre projet de documentaire que vous allez élever bien au-delà de cette propagande si facile à mettre en œuvre. Vous interpellerez l’intelligence de votre lecteur. Parce que celui-ci est tout comme vous. Il a sa propre opinion et il doit se réconcilier avec.

HistoirePour affiner votre désir d’écriture (fiction ou documentaire), cet article vous propose quelques exercices : EXERCICES POUR UNE HISTOIRE – 6

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ET LA STRUCTURE FUT

Une intrigue est un discours. Pour être compris, ce discours doit être structuré. Une structure est un arrangement, une mise en ordre particulière qui est une aide indispensable au développement des récits.

Une structure n’est pas une entrave. Elle se présente d’ailleurs sous une foule de formes en lesquelles la créativité trouve toujours le moyen de s’exprimer.

Elle peut être par exemple non linéaire lorsque les événements ne se suivent pas selon un ordre chronologique ou lorsqu’ils se produisent hors du rapport de causalité.
Ce peut être aussi des lignes dramatiques parallèles comme par exemple deux histoires enchâssées l’une dans l’autre. La structure non linéaire présente une rupture.

Un auteur peut vouloir écrire quelque chose de très simple ou de très complexe. Il peut vouloir jouer avec les lieux et les époques. La structure peut offrir plusieurs perspectives et points de vue.
Ce qui compte est que l’on est un moyen de mettre en œuvre ce que l’on a à dire.

Quelle structure ?

Il est vain de chercher à organiser son projet si l’on n’a pas déjà quelques connaissances sur la structure que l’on pourrait apposer sur notre effort.

Il y a d’abord Aristote avec son début, son milieu et sa fin. Puis il y a eu Freytag.

Ces auteurs qui ont fait la tradition nous ont fait comprendre qu’il fallait organiser notre travail. Concrètement, on peut retenir deux approches : linéarité et non linéarité. On peut d’ailleurs combiner les deux. En effet, dans un récit par ailleurs tout à fait chronologique, il peut soudain y avoir une analepse (le flash-back des anglo-saxons) ou bien une prolepse si l’on a besoin d’anticiper le futur.

Mettons les choses au clair. La structure est un cadre de travail. On peut le comprendre comme forcément limité parce qu’on définit un cadre par les limites qu’il pose sur une certaine étendue.
Mais nous avons vu que nous avons à notre disposition tout un ensemble d’options structurelles. Et si le cœur vous en dit et bien que la théorie narrative Dramatica peut être ardue dès l’abord, elle vaut définitivement le temps consacré à organiser son projet guidé par cette théorie.

Ensuite, il y a le point de vue. Quel est ce point de vue ? C’est la voix de l’auteur. Jetez un œil sur ces quelques articles :

Souvent, cette voix est portée par le narrateur.

Et puis il y a la perspective. C’est-à-dire celui ou celle qui nous conte l’histoire, qui nous décrit sa propre perception de l’action.
Ce peut être la personne elle-même ou bien un regard posé sur elle que l’on observe ou que l’on participe à l’action.
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DÉVELOPPER SON HISTOIRE

Une histoire donne au lecteur l’envie d’en connaître la fin, le dénouement, tout en faisant en sorte que cette fin ne le frustre pas.

On peut toujours dire d’un texte qu’il soit fictionnel ou documentaire qu’il est à propos de quelque chose. Il y a donc une idée à la base.

Et cette idée est précisément ce qui vous a donné l’envie, à vous l’auteur, de commencer à écrire. C’est probablement plus simple que la montagne que l’on croit que l’on va devoir franchir. Le seul écueil en réalité ou plutôt le véritable effort à accomplir est de comprendre l’idée dont on veut vraiment parler.

Parce qu’au début, on peut avoir l’idée d’écrire par exemple sur une communauté qui vit sous une grande ville, dans les entrailles d’une société méprisante.

Puis en y réfléchissant puisque 90 % du temps qui sera consacré à un projet d’écriture est de la recherche (sur son sujet et sur soi-même), on peut s’apercevoir alors que l’idée qui nous préoccupe est en fait de traiter du problème des sans-abris ou plus spécifiquement des exclus.

Cette recherche sur son sujet est ce qui permet de prendre conscience de ce que l’on veut vraiment dire. On apprend ainsi à être honnête avec soi-même. Et cette humilité que l’on acquiert rend notre écriture plus sincère et notre histoire plus passionnante, plus fascinante pour le lecteur.
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L’INSPIRATION SELON NEIL GAIMAN

Pour Neil Gaiman, le plus important est de s’ouvrir à toutes choses. Car toutes choses peuvent être une source d’influence.

Les allusions : instrument de l’inspiration

Une allusion est une courte référence à une autre histoire. Si vous parlez de lapin blanc dans votre projet, vous faites évidemment référence à Alice au pays des merveilles.

Selon Gaiman, les allusions sont un important outil pour augmenter l’intérêt du lecteur parce qu’elles fournissent un contexte pour l’histoire qu’il est en train de lire tout en le faisant réfléchir aux ressemblances et différences des deux œuvres.

Les allusions peuvent être aussi vastes que les sujets qui intéressent habituellement l’auteur. Mythologie, Bible, Contes, Shakespeare, Tolkien, le cinéma moderne ou post-moderne… Lorsqu’un thème vous interpelle ou mieux vous fascine, les allusions que vous y ferez nourriront votre imaginaire.

Et puis, depuis les débuts de l’humanité, tout a déjà été dit et écrit. On ne peut décidément pas fermer les yeux sur ceux qui nous ont précédés.
S’inspirer du travail d’auteurs que nous apprécions, qui nous inspirent justement, et leur rendre hommage avec notre propre œuvre, voilà quelque chose qui est inspirant. Les auteurs que vous appréciez peuvent vous mouvoir bien plus que vous le pensez si seulement vous les laissez faire.

Une nouvelle approche

Gérard Genette parlait d’un hypotexte et d’un hypertexte. Un hypotexte serait le texte d’origine, celui qui sert de référence ou d’inspiration et l’hypertexte, le texte que l’auteur actuel est en train d’écrire et dans lequel il fait référence au texte d’origine ou dont il s’inspire.

Il m’est difficile de m’étendre davantage sur ce sujet qui demande une recherche approfondie. Reprenons simplement l’exemple donné par Neil Gaiman qui préconise un nouveau point de vue pour redire une ancienne histoire : Foe de J.M Coetzee en 1986 comme récriture du Robinson Crusoe de Daniel Defoe de 1719.

Un thème revisité

Par exemple, L’Odyssée de Pénélope de Margaret Atwood. A l’origine de ce projet est la volonté d’un éditeur à proposer à plusieurs auteurs de réécrire les mythes.
Cette revisitation peut prendre la forme d’une autre perspective sur le monde originel comme Margaret Atwood le fit avec Pénélope qui devient la narratrice dans le monde imaginé par Homère.

Un déplacement

L’inspiration peut consister à déplacer un élément dramatique comme par exemple changer le lieu d’une histoire comme le fit Marissa Meyer dans le tome 1 de ses Chroniques Lunaires : Cinder où l’héroïne Cinder est une réécriture du personnage de Cendrillon.

Tout élément dramatique d’une histoire classique ou même contemporaine peut être source d’inspiration pour créer sa propre histoire.
Un aspect particulier nous interpelle et nous pourrions le retravailler en en changeant le genre par exemple comme en faisant d’un conte de fée une dystopie.

L’appropriation

Les histoires que vous avez lues sont évidemment de grandes inspiratrices. Peut-être sont-elles même des tentatrices. La chose qui compte est de vous approprier cette histoire et de la retravailler en y incorporant vos propres expériences ou votre point de vue sur le monde dont la représentation est personnelle et comme unique à chaque auteur.

C’est précisément ce qu’a fait Mario Puzo avec Le Parrain dans lequel il a incorporé des éléments de Henry IV de Shakespeare dans un monde qu’il connaissait bien : les immigrants italiens de l’après-guerre en Amérique.

Pour Neil Gaiman, il est important de se constituer au fur et à mesure un acquis constitué de tout ce que vous avez lu, de ce que vous avez écrit (tels les exercices d’écriture que nous proposons sur Scenar Mag même s’ils ne prennent que quelques paragraphes ou quelques lignes), des choses que vous avez entendues ou vues (votre perceptibilité est un bel instrument d’inspiration. Bien que nos sens y participent aussi activement, l’intuition est encore un moyen d’inspiration), vos rencontres (qu’elles prennent lieu dans le cadre de votre recherche autour d’un projet ou bien simplement celles de votre quotidien), tout ceci mûrira malgré vous la plupart du temps ou bien les circonstances vous remémoreront ce que nous pouvons considérer comme des expériences (votre réflexion peut aussi vous ouvrir de nouveaux horizons sur des événements).

Vous êtes certainement possesseur de tout le matériel dramatique plus ou moins avancé pour vous autoriser à écrire des histoires que la théorie narrative Dramatica considère comme complète (essentiellement parce que ce matériel dramatique s’ordonne dans une structure qui permettra de l’exposer hors du chaos de votre pensée).

Idées et inspiration

Il serait osé de tenter une définition de l’inspiration. Selon Neil Gaiman, c’est une problématique de confluence. Il pose que l’association singulière de nos expériences et de nos pensées (la confluence ou convergence de nos expériences et de nos pensées) nous sont uniques.

Nos idées et notre inspiration viennent de ces deux choses ou plus précisément de la confrontation de choses que nous avons vues et pensées avec d’autres choses que nous avons vues et pensées.

La réalisation (c’est-à-dire lorsque l’inspiration nous frappe) peut alors surgir de nos rêves, d’idées fulgurantes, de nos activités quotidiennes, de nos lectures.

Nos rencontres, ceux qui nous sont proches, nos propres réflexions, tout devient alors apte ou prétexte à un projet personnel.

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VÉRITÉ ET FICTION

Une fiction, c’est un mensonge. C’est ce que Neil Gaiman nous propose de considérer. De fait, nous avons des personnages qui sont autant des êtres de fiction qui n’existent que dans nos imaginaires.

Et ils leur arrivent des choses qui n’arrivent pas vraiment.

Et que fait un auteur avec ces mensonges ? Il communique une vérité, sa vérité.

Et il lui est nécessaire que cette vérité soit convaincante et vraie. C’est-à-dire que les mensonges proférés soient convaincants et vrais.
L’apparente vérité d’un récit serait vaine si le mensonge ne lui donnait pas le souffle vital de sa crédibilité.

Le mensonge en littérature est un des instruments les plus utiles pour dire d’humaines vérités qui trouveraient difficilement leur chemin autrement.
Ajoutons l’image à l’écrit, et nous avons un puissant outil de communication.

La fiction : copie du réel

Une histoire ne s’impose pas sur un lecteur ou un lecteur/spectateur. Lorsqu’il se passionne pour une histoire, le lecteur commence d’abord par suspendre son incrédulité. Il accepte que la fiction soit une copie de la réalité.

L’auteur d’une fiction doit donc faciliter cette volonté que le lecteur/spectateur met bien volontiers à sa disposition. Il encourage alors cette position favorable à son égard en travaillant sérieusement à la vérisimilitude de son récit. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’auteur manipule hypocritement le lecteur.

A contrario, nous avons une sorte d’accord entre l’auteur et le lecteur/spectateur pour que ce dernier puisse recevoir le message qu’un auteur tente de communiquer (et que ce message porte ou non en lui une vérité universelle).

L’objectif de l’auteur est simplement d’être crédible et convaincant. Si la fiction dépeint notre réalité, nous utiliserons alors une vérisimilitude culturelle. Si le monde fictif est un monde imaginaire, il aura néanmoins en soi suffisamment de cohérences qu’il semblera réel.

Cette cohérence se constitue de vérisimilitudes génériques. Ces traits génériques se retrouvent par exemple dans ce que l’on nomme les conventions d’un genre c’est-à-dire que le lecteur s’attend à trouver dans le récit certaines caractéristiques (par exemple le mystère dans le thriller) qui confère alors à la fiction un sentiment de vérité.

Ainsi, aussi étrange que soit le monde de la fiction, il semblera réel au lecteur parce qu’il y trouvera des points d’appui avec sa propre réalité.
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