Archives par mot-clé : Structure

EXERCICES POUR UNE HISTOIRE – 2

Rumeurs

Saisissez-vous ou inventez une rumeur. Identifiez au sein de celle-ci le personnage impliqué le moins sympathique (il sera en quelque sorte votre méchant de l’histoire).

Écrivez une histoire selon le point de vue de ce personnage particulier. Vous pourriez même écrire deux histoires : dans l’une, la rumeur sera le climax, le point d’orgue de votre histoire, la réponse que vous donnerez à la question dramatique que vous avez incité dans l’esprit du lecteur dès le début de l’histoire.
Dans la seconde, cette rumeur sera l’incident déclencheur, l’événement qui met toute l’histoire en mouvement, c’est-à-dire que sans cet événement, l’intrigue ne pourrait se lancer.

Autour de la structure

Lorsqu’on lit une histoire, on se laisse rapidement prendre émotionnellement par le récit. Reprenez une histoire que vous avez particulièrement aimée et relisez-là de façon à être émotionnellement détaché de celle-ci.

Cet exercice concerne la structure et tentera de démontrer qu’elle ne nuit pas à la créativité des auteurs. Relisez cette histoire en tentant de distinguer les différents éléments qui articulent le concept général. Essayez de comprendre l’architecture de cette histoire.

Par exemple, vous pourriez noter lors de la lecture des observations telles que :

  • une scène qui débute avec une description de détails qui sont autant de signes d’une atmosphère lourde d’un désespoir palpable.

  • Un personnage donné est introduit avec une ligne de dialogue qui révèle son égoïsme….

L’exercice consiste donc non pas à réécrire la même histoire mais plutôt à comprendre la structure de celle-ci que vous venez d’analyser et d’en reproduire la construction avec votre propre récit. Vous allez poser des habits neufs sur un squelette qui a fait ses preuves.

Points de vue

Le personnage est la clef. Il est important de connaître qui il est. Afin de nous y aider, nous pourrions faire cet exercice qui consiste à décrire trois scènes selon trois angles différents autour d’un même personnage.

  1. Une femme monte dans un bus. Décrivez la scène seulement par des actions, des faits et des dialogues. Ne portez aucun jugement et ne pénétrez pas dans la vie intérieure de cette femme.
    Adoptez un point de vue objectif et effectivement, c’est un regard essentiellement descriptif.

  2. Après le point de vue objectif, nous adopterons un point de vue omniscient. C’est-à-dire que nous aurons toujours une impression objective de ce qu’il se passe mais cette fois, nous aurons aussi accès à un lieu que seul un narrateur tout-puissant peut atteindre : l’intimité de cette femme.

    Par exemple, imaginez que la femme dans le bus se lance dans une conversation avec son voisin. Seulement, cette fois, vous communiquerez aussi des informations de ce qu’il se produit à l’intérieur d’elle.
    Comme par exemple si elle est en retard ou bien si elle s’inquiète de quelque chose ou encore que la conversation l’ennuie tout simplement.

  3. Le troisième regard est celui que l’on nomme en littérature un flux de conscience. C’est une technique d’écriture qui consiste à transmettre via l’écrit le point de vue cognitif du personnage. C’est une sorte de monologue intérieur.
    Nous sommes maintenant dans les pensées, les sentiments et les souvenirs de cette femme au moment où elle descend du bus. Utilisez les mots que vous supposez chez ce personnage. Allez au-delà de vous-mêmes. Ce n’est pas l’auteur qui pose ses mots dans la bouche de son personnage. Ce sont les propres mots, intonations et autres qui appartiennent en propre à ce personnage. Vous tenterez de révéler autant les processus que le contenu de son esprit.

Trois regards, trois voix pour vous aider à découvrir, à tirer le portrait en quelque sorte d’un personnage à la fois extérieurement et intérieurement.

Mad Libs

Mad Lib est un jeu, une sorte d’improvisation à partir d’un texte donné dans lequel des espaces ont été réservés afin qu’ils soient complétés par les participants.
Une indication grammaticale est alors donnée pour remplacer le vide. Par exemple, ces textes empruntés à des auteurs célèbres :

  • A travers le [… un nom …], entre le [… adjectif …] [… un nom …], je pouvais les voir [… verbe d’action …].

  • C’était inévitable : l’odeur des [… adjectif …] [… un nom au pluriel …] lui rappelait toujours le [… un nom …] de [… adjectif …] [… nom …]

  • C’était [… adjectif …], [… adjectif …] [… une saison …], au [… la même saison ..], ils [… verbe transitif au passé …] [… un nom de famille …] et je ne savais pas ce qu’il se passait à [… une ville …]

Pour cet exercice, contentez-vous des premières lignes d’un texte et substituez autant de mots que possible avec vos propres mots. Vous pourriez ainsi inventer un point de départ pour une histoire toute différente surtout si ces premières lignes contiennent un ensemble de personnages, de lieux et de situations.

Persona

La persona représente un personnage avec ses caractéristiques sociales et psychologiques. En règle générale néanmoins, c’est aussi l’image que nous offrons de nous-mêmes aux autres. Persona vient en effet du latin et désigne le masque que portaient les acteurs de théâtre.

Imaginez que votre personnage soit en train de remplir une sorte de curriculum vitae. Que va t-il révéler de lui-même ? Que cachera t-il de lui-même ?

Vous pouvez ainsi creuser plus intimement la vie et le passé de ce personnage que vous pourrez explorer plus tard si vous décidez de l’inclure dans une histoire.

D’autres exercices dans les prochains articles. Restez à l’écoute.

Et si le cœur vous en dit, Merci de soutenir Scenar Mag. 

error

LE PRÉALABLE À L’ŒUVRE DE FICTION : LA RECHERCHE

Dans la plupart des cas, la recherche est ce qui préoccupera d’abord l’auteur. Pour Dan Brown, la recherche documentaire ou la curiosité d’approfondir certaines connaissances peut même aider à prendre la décision d’écrire sur tel sujet plutôt qu’un autre.

Il y a différentes manières de procéder. L’auteur peut être amené à s’interroger sur son envie d’écrire sur un sujet. La recherche qu’il mènera le convaincra de continuer ou bien de s’apercevoir qu’en fin de compte, ce sujet ne l’intéresse pas vraiment.

La recherche ne sera pas du temps perdu. Même en cas d’abandon d’un projet, la connaissance acquise reste et vous aurez effectivement gagné un temps fou en ne vous jetant pas à plume perdue dans un projet qui n’aboutira pas.

Vous lirez de nombreux livres sur le sujet que vous souhaitez aborder. Peut-être même voyagerez-vous comme un réalisateur le ferait pour repérer les lieux de son futur tournage. Sauf que l’auteur voyage pour s’immerger dans le monde qu’il est en train de fabriquer.

Ce préalable documentaire est une exploration. Vous tentez de défricher un terrain inconnu, de trouver des idées du néant. Ce peut être intimidant. Pour Dan Brown, cependant, cette partie de l’effort est vraiment passionnante.

Le sujet sur lequel vous réfléchissez constitue la fondation du monde que vous êtes en train de créer. C’est un monde un peu informe pour le moment, aux détours encore obscurs.
En insistant, en pénétrant plus profondément dans ce monde que vous souhaitez aborder, en vous informant tout azimut, vos idées commenceront à percoler dans votre esprit.

Cette recherche vous aidera à choisir un monde et à savoir si celui-ci est vraiment celui sur lequel vous souhaiteriez consacrer du temps. Le monde de votre histoire est vraiment la première chose que vous devez mettre en place. Dixit Dan Brown.
Continuer la lecture de LE PRÉALABLE À L’ŒUVRE DE FICTION : LA RECHERCHE

error

LES LIEUX DE L’ACTION DU THRILLER

Le lieu où se déroule l’action doit être pensé comme à un personnage. Une conversation banale dans un lieu donné peut donner quelque chose de totalement passionnant si elle prend place dans un tout autre lieu.

L’information se révèle soudain d’importance moindre tant le lieu attire et retient l’attention du lecteur. Réfléchir aux lieux de votre thriller peut vous donner la clef pour toute votre histoire.

Pour Dan Brown, il est important que les lieux que vous décrivez dans chacune de vos scènes ne soient pas des endroits dans lesquels vous vous forcez à vous rendre.
Plutôt des lieux qui vous intéressent, qui vous plaisent parce que vous y avez vécu ou bien parce que vos rêves ou vos désirs vous y ont emmenés virtuellement.

De nos jours, il est possible de visiter et d’apprécier un endroit sans même s’y être jamais rendu. Vous instillerez ainsi dans votre écriture un enthousiasme communicatif envers votre lecteur.

Non seulement un lieu agit et réagit comme un personnage et les personnages agissent et réagissent aux lieux en retour mais un lieu possède aussi sa propre personnalité. Vous devez utiliser cette individualité dans votre thriller.
C’est un outil dramatique indispensable dans la construction de l’histoire. Non seulement il émanera du lieu une atmosphère particulière mais vous devriez aussi permettre à ce lieu de se révéler lui-même dans la durée de l’histoire.

Pour Origine, sorti en 2017, Dan Brown voulait que cette histoire prenne place au musée Guggenheim de Bilbao, à  la Casa Milà de Barcelone et à la basilique Sagrada Familia.
Mieux encore, Dan Brown a cherché à se rapprocher de Antoni Gaudi (1852-1926), un architecte (donc créateur de lieux nouveaux (la Casa Mila et la crypte de la Sagrada Familia).

Derrière l’œuvre, quelle qu’elle soit, et surtout s’il s’agit d’un lieu, on ne peut ni en ignorer la hantise et les secrets qu’elle recèle jalousement en son sein, ni l’atmosphère qui se dégage d’un certain lieu (par exemple, une forêt sous la neige et le vent glacial) qui participe alors à la structure même de ce qu’il s’y déroule.

Dan Brown explique que lorsqu’il a choisi les lieux pour Origine, il ne savait pas encore ce qu’ils pouvaient apporter à son histoire.
Brown avait une envie de ces lieux et dans son roman, il allait les mettre dans un certain ordre afin de leur donner du sens ou autrement dit une raison d’être ici et maintenant.

Ainsi, cette visite guidée pouvait s’avérer logique, un lieu en appelant un autre. Ou bien encore un lieu peut participer à l’imaginaire, à la symbolique de l’histoire. Le thème développé peut aussi appeler un lieu précis et aucun autre (ou d’autres lieux seraient moins puissants que celui retenu pour les exigences de l’histoire).

Sa façon de concevoir les mondes de ses thrillers en confrontant deux concepts, deux traditions, deux idées dans une apparente dualité (dans Origine, il s’agit des arts et de la technologie) a imposé en quelque sorte la nécessité des lieux que Dan Brown décrit dans ce thriller.

Les lieux permettront de construire le suspense, de susciter l’intérêt du lecteur mais bien plus que cela, ils étayent la structure même du récit.

A la recherche de l’inspiration

Comme la musique, le lieu peut être inspirant. Il peut même vous dire que vous avez besoin de lui pour continuer à développer votre intrigue.
Dan Brown reprend l’exemple de Origine lorsqu’il découvrit à la Sagra Familia cet escalier en colimaçon qui lui inspira l’évidence que quelqu’un avait dû mourir en ce lieu.

Soudain, il lui sembla évident qu’il devait réviser la structure actuelle de son projet en y faisant mourir bien plus tôt que la tradition le préconise un personnage clef du roman.
Et cela a débloqué son intrigue qui s’enlisait dans toutes les promesses et dans toutes les réponses qui ne cessaient de s’accumuler et paralysaient progressivement toute l’intrigue.

Dan Brown insiste cependant sur le fait que de tomber amoureux d’un lieu au point de vouloir le mettre en scène peut vous conduire à faire de votre thriller un guide touristique.
Le lecteur est fasciné par les personnages. Il se délecte à suivre l’intrigue. Ce sont les événements décrits qui le passionne. Les lieux apparaissent secondaires au lecteur.

Pour lever cette réserve qui pourrait vous faire hésiter sur le choix d’un endroit pour y inscrire une action, retenez d’abord des lieux qui soient significatifs pour vous.
Penser l’intrigue pour votre lecteur mais mettez en œuvre des lieux qui vous apportent quelque chose de concret personnellement.

C’est cet enthousiasme à décrire un endroit que vous aimez que vous partagerez avec votre lecteur. Prenez garde seulement à ce que cet aspect passionnel de votre écriture ne fasse ombre à vos personnages.

error

LE THRILLER SELON DAN BROWN

Dan Brown, c’est le Da Vinci Code (entre autres). Que pouvons-nous connaître de sa façon d’appréhender le thriller et dont nous pourrions tirer profit ?

Pour Dan Brown, il existe des éléments dramatiques qui doivent figurer dans toutes les histoires et pas seulement dans les thrillers. Dès que l’on commence à raconter une histoire, ces éléments doivent figurer dans le discours afin de faire de l’histoire, une bonne histoire.

Le moteur de l’intrigue

Ces éléments dramatiques font fonctionner l’histoire. Et toutes les histoires partagent ces éléments. Par exemple, une histoire posera un monde ou bien encore soulèvera une question dramatique.

Vous aurez une héroïne ou un héros qui auront quelque chose à accomplir. Vous donnerez un objectif au personnage principal qui sera plus ou moins important selon la teneur de votre message.

Votre héros ou votre héroïne rencontreront des obstacles qui rendront impossibles l’obtention de ce qu’ils veulent dans cette histoire.

Une histoire est aussi faite de moments comme par exemple celui où le héros ou l’héroïne vaincront le méchant de l’histoire (moment connu comme le climax. C’est à ce moment que l’auteur répond à la question dramatique centrale qu’il a posée dès le début de son histoire, savoir globalement est-ce que le héros réussira ou non).

Moralement (attention terrain glissant), lorsque le personnage principal surmonte l’adversité, le bien l’emporte sur le mal.
Continuer la lecture de LE THRILLER SELON DAN BROWN

error

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (123)

Chapitre 31

Storytelling et l’encodage du genre

L’illustration du genre

Le genre n’est que légèrement influencé par le Storyform (c’est-à-dire la structure dans le vocabulaire de Dramatica). Seuls les quatre domaines permettent d’apprécier ce que sera le genre (voir le chapitre 13 sur les descriptions de domaines).

Une fois que ces quatre domaines ont été encodés (c’est-à-dire illustrés par des images, des scènes, des événements, des situations, des dialogues… mais pas encore racontés, pas encore assemblés pour donner du sens), ce qui se nomme genre consiste en des préférences narratives.

Le genre ne surgit pas tout fait dès les premiers mots. Il commence comme quelque chose d’assez général (qui fonctionnerait quelque soit le genre, qu’il soit aussi spécifique que l’horreur ou plutôt grand public comme la comédie romantique).

Graduellement, néanmoins, il évoluera en quelque chose de plus précis (au niveau du ressenti et de son ton) jusqu’à ce qu’il devienne et soit reconnu comme un genre spécifique représenté seulement dans l’histoire en train d’être racontée.

Gardons en mémoire cependant que de vouloir être si unique dès le départ fera certainement fuir le lecteur.
Inversement, ne pas réussir à développer suffisamment de détails liés à un genre spécifique au cours de l’histoire ne sera pas si apprécié que cela par le lecteur.

L’approche la plus sûre est encore de commencer par la même nature que l’on trouve dans des centaines d’autres histoires et puis lentement concevoir un nouveau monde, un cadre narratif singulier. Cela procurera au lecteur une expérience unique (il n’aura pas ainsi le sentiment du déjà-vu).
Continuer la lecture de DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (123)

error