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PENSER LE SCÉNARIO

Penser le scénario, c’est étudier le scénario. Et l’étude de l’art scénaristique (expression un peu paradoxale car le scénario est d’abord un outil de travail et non une œuvre d’art, il est l’œuvre d’un artisan) a trois avantages.

Le tout premier de ses avantages est de se perfectionner dans l’art de conter des histoires. C’est une faculté que nous possédons tous même si parfois nous ne croyons pas être fait pour cette activité, il arrive de nombreuses situations dans la vie au quotidien où nous contons des histoires : dans notre relation aux autres, dans notre travail, dans la vie politique, dans la publicité aussi et même pour endormir les plus petits (ou les masses).

Le second avantage que l’on peut tirer de l’étude d’un scénario est que cela nous permet d’approfondir notre appréciation des films, des téléfilms ou des séries télévisées.
Quant au troisième avantage, l’étude du travail d’autres scénaristes peut grandement vous aider à apprendre à écrire vous-mêmes votre propre scénario.
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AARON SORKIN : LA RÉÉCRITURE

La réécriture est une étape indispensable surtout lorsqu’il s’agit d’un scénario. Avant de procéder à cette tâche, Aaron Sorkin donne un conseil fort judicieux : aller jusqu’au bout de votre premier jet.

Il est difficile d’accepter de réécrire ce que l’on pense du moins en notre esprit comme quelque chose d’abouti dont on peut être fier et vous avez raison de l’être.

Le souci vient du fait qu’entre cet idéal et les mots couchés sur le papier, il y a une différence. Sur le papier, votre imaginaire n’est pas aussi brillant. Par vous-mêmes, en vous relisant, vous verrez bien ce qui ne fonctionne pas.
La réécriture est néanmoins plus facile que l’écriture du premier jet parce que vous savez ce qui ne fonctionne pas et que vous devez le résoudre.

Surtout, si vous vous rendez compte qu’à la page 20 ou 25 de votre scénario en cours d’élaboration, vous n’avez ni introduit le personnage principal, ni fait mention de l’incident déclencheur, continuez malgré tout sur votre lancée. Allez jusqu’au bout (à moins que vous ne jugiez qu’effectivement, il vaut mieux recommencer mais ne cédez pas trop facilement à la tentation, vous ne progresserez pas ainsi et mesurer l’avancement de son projet est particulièrement fertile pour l’inspiration).
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AARON SORKIN : LA SCÈNE

La finalité d’une scène est de faire avancer l’intrigue. La scène a définitivement un mouvement vers l’avant. Et le lecteur le sait.

L’auteur doit donc s’assurer qu’à la fin de la scène, il y ait bien une progression de son histoire. Ce n’est pas forcément un tournant majeur comme le passage dans l’acte Deux (ce qui relève davantage de la structure) mais plutôt le sentiment que les choses avancent.

Comment s’y prendre pour marquer cette progression ?

Différentes manières de faire sont possibles. Par exemple, une scène se termine sur une interrogation. La réponse sera donnée dans une scène ultérieure accolée ou non à la première scène. La réponse à la question posée fera avancer l’histoire.
Prenons un personnage qui se fait tirer dessus à la fin de la première scène mais aucune certitude n’est donnée sur sa mort. Si la mort ou la survie de ce personnage est une question fondamentale pour l’intrigue, savoir ce qu’il est advenu de ce personnage orientera l’intrigue dans une certaine direction. Cette orientation suffit à faire avancer l’histoire.

Toutes les scènes ne se prêtent pas à cette dynamique. Certaines permettent par exemple d’éclairer la personnalité d’un personnage. Néanmoins, la grande majorité des scènes sera implémentée avec quelque chose de suspendu qui se réalisera dans une autre scène.
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AARON SORKIN : ÉCRIRE

Un des conseils que donne Aaron Sorkin est de ne pas se précipiter à écrire. Le scénario doit être mûri, pensé. Il faut prendre le temps des recherches ou comme il aime à le répéter, se cogner la tête contre les murs à la recherche d’une idée et comment l’exploiter.

Que vous mettiez trois semaines ou bien 12 mois ou plus si nécessaire à délivrer un produit fini, 90 % du temps consacré à son élaboration consiste précisément à ne pas écrire mais à préparer ce moment de l’écriture.

Le temps consacré à ne pas écrire accumule des notes, des remises en question de choix que l’on croyait les bons, de retours en arrière et plus souvent que de raison, de désespérance.

C’est un sentiment très décourageant de ne pas écrire une seule ligne de l’histoire que l’on aspire tant à concrétiser. Mais il faut lui laisser le temps de mûrir, être patient avec soi-même.

Parce que le jour où vous commencerez à écrire et que vous sentez que tout ce temps que vous avez passé à atermoyer votre désir d’écriture vous permet d’être heureux, alors vous ne regretterez pas ce que vous pourriez être amené à penser comme du temps perdu.
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A. SORKIN : UNE APPROCHE DE LA STRUCTURE

Le meilleur moyen de se perfectionner dans l’art scénaristique, c’est de voir des films et d’en lire les scénarios. Aaron Sorkin conseille même de suivre un film avec le scénario en mains et de comparer ce qui apparaît sur l’écran avec les mots couchés sur la page.

L’intérêt est d’analyser, de décortiquer l’histoire en ses principaux éléments afin d’en faire ressortir la structure. Que serait la musique sans le solfège ? L’écriture répond à la même exigence. Bien écrire, c’est respecter un ensemble de règles.

La Poétique d’Aristote

Pour Aaron Sorkin, la théorie est indispensable. Et la source originelle de toutes les théories dont on a pu entendre parler (qui diffèrent souvent par les termes employés qui désignent en fait la même chose à quelques nuances près), c’est La Poétique d’Aristote.

Pour une première approche de La Poétique, je vous conseille la lecture de cette série d’articles :
LA STRUCTURE DU SCÉNARIO ET ARISTOTE

Pour progresser dans quelque domaine qu’il soit, il faut apprendre de ses erreurs. Nous pouvons nous servir de ce principe pour étudier l’art scénaristique. Lorsque nous lisons ou visionnons une scène qui ne fonctionne pas, il faut analyser pourquoi elle ne fonctionne pas. L’erreur que nous pourrions faire est de l’écarter du revers de la main en se promettant de ne pas écrire quelque chose de semblable.

Ce ne serait pas très judicieux et surtout inefficace. Il nous faut comprendre pourquoi la scène échoue à nous transporter. Et réciproquement, lorsque nous sommes enthousiasmés par ce que nous voyons ou lisons, il faut savoir pourquoi cette scène nous emballe.
Comment s’y prend-elle pour être autant réussie ?

Et si l’on a étudié La Poétique d’Aristote, compris la structure qu’elle décrit, il sera facile de voir qu’une scène fonctionne parce qu’elle respecte les principes mis en avant par Aristote. Et inversement, une scène échoue lorsqu’elle viole l’une de ses règles.
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