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D’AUTRES OUTILS DU SUSPENSE

In Media Res pour créer un sentiment d’urgence

Si l’on commence un chapitre ou une scène et que tout semble se dérouler pour le mieux, on ne crée pas de tension dramatique. Il faut au contraire jeter le ou les personnages dans des situations d’urgence telle qu’un rendez-vous d’une importance capitale pour le personnage qui rencontrera alors des difficultés imprévues mettant en péril le moment du rendez-vous.

Pour Dan Brown, les situations in media res ne sont cependant pas suffisantes pour impliquer le lecteur. Celui-ci doit aussi s’interroger sur les raisons de l’importance de ce rendez-vous qui ne lui seront données que plus tard après que la situation d’urgence ait été exposée.

Et cette exposition est la démonstration du malaise, de l’embarras du personnage. En quelque sorte, l’auteur jette à la fois le lecteur et son personnage au cœur d’une même action qui a déjà débutée. C’est dire au lecteur que quelqu’un a des problèmes. Mais le lecteur ignore tout de ces problèmes.

Pour comprendre la situation actuelle, il lui faudra continuer à tourner les pages. C’est précisément cette attitude que permet la tension dramatique induite par le questionnement du lecteur sur la scène qu’il est en train de lire.

Les réponses lui seront évidemment données mais seulement après que l’urgence ou l’embarras du personnage aient été manifestes parce que c’est un préalable à son implication dans la scène.
S’il est important de décrire un lieu parce que ce lieu joue un rôle important dans l’énigme que pose la scène, alors cette description sera retardée autant qu’il se peut.

Différents types de suspense

Un des outils préférés des auteurs de thriller pour créer du suspense est le cliffhanger. Le cliffhanger date de l’époque des émissions de radio diffusées les dimanches qui se terminaient de manière systématique par un personnage comme suspendu dans le vide, les mains accrochées au bord de la falaise.

Pour savoir s’il allait s’en sortir, il fallait écouter le prochain épisode. Les auteurs de thriller utilisent une méthode similaire. Ils finissent un chapitre ou une scène sur le même type d’interrogation. Pour connaître la réponse, il faut donc continuer à tourner les pages. Des séries comme Game of Thrones fonctionnent sur le même principe. L’action en cours est suspendue jusqu’au prochain épisode, voire même quelques épisodes plus tard si d’autres lignes dramatiques nécessitent de continuer leur développement.

Le cliffhanger se présente sous différentes formes. Ce peut être terminer une scène par une réponse par exemple. Mais ce sera une réponse surprenante à laquelle le lecteur ne s’attendait pas. L’élucidation de cette étrange réponse sera alors confiée à la scène ou au chapitre suivant.

Nous pouvons aussi poser une question que le lecteur n’a pas vu venir. Par exemple, pourquoi un personnage qui semblait si sincère, si intime avec notre héros se voit soudain contraint de le trahir. Nous comprendrons plus tard les raisons de cet étrange comportement. Et pour cela, nous devons continuer à tourner les pages.

Selon Dan Brown, l’auteur qui se lance dans un thriller devrait cultiver une sorte d’instinct pour créer du suspense à la fin d’une scène ou d’un chapitre. Il faut en quelques sorte se justifier auprès du lecteur pour qu’il soit désireux de connaître des informations que nous retenons volontairement.

Cette rétention de l’information que nous pouvons assimiler à une distribution savamment pensée de l’information est un des outils les plus efficaces du suspense. Il suffit par exemple de terminer un chapitre ou une scène en laissant en suspens la résolution qui sera alors donnée dans le chapitre ou la scène qui suit.

Autre exemple : votre personnage connaît un moment de révélation. Vous rendez manifeste cette révélation à la fin de la scène mais vous n’en communiquerez la teneur que dans une scène ultérieure. Le lecteur devra atteindre alors cette scène. Vous lui donnez ainsi envie d’en savoir plus.

Selon Dan Brown, cette rétention de l’information qui consiste à ne pas en dire trop pour maintenir l’intérêt du lecteur est la clef pour écrire le suspense.
Cela revient à dire au lecteur que l’auteur connaît une information mais qu’il ne lui dira pas aussi longtemps qu’il le peut (car à un moment donné, on ne peut faire autrement que de donner les réponses ne serait-ce que pour poser d’autres énigmes).

Retenir l’information : tout un art

Pour Dan Brown, retenir l’information consiste essentiellement à ce que les personnages n’aient pas accès à cette information. Dans le Da Vinci Code, par exemple, l’accès à une information cruciale est protégé par un code à 26 chiffres.

Il y a toujours moyen de ne pas divulguer immédiatement une information. Ce moyen néanmoins doit être crédible. Puisque l’information est inaccessible, il doit y avoir une raison valable à cet interdit.

C’est ainsi qu’il n’est pas logique que les personnages refusent l’information ou retardent le moment de cette information. Ils ont besoin de cette information, ne serait-ce que pour faire avancer l’intrigue.
Ils sont donc toujours impatients de posséder de nouvelles informations mais ils se heurtent à des obstacles qui rendent celles-ci difficiles à obtenir.

Une autre façon de faire relève davantage de la mise en scène. En effet, lorsqu’un personnage dit à un autre qu’ils vont procéder autrement par exemple. L’un des personnages demande alors ce qu’ils vont faire et l’autre répond qu’il lui dira en cours de route. L’information n’est pas cachée, elle se fait simplement attendre et cela participe aussi à l’élaboration du suspense.

Créer l’information consiste à définir pour le personnage un besoin qu’il devra satisfaire. Mais il ne peut l’avoir immédiatement. Il doit d’abord délivrer un effort conséquent, accomplir une série de tâches. En quelque sorte, il doit mériter l’information qu’on lui remettra.

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LA CRÉATION DU SUSPENSE CHEZ DAN BROWN

Les outils du suspense ne manquent pas

Le nombre d’outils dramatiques qu’un auteur de thriller a à sa disposition pour créer du suspense est vraiment considérable.  En quelque sorte, il suffit d’un peu d’attention pour créer du suspense. Une des toutes premières techniques est d’emprunter chez un autre auteur de thrillers les techniques qu’il emploie pour mettre de la tension dramatique dans certains des moments qu’il décrit.

Techniques qu’il a probablement dû lui-même prendre ailleurs et adapter selon les exigences de son intrigue. Un exemple classique est de mettre en place un danger imminent. Votre personnage principal est en train de s’occuper de ses roses et il se tient dans l’ombre une silhouette indéfinie. De cette simple description, il émane du suspense.

Certes, c’est une manière un peu trop directe d’ajouter de la tension dramatique à une scène. Parfois, on peut vouloir rendre les choses un peu plus subtilement. Dan Brown reprend l’exemple de Origine lorsque Robert Langdon pénètre dans le musée Guggenheim à Bilbao.

Brown décrit ce musée comme un Leviathan.

Suspense

Et Langdon a l’étrange sentiment de pénétrer dans la gueule de la bête. Certes, dans un roman, il est facile de mettre en place un monologue intérieur pour expliciter ce qu’il se passe dans l’esprit de Robert Langdon. Le langage cinématographique que relaie le scénario exposera ce sentiment différemment.

Dans un cas comme dans l’autre cependant, vous avez fait une promesse à votre lecteur. Dan Brown insiste vraiment sur ce concept de promesse. Ce n’est pas un mot qu’il emploie par hasard. Écrire un roman ou un scénario de thriller, c’est signer un contrat avec son lecteur. Et dans cet exemple précisément, le contrat est que vous promettez à votre lecteur que quelque chose de terrible se prépare.

Lorsque Langdon est dans le musée, il a cet étrange sentiment que quelque chose de mal est en train de se produire ou est sur le point d’avoir lieu dans ce musée.
Il est inconfortable. À propos de langage cinématographique, cet inconfort par exemple est très visuel. Faites confiance à la sagacité et à l’intelligence de votre lecteur. Ce malaise ressenti par Robert Langdon, le lecteur le percevra de manière saisissante.

Pour créer du suspense, Dan Brown utilise aussi le sombre secret qui hante un personnage. La source de ce secret se situe évidemment dans le passé du personnage. On ne dit pas au lecteur quel est ce secret.
Éventé, ce secret n’a plus aucune force dramatique. Par le monologue intérieur du personnage, on peut lui faire dire qu’avant un certain événement, son ressenti actuel des choses aurait été différent.

Le lecteur ne manquera pas de s’interroger sur ce mystérieux événement dont on ne lui souffle mot. Visuellement (pour un scénario), des indices peuvent être disséminés comme une photographie ou un étrange comportement d’un personnage devant un objet sans qu’il soit donné de plus amples détails. C’est ce détail qui manque justement qui créera le suspense.
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RECHERCHE : AU FOND DES CHOSES

Une recherche exhaustive

Ce qui importe lorsqu’on écrit un thriller (c’est néanmoins aussi applicable dans d’autres genres) est d’inventer des connexions entre les informations. Et le lecteur n’a pas pu les anticiper.

L’auteur connaît déjà les réponses. Son effort consistera essentiellement à cacher ces connexions et à les révéler le moment venu d’une façon mémorable.

Ces liens apparaissent-ils comme par magie lors du processus d’écriture ? Bien sûr que non, répond Dan Brown.
Ces liens deviendront évidents par les recherches que vous ferez sur votre sujet avant même de vous lancer dans ce processus.

Pour que ces connexions s’avèrent évidentes aux yeux de l’auteur, il ne peut se contenter de quelques informations et chercher désespérément comment les relier.
Les relations possibles émergeront de la masse d’informations que vous aurez accumulée sur votre sujet.

Même si vous croyez être submergé par des notes et encore des notes d’informations, de faits historiques, d’événements aussi divers que variés, n’en prenez pas peur. Car en relisant vos notes, vous trouverez clairement et distinctement le moyen de mettre en relations deux informations, deux faits, deux événements qui prendront certainement votre lecteur à contre-pied sans pour autant nuire à la cohérence de l’ensemble, c’est-à-dire de votre histoire.

Dan Brown prend l’exemple de son roman Origine. Il savait que le monde qu’il allait y dépeindre serait gouverné par la science et la religion. Il y serait question d’évolution. Brown avait décidé d’opposer le point de vue scientifique au point de vue religieux sur notre origine.

Mais il voulait aussi que son héros Robert Langdon soit comme un poisson hors de l’eau dans ce monde. C’est la raison pour laquelle il a introduit l’art moderne dans son projet.
Afin aussi de lui permettre d’explorer un monde qu’il ne connaissait pas encore. Robert Langdon allait donc devoir innover et c’est bien ce que l’on attend de lui dans une telle franchise.

Ayant posé son triumvirat (science, religion et art moderne), Brown s’est mis à la recherche d’un artiste (sans savoir précisément dans quel art) qui serait parvenu à lier les thèmes de science et de religion que Brown voulait utiliser pour son roman.

C’est alors qu’il a découvert ou redécouvert William Blake (1757-1827). Il ne savait pas encore comment cet auteur, peintre et poète allait le servir, comme le dit Dan Brown, il est illusoire de vouloir connaître toutes les réponses dès le premier jour, mais il avait néanmoins l’intuition que l’œuvre de cet artiste qui eut des inspirations bibliques très modernes pour son époque, aurait certainement les réponses que Brown cherchait à trouver.

Il s’est mis alors à étudier William Blake. Ce ne fut pas non plus une plongée profonde dans l’œuvre de Blake. Davantage un travail superficiel, dans la quête d’un détail qui jaillirait en une idée pour l’intrigue de son projet.

Il a donc noté ce qui lui semblait potentiellement apte à le servir. Il ne savait pas encore comment ce qu’il notait allait le servir. Il en avait seulement l’intuition.
Ce qui compte, c’est de noter les détails qui jaillissent de la masse. Vous ne pouvez pas raisonnablement expliqué pourquoi cette image ou cette phrase ou cet événement vous dit de le conserver, mais intuitivement, vous saurez qu’il faudra faire encore des recherches.

Autrement posé, ne cessez pas vos recherches. Consacrez-y le temps qu’il faudra (d’ailleurs, il serait étonnant que vous ne vous preniez pas au jeu) et lorsque viendra le moment de l’écriture, les choses seront beaucoup plus simples.
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THRILLER : DA VINCI CODE

Les personnages du Da Vinci Code de Dan Brown ont tous un but différent dans l’histoire. Les œuvres de fiction ont cela de bon qu’elles fixent un objectif pour chacun de leurs personnages. C’est un exemple que nous devrions suivre dans nos vies.

Avoir un but, savoir où l’on va, voilà ce qui compte et les personnages de fiction que nous inventons sont un exemple à suivre en la matière.

Revenons à Robert Langdon. Le Da Vinci Code se concentre sur cet homme. Cette histoire est un thriller. Langdon est le personnage que nous suivons. Il est celui qui essaie de résoudre le mystère, ce mystère même qui nous rive à cette histoire.

Ce personnage principal est la perspective du JE dans l’histoire. Il est le point de vue donné au lecteur. Il est ce qui fait battre le mouvement de l’histoire.

Plutôt que de considérer l’importance, véritable par ailleurs, du personnage principal, Dan Brown conseille plutôt de travailler le point de vue. Et ce point de vue deviendra consistant dans sa relation aux autres personnages.

La caractéristique du thriller : le danger physique

Dan Brown est très clair sur ce point. Son héros Robert Langdon est en danger physique. Silas s’en prend physiquement à lui.

Pour Brown, cette violence est nécessaire aux enjeux. En fait, je pense qu’il faut s’imprégner de cette idée d’une certaine violence pour expliquer les enjeux.
L’enjeu, c’est le risque de perdre quelque chose auquel on tient. Ce n’est pas un manque qui nous fait défaut et que l’on cherche à combler pour se sentir enfin complet, en quelque sorte achevé. Cela serait plutôt le rôle de l’objectif que l’on se fixe.

Le manque est un besoin. L’enjeu est une perte, un arrachement. Il est alors important d’incarner cette violence, ce sentiment de perte qui doit accompagner le lecteur.
Et ce sera donc Silas, l’instrument qui rend possible le danger. Il n’est pas le véritable antagoniste. Pas plus que ne l’était Dark Vador vis-à-vis de Luke.

La force antagoniste les dépasse. Ce qui doit néanmoins transparaître rapidement, c’est la dangerosité de leur personnage. Et dans un thriller, elle s’exprime physiquement. Langdon est gravement menacé par Silas.

Dans un autre contexte, on peut même considérer une violence morale. Quelque chose qui pourrait donner de la cohérence à une paranoïa. Ce qu’il faut mettre en place, c’est un personnage qui sera l’instrument de cette violence. On peut aussi l’utiliser comme une métaphore.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un outil narratif qui sert les enjeux de l’histoire. Ce ne sera pas pour autant un personnage découpé à grands traits. C’est quelqu’un qui a une personnalité, des certitudes et des doutes.
C’est un être humain avec ses forces et ses faiblesses. Silas, cet être qui est la violence même est par ailleurs quelqu’un de très pieux. Ce n’est même pas paradoxal.

Il y a de la bonté en lui parce qu’il croit en la bonté de l’Église, cette Église qui l’a sauvé de la maltraitance alors qu’il était enfant. Nous comprenons ce personnage. Il est important que nous éprouvions de la sympathie pour lui.

Mais il va trop loin. Beaucoup trop loin. C’est ce qui le catégorise dans l’ordre des méchants de l’histoire.

Le manipulateur

Il y a la main et il y a le cerveau. La main est ce personnage dont Silas est un très bon exemple. Le cerveau œuvre dans l’ombre. C’est celui qui tire les ficelles. Il est celui dont on ignore tout. Et pourtant, il est tout-puissant et c’est un pouvoir qui se cache. Quelqu’un manipule les cartes et dans un thriller, il est important qu’existe un tel personnage.
Toute la question dramatique sera de connaître qui est ce mystérieux personnage. Qui est le véritable antagoniste ? Dans un thriller, cette information est cachée le plus longtemps possible. Elle n’est pas le secret recherché. Elle représente seulement le véritable danger, le commanditaire en quelque sorte, du danger physique qui menace le héros.

Et lorsque la main est finalement vaincue, la prochaine étape nous mènera à la révélation de l’antagonisme dont le secret n’est plus protégé lorsque la main faisait encore écran entre ce personnage véritablement diabolique, ce maître d’œuvre qui organise le suspense et la tension dramatique (éléments clefs du thriller, tout de même) et le héros de l’histoire.

Pour Dan Brown, cette technique narrative est très intéressante pour créer plusieurs niveaux d’antagonisme, pour créer une hiérarchie du mal. Il y a un outil et un artisan qui sait manipuler cet outil à son bénéfice.
Et cela participe activement à la constitution de l’intrigue dont les événements seront orchestrés à la fois par la main et par le cerveau. La main doit en effet obédience au cerveau mais c’est aussi une personnalité doué d’autonomie qui peut parfois échapper au contrôle du cerveau. C’est important de s’en souvenir pour les événements initiés par la main et ceux du cerveau. L’ordonnateur peut parfois perdre le contrôle de son homme de main.

Le thriller profite de la théorie du complot

Il existe toutes sortes de théorie du complot. De la plus bénigne à la plus eschatologique. Pour le Da Vinci Code, Dan Brown avoue qu’il a convoqué les idées les plus folles sur le Saint Graal. Mais cette information ne sera pas véhiculée par le héros. Elle fait partie du monde de l’histoire, d’un contexte contre lequel le héros sera en butte.

Le personnage principal lutte contre cette théorie du complot qu’il ne peut accepter. Langdon est un éminent expert en symbologie et toute cette connaissance qu’il possède s’érige contre cette théorie du complot qui est pourtant à l’œuvre au sein même de l’intrigue.

Et c’est là qu’intervient le cerveau, lui aussi incarné et il est incarné par Leigh Teabing, le professeur. Ce personnage est à l’origine de la théorie du complot. Il est le véritable antagoniste. Il est important de le distinguer en tant que tel pour bien marquer la démarcation qui existe entre lui et le personnage principal.

Selon Dan Brown, si l’objectif du personnage principal était de prouver cette théorie du complot et non ou de la dénoncer ou de l’affronter, ce personnage ne serait plus intègre, en quelque sorte polluer par cette théorie du complot et il perdrait nécessairement en puissance. Ce serait aller contre l’intelligence de ce personnage.

La proposition de Dan Brown est intéressante aussi parce que lorsque Teabing énonce sa théorie sur le Saint Graal, elle place le personnage principal au même niveau que le lecteur. Il est incrédule. Si Langdon n’éprouvait pas un certain scepticisme, le lecteur s’interrogerait sur ce que Teabing affirme. Or ce n’est pas l’intention de l’auteur.

On ne demande pas que le lecteur croit en cette théorie. Elle fait partie de l’intrigue. C’est tout. Donc, l’incrédulité de Langdon renforce l’intrigue parce qu’elle évite que le lecteur ne sorte de la voie tracée par Brown. C’est-à-dire ce en quoi doit croire et ne pas croire son lecteur.

Les fausses pistes

Indéniablement, un des outils les plus populaires de ce genre qu’est le thriller. Cela fait partie du jeu et le lecteur sait que l’auteur l’emmènera dans des chausse-trapes, le promènera de surprise en surprise et cela explique pourquoi il est si tenté de se laisser emporter dans des leurres. Il serait déçu s’il en était autrement.

Cela consiste souvent à inventer un personnage dont tout un tas d’indices tenteront de prouver qu’il est le coupable et puis lorsque le lecteur en sera bien convaincu révéler en fait qu’il est parfaitement innocent de ce dont on l’accuse.

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LES LIEUX DE L’ACTION DU THRILLER

Le lieu où se déroule l’action doit être pensé comme à un personnage. Une conversation banale dans un lieu donné peut donner quelque chose de totalement passionnant si elle prend place dans un tout autre lieu.

L’information se révèle soudain d’importance moindre tant le lieu attire et retient l’attention du lecteur. Réfléchir aux lieux de votre thriller peut vous donner la clef pour toute votre histoire.

Pour Dan Brown, il est important que les lieux que vous décrivez dans chacune de vos scènes ne soient pas des endroits dans lesquels vous vous forcez à vous rendre.
Plutôt des lieux qui vous intéressent, qui vous plaisent parce que vous y avez vécu ou bien parce que vos rêves ou vos désirs vous y ont emmenés virtuellement.

De nos jours, il est possible de visiter et d’apprécier un endroit sans même s’y être jamais rendu. Vous instillerez ainsi dans votre écriture un enthousiasme communicatif envers votre lecteur.

Non seulement un lieu agit et réagit comme un personnage et les personnages agissent et réagissent aux lieux en retour mais un lieu possède aussi sa propre personnalité. Vous devez utiliser cette individualité dans votre thriller.
C’est un outil dramatique indispensable dans la construction de l’histoire. Non seulement il émanera du lieu une atmosphère particulière mais vous devriez aussi permettre à ce lieu de se révéler lui-même dans la durée de l’histoire.

Pour Origine, sorti en 2017, Dan Brown voulait que cette histoire prenne place au musée Guggenheim de Bilbao, à  la Casa Milà de Barcelone et à la basilique Sagrada Familia.
Mieux encore, Dan Brown a cherché à se rapprocher de Antoni Gaudi (1852-1926), un architecte (donc créateur de lieux nouveaux (la Casa Mila et la crypte de la Sagrada Familia).

Derrière l’œuvre, quelle qu’elle soit, et surtout s’il s’agit d’un lieu, on ne peut ni en ignorer la hantise et les secrets qu’elle recèle jalousement en son sein, ni l’atmosphère qui se dégage d’un certain lieu (par exemple, une forêt sous la neige et le vent glacial) qui participe alors à la structure même de ce qu’il s’y déroule.

Dan Brown explique que lorsqu’il a choisi les lieux pour Origine, il ne savait pas encore ce qu’ils pouvaient apporter à son histoire.
Brown avait une envie de ces lieux et dans son roman, il allait les mettre dans un certain ordre afin de leur donner du sens ou autrement dit une raison d’être ici et maintenant.

Ainsi, cette visite guidée pouvait s’avérer logique, un lieu en appelant un autre. Ou bien encore un lieu peut participer à l’imaginaire, à la symbolique de l’histoire. Le thème développé peut aussi appeler un lieu précis et aucun autre (ou d’autres lieux seraient moins puissants que celui retenu pour les exigences de l’histoire).

Sa façon de concevoir les mondes de ses thrillers en confrontant deux concepts, deux traditions, deux idées dans une apparente dualité (dans Origine, il s’agit des arts et de la technologie) a imposé en quelque sorte la nécessité des lieux que Dan Brown décrit dans ce thriller.

Les lieux permettront de construire le suspense, de susciter l’intérêt du lecteur mais bien plus que cela, ils étayent la structure même du récit.

A la recherche de l’inspiration

Comme la musique, le lieu peut être inspirant. Il peut même vous dire que vous avez besoin de lui pour continuer à développer votre intrigue.
Dan Brown reprend l’exemple de Origine lorsqu’il découvrit à la Sagra Familia cet escalier en colimaçon qui lui inspira l’évidence que quelqu’un avait dû mourir en ce lieu.

Soudain, il lui sembla évident qu’il devait réviser la structure actuelle de son projet en y faisant mourir bien plus tôt que la tradition le préconise un personnage clef du roman.
Et cela a débloqué son intrigue qui s’enlisait dans toutes les promesses et dans toutes les réponses qui ne cessaient de s’accumuler et paralysaient progressivement toute l’intrigue.

Dan Brown insiste cependant sur le fait que de tomber amoureux d’un lieu au point de vouloir le mettre en scène peut vous conduire à faire de votre thriller un guide touristique.
Le lecteur est fasciné par les personnages. Il se délecte à suivre l’intrigue. Ce sont les événements décrits qui le passionne. Les lieux apparaissent secondaires au lecteur.

Pour lever cette réserve qui pourrait vous faire hésiter sur le choix d’un endroit pour y inscrire une action, retenez d’abord des lieux qui soient significatifs pour vous.
Penser l’intrigue pour votre lecteur mais mettez en œuvre des lieux qui vous apportent quelque chose de concret personnellement.

C’est cet enthousiasme à décrire un endroit que vous aimez que vous partagerez avec votre lecteur. Prenez garde seulement à ce que cet aspect passionnel de votre écriture ne fasse ombre à vos personnages.

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