Comédie

COMÉDIE : L’ÉTERNUEMENT DE FRED OTT

Tout au long de son histoire, la comédie et le cinéma muet furent affectés par la technique avec laquelle le film était réalisé mais aussi par la culture et l’état d’esprit des réalisateurs. Et bien sûr, par ce que l’on évaluait des attentes du public.

Les images séquentielles étaient déjà expérimentées un peu partout à travers le monde lorsque l’approche singulière de Edison incita ses techniciens, machinistes et ingénieurs à tester de nouvelles idées pouvant tirer le plus grand avantage de cette nouvelle technique.

Entre le 2 et le 7 janvier 1894 fut réalisé le 19ème film du studio : L’éternuement de Fred Ott (Edison kinetoscopic Record of a Sneeze / Fred Ott’s Sneeze).

Initialement considéré comme quelque chose de nouveau de l’ordre de la comédie par sa façon spectaculaire et innovante pour l’époque en réussissant à faire d’un rien quelque chose, ce film de quelques secondes n’en est pas moins dépourvu de contenu.

Et ce contenu est fondamentalement narratif. C’est une action entière qui est filmée de son conflit à sa résolution, ce qui apporte une sorte de structure. Une des raisons qui ont fait assimiler ce documentaire (l’intention initiale) à la comédie est la perte du contrôle corporel du sujet.

Nous pouvons rapprocher ce fait à ce que Henri Bergson décrivait comme quelque chose de mécanique plaqué sur du vivant. Fred Ott devenait ainsi une figure comique marqué du sceau du ridicule.
Je vous renvoie à cet article pour un peu plus d’informations :
RIRE ET COMÉDIE : POURQUOI RIONS-NOUS ?

Dans sa Poétique, Aristote identifiait un personnage comique comme quelqu’un qui porte la marque du ridicule ce qui permet à celui qui l’observe de se sentir supérieur vis-à-vis de lui.
Lorsque la faille majeure de la personnalité du héros dramatique lui faisait endurer mille peines ce qui menait inéluctablement à la ruine du protagoniste antique (ainsi qu’à celle de ses partisans ou fidèles), la condition absurde de la marque du ridicule peut être définie comme une erreur de la nature ou bien une difformité qui ne génère pas de peine ou de menace pour autrui.

C’est ainsi que pour Aristote le masque provoque le rire parce qu’il est quelque chose de laid et de distordu mais qui ne s’accompagne d’aucune souffrance pour l’observateur.
Cette marque du ridicule dans L’éternuement de Fred Ott ne décrit pas une difformité physique mais c’est la perte du contrôle corporel par l’éternuement qui fut considéré comme comiquement absurde par le réalisateur.

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