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UNE SCÈNE D’INTERROGATION

Une scène d’interrogatoire bien écrite est une démonstration de compétence de la part de celui qui interroge. La compétence est une méthode. Elle consiste à développer une stratégie préalablement élaborée. Elle permet au lecteur de découvrir progressivement le plan suivi par un personnage durant une conversation et elle est un élément dramatique que le lecteur s’attend à trouver dans un tel échange.

Dans une scène d’interrogatoire, le lecteur/spectateur ne participe pas. Il est un témoin de l’habileté technique d’un personnage expérimenté qui utilise son expérience pour mener une conversation difficile avec une contrepartie hostile qui ne souhaite pas se confesser.

Prenons un exemple tiré de l’épisode 3 (il n’y a qu’une saison) de The Looming Tower. Cette série relate la montée en puissance de la menace d’Osama Bin Laden et d’Al-Qaeda vers la fin des années 1990 et comment la rivalité entre le FBI et la CIA a pu mener involontairement à la tragédie du 11 septembre.

Dans ce troisième épisode (Mistakes were made), le FBI a mis la main sur l’un des terroristes survivants après les attentats contre les ambassades au Kenya et en Tanzanie. L’agent du FBI Robert Chesney interroge le suspect terroriste d’Al Qaeda Mohamad Al-Owhali.

La scène est localisée à Nairobi. Al-Owhali est suspecté d’avoir participé à l’attentat sanglant de l’ambassade américaine. Le FBI veut connaître à qui Al-Owhali a passé un appel après avoir quitté le lieu de l’attentat.
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SCÉNARIO MODÈLE : FARGO

Le sixième film de Joel et Ethan Coen, Fargo, présente un scénario un peu étrange et pourtant, son succès critique et commercial est au rendez-vous. A quoi est dû son importance culturelle, historique ou esthétique (selon la Bibliothèque du Congrès des États-Unis) ?

C’est ce que nous allons tenter d’analyser dans cet article. Notons aussi que Fargo appartient au cinéma indie, le cinéma indépendant dont l’esprit flotte sur le monde en se jouant des frontières.

Le dénouement de Fargo

Scénario

Le scénario de Fargo se clôt sur Marge et Norm. On nous informe qu’un canard colvert peint par Norm a été retenu pour figurer sur un timbre-poste à 3 cents. L’humilité de Norm lui fait dire qu’il aurait préféré 25 cents mais en fait, il est très fier de la destinée de son canard colvert.

On comprend aussi à quel point Marge est dévouée envers son mari Norm. Elle comprend et accepte ses manières excentriques et fait l’effort de le rassurer. Il n’y a pas de petites victoires. Ou bien on réussit ou bien on échoue : il n’y a pas d’entre deux, pas de compromission.

Écrire un scénario, c’est prendre une position sur le monde. C’est une responsabilité. On peut utiliser la fiction comme moyen d’expression d’un désir philosophique. Fargo prétend à cela en optant pour une approche existentialiste.

Pour faire très court, l’existentialisme est l’étude du sujet humain non seulement en tant que sujet pensant (ce qui le distingue de l’animal) mais aussi dans ses actes et ses sentiments. C’est l’existence de l’individu humain qui intéresse l’existentialisme, la façon dont les êtres humains comprennent leur existence dans le monde.

Lorsqu’ils réalisèrent Fargo en 1996, les frères Coen créèrent un film lourdement chargé en humour noir, d’une violence sinistre et aux visuels fascinants qui capturèrent effectivement la banalité et l’excentricité de la vie.

Fargo donne une réponse à la triste constatation de l’insignifiance de la vie moderne en démontrant que chacun d’entre nous est capable de donner un sens à sa vie.
Et la signification que chacun donne à sa vie n’est pas universelle. Que les autres ne comprennent pas comment nous percevons le monde importe peu et c’est probablement cela que le dénouement de Fargo nous invite à considérer.
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SCÉNARIO MODÈLE : TOY STORY

Ce qui est bien avec l’esprit indépendant du cinéma, c’est que l’on prend des risques en innovant. On fait du nouveau et c’est précisément cette volonté qui anima Pixar pour Toy Story.
Contre l’avis de Disney dont l’investissement sauva Pixar de la faillite, les auteurs de Toy Story firent preuve contre vents et marées d’une véritable invention formelle.

Pour tenter de cerner ce qui a fait le succès de ce scénario, commençons par son dénouement et à rebours, nous essaierons de comprendre quel a pu être l’effet de cette histoire sur son lecteur/spectateur parce que c’est bien cet effet cognitif qui sera reproduit.

Le dénouement de Toy Story

La prémisse est simple : Woody était autrefois le jouet préféré de Andy et est maintenant remplacé par Buzz l’Eclair. Woody tentera tout ce qui est en son pouvoir pour se débarrasser de Buzz jusqu’à ce que tous deux s’ouvrent mutuellement l’un à l’autre et unissent leur force nouvelle à échapper aux désirs machiavéliques de Sid, le voisin d’Andy aux pulsions destructrices.

La fin du scénario nous montre l’arrivée de nouveaux jouets (autant de nouveaux personnages) mais surtout d’un chiot et malgré l’aspect optimiste de ce final, il semble évident que ni Buzz, ni Woody ne s’attendaient à cela.

Alors que le point de départ du scénario montre Woody remplacé par un nouveau jouet, la fin nous montre que Woody et Buzz sont tous deux remplacés dans le cœur d’Andy. En effet, Andy grandit. En fait, ce scénario est une tragédie sous des atours qui voilent à peine la vérité.

Faisant bonne figure malgré ce que ce chiot représente pour eux, ils ont bien conscience que dorénavant, ils ne seront plus seuls à subir les tristes effets du temps qui s’écoule inexorablement.
Maintenant qu’ils éprouvent l’un envers l’autre une réelle sympathie, il sera plus facile de supporter la cruelle vérité de notre impuissance face au temps qui s’écoule.

C’est précisément cette attirance entre deux personnages que le scénario partage avec son lecteur. Parce que le lecteur sait bien que bientôt le monde continuera de tourner sans lui et qu’il est plus facile de l’admettre lorsqu’on est deux.

Pixar voulait faire passer ce message parce que les enfants sont capables de comprendre ce que peut être la mort. Ils l’observent et s’interrogent. Le scénario de Toy Story fait la démonstration remarquable qu’on peut tirer un avantage positif en exposant la sombre vérité de la mortalité des êtres vivants.

Le lecteur est conscient de la fugacité de sa vie et c’est bien cela qui lui permet de joindre dans un même mouvement de sympathie (qui consiste à ne pas être seul pour affronter le monde) Buzz et Woody à la fin de l’histoire.

La complicité (ou n’importe quel genre de relations qui existe dorénavant entre Buzz et Woody) est amplifiée et vient envelopper le lecteur. C’est cet effet qui doit être recherché si l’on souhaite s’inspirer de Toy Story pour écrire son propre scénario.
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SCÉNARIO MODÈLE : PULP FICTION

Pulp Fiction a changé la donne du cinéma indépendant dans les années 1990. Sa technique narrative s’inspire grandement du surréalisme du début du vingtième siècle.
La structure de Pulp Fiction peut sembler de prime abord déconcertante et je peux vous assurer qu’elle l’est.

Le dénouement de Pulp Fiction

Le scénario de Pulp Fiction se constitue de trois mouvements dramatiques qu’il faut considérer séparément afin de comprendre le dénouement.

La ligne dramatique de Vincent

Scénario

Vincent nous est présenté alors qu’il revient de longues vacances en Europe. Il fait du covoiturage avec son ami de longue date Jules.
Leur conversation agréable est terriblement efficace pour nous faire aimer ces deux personnages car cette expérience de covoiturage est tout à fait apte à créer une identification entre eux et nous (bien que nous verrons dans la suite de cet article que ce n’est pas véritablement l’intention des auteurs).

Du moins, jusqu’à ce que les flingues entrent en scène et que la conversation nous apprend que leur employeur Marsellus a défenestré Antwan Rockamora (un personnage qui ne sera évoqué que dans les dialogues, trouvaille narrative intéressante) pour avoir massé les pieds de sa femme, Mia.

Vincent est le personnage principal de cette ligne dramatique. Il est donc structurellement logique qu’il subisse l’incident déclencheur. Et cet événement censé bouleverser le quotidien de Vincent est que Marsellus a demandé à Vincent d’emmener Mia déjeuner dans un restaurant.

Vincent a finalement accepté en essayant de se persuader qu’il ne s’agissait pas d’un rendez-vous galant (ce que l’on comprend lorsqu’il tente lui-même de convaincre Jules qu’il ne s’agit pas d’un rendez-vous galant).

Vincent est un toxicomane à l’héroïne. Il se fournit habituellement auprès de Lance. Lance est à cours de ballons dont il se sert pour vendre son héroïne et propose à Vincent de la mettre dans un sac.
Le ton employé endort notre attention sur une information importante : il est de coutume que l’héroïne soit vendue dans des ballons et la cocaïne dans des sacs.

Ceci permet de distinguer l’héroïne de la cocaïne. Pour Vincent, cela n’a aucune importance (et pour le lecteur non plus). Ce n’est qu’après que Mia ait confondu l’héroïne avec la cocaïne et qu’il s’ensuivit son overdose que nous réalisons soudain combien les choses auraient été différentes s’il était resté ne serait-ce qu’un seul petit ballon.

La ligne dramatique de Vincent continue avec son arrivée à la résidence de Marsellus et de Mia. Nous comprenons que Mia est dépendante de la cocaïne avant sa rencontre avec Vincent. Puis Vincent s’engage à emmener Mia au restaurant. Pour Vincent, c’est un point de non-retour.
Structurellement, il ne peut plus faire marche arrière. Il est dorénavant ferré dans son intrigue. Cette prise en charge de son problème par le personnage principal est le second point majeur du scénario et marque l’entrée dans l’acte Deux, l’espace de l’intrigue.

La première partie de l’acte Deux est conforme à la tradition avec un héros quelque peu en difficulté. Dans Pulp Fiction, cela est représenté par la gêne entre Mia et Vincent. Nous sommes amenés ainsi au point médian du scénario qui correspond à une crise majeure pour le personnage principal. Celle-ci est alors dénouée lorsque l’affaire du massage est abordée.

Nous apprenons que Tony Rocky Horror n’a jamais fait de massage à Mia et personne ne sait pourquoi Marsellus l’a défenestré. Cette révélation ne soulage pas la crainte de Vincent de dépasser les limites avec Mia. Cette peur est toujours présente et paralysante pour Vincent et pour l’intrigue.

Seulement maintenant la glace entre Mia et Vincent est brisée et cela les libère tous deux. De retour à la résidence des Wallace, on sent bien que la tentation entre Mia et Vincent est palpable bien que tue.
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SCÉNARIO MODÈLE : IMPITOYABLE

Le western est un genre à part entière qui fonctionne plutôt bien outre-Atlantique. Est-il vraiment déplacé pour un européen d’en étudier les mécanismes narratifs ? Pour une étude, cela est tout à fait justifié. Pour l’écriture d’un scénario, c’est un risque à prendre.

Il y a d’autres genres non spécifiques aux États-Unis qui sont aussi un défi à relever : le drame judiciaire, la fresque historique, les thrillers politiques pour n’en nommer que quelques uns. Pourtant, ces genres ne sont pas désuets et le lecteur en est encore demandeur.

Voyons dans cet article comment l’âme courageuse mise en exergue par le western peut-elle nous aider à écrire notre propre projet de scénario en nous inspirant.
Comme à l’habitude depuis notre série d’articles sur le scénario modèle, c’est le dénouement et l’effet qu’il aura sur le lecteur/spectateur que nous examinerons d’abord.

L’effet cognitif du dénouement

Impitoyable est l’histoire de William Munny, un tueur qui a renoncé à son passé pour l’amour de sa femme maintenant décédée. Munny est alors incité à reprendre du service pour venger une prostituée défigurée au couteau par un de ses clients dont elle s’était moquée.

Les dernières images d’Impitoyable nous montrent la silhouette de Munny allant se recueillir au crépuscule sur la tombe de sa femme tandis qu’un texte déroulant nous précise :

Quelques années plus tard, Madame Ansonia Feathers fit le pénible voyage jusqu’à Hodgeman County pour se recueillir sur la tombe de sa seule fille.

William Munny et les enfants n’y étaient plus depuis déjà longtemps… Certains disaient que des rumeurs prétendait qu’il prospérait dans la vente d’aliments secs à San Francisco.

Et il n’y avait rien sur la pierre tombale qui aurait pu expliquer à Madame Feathers pourquoi sa seule fille avait épousé un voleur et meurtrier de réputation si sinistre, un homme d’une disposition notoirement mauvaise et immodérée.

Le scénario se termine en posant une question. Comment une femme bonne a pu épouser William Munny ? Madame Feathers ne le comprendra jamais. Mais le lecteur sent qu’il le sait. Parce qu’il a vu Munny faire de terribles choses, c’est un fait certain, mais il l’a vu aussi faire que des choses mauvaises cessent de se produire. L’antihéros est un homme mauvais capable de faire le bien.

De nombreux héros (de western ou d’autres genres) ne sont pas des héros mais des antihéros. L’antihéros a un monstre au fond de lui et entre les mains, il tient les mêmes instruments de mort (symbolique ou non) que les méchants de l’histoire.

La seule chose qui absout son comportement est que l’antihéros tue des gens qui sont pires que lui. Cela interpelle quelque chose d’assez profond en nous : la croyance en la seconde chance ou rédemption.
Il ne tient qu’à nous d’importer ce sentiment qu’on pourrait croire à tort spécifique à la culture hollywoodienne.

La possibilité du salut permet de ressusciter la croyance malmenée en la justice ou en d’autres choses usées et violentées par les faits, par l’évolution de nos sociétés, par un progrès destructeur qui n’a plus rien de social. Et pourtant, du fait d’un seul être, le mal peut engendrer le bien.

L’auteur de fictions est le plus à même de faire la preuve que l’homme lui-même est capable de restaurer ce à quoi le monde a renoncé.
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