QUESTION D’INTRIGUE

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L’habituelle façon de considérer l’intrigue est ce qu’il se passe au cours du récit. Cela ne nous aide pas beaucoup lorsqu’il s’agit d’en écrire une.

Nous pouvons d’abord resserrer les choses en ne considérant que des événements significatifs. Pourquoi sont-ils significatifs ? Parce que les conséquences de ces événements sont importantes. Une scène peut décrire des incidents : le personnage ne retrouve plus les clefs de sa voiture. Cela retarde la promenade qu’il avait envisagé.

Aucune conséquence sérieuse. Pas de quoi en faire toute une histoire. A moins qu’il ait un rendez-vous important qu’il risque de manquer s’il ne retrouve pas rapidement ses clefs. Une jeune fille a l’habitude de tresser ses cheveux. Ce geste en soi n’est pas significatif à moins que cette jeune fille ne se nomme Raiponce et que tresser ses cheveux est un geste vital pour le devenir de sa vie amoureuse. Si Raiponce était empêchée de cette habitude, l’événement deviendrait plus dramatique. Que sa brosse à cheveux disparaisse et l’incident se transforme en intrigue.
Dans une scène, vous envisagez des conséquences. Posez-les et remontez jusqu’à la cause. Vous avez une situation ? Imaginez les conséquences de celle-ci.

Cause & effet font l’intrigue

Les personnages font, ressentent, pensent ou disent des choses tout comme dans la vie réelle. Ce qui différencie les choses, c’est ce qu’il vient après. Une jeune femme décide de se teindre les cheveux en violet, cela peut révéler quelques traits de sa personnalité. Mais si elle ne passe jamais à l’acte, potentiellement il n’y a pas d’intrigue.
Si, effectivement, elle se teint les cheveux, non seulement nous en apprendrons un peu plus sur sa personnalité mais il y aura aussi des répercussions. Une pierre jetée dans l’eau produit des ondes.

Une pensée ou une émotion franchissent la limite de l’intrigue lorsqu’elles deviennent des actions et provoquent des réactions. Jusque-là, les attitudes, aussi intéressantes soient-elles en elles-mêmes, ne sont que des potentialités, de vagues possibilités. Elles sont statiques. Elles ne vont nulle part. Rien ne vient d’elles.

Aucune pensée, en soi, n’est une intrigue. Aucune action, même dramatique, n’est une intrigue si l’histoire aurait été la même si elle n’avait pas eu lieu. Toute action, même apparemment insignifiante, peut être vitale et mémorable si elle a des conséquences significatives et change l’issue de l’histoire.

Concevoir un récit, c’est décider ce qui est important et montrer que c’est important en liant les événements majeurs. Ce qui importe, c’est la façon dont auteurs et autrices montrent les choses. Comment montrer les choses ? Par l’enjeu. Quelque chose qui a de la valeur pour le personnage principal peut être gagné ou perdu.

Cette valeur est quelque chose à laquelle s’accroche le personnage. Ce ne peut être banal. Le personnage luttera pour acquérir ce qu’il ne possède pas encore ou conserver ce qu’il possède. Dans une lutte, deux forces se rencontrent. L’une seulement triomphera pour le meilleur ou pour le pire.

L’une de ses forces peut être externe au personnage principal. On la nomme parfois méchant de l’histoire mais c’est souvent une opposition ou une situation dans laquelle se débat le personnage. Une caractéristique du monde dans lequel il vit peut justifier aussi pourquoi il se bat, par exemple il refuse de se soumettre à une autorité qu’il ne reconnaît pas. La nature aussi pourrait agir contre le personnage s’il se trouve par exemple aux prises avec une tempête et ce sera sa vie ou celle de ceux qu’il aime qui sera menacée.

Parfois ces deux forces contradictoires sont situées au cœur du personnage. Une peur d’agir contre la nécessité d’agir ; le refus d’aimer ou d’être aimé parce qu’une blessure personnelle est encore vive… il faut réussir à convaincre le lecteur et la lectrice que non seulement quelque chose se passe mais aussi que ce qu’il se passe est d’une importance majeure pour l’intrigue, certes (car c’est l’intention de l’auteur ou de l’autrice) mais aussi pour les personnages impliqués.

Un double combat

Ce qui est passionnant avec une intrigue, c’est qu’il y a à la fois un combat externe qui se traduit par un objectif à atteindre. Dans Sa Majesté des Mouches de William Golding, l’enjeu est la survie des enfants. Les enfants essaient de rester en vie dans un environnement naturel auquel ils ne sont pas accoutumés ou du moins contrairement aux adultes qu’ils n’ont pas encore façonné pour s’en accomoder.

Et il y a aussi une lutte en interne. C’est un combat entre la peur et le courage, une méfiance de l’inconnu et la volonté de découvrir ce qu’il s’y cache. Cette lutte existe en chacun des enfants.

Il peut y avoir une intrigue extérieure et une intérieure qui, d’une certaine manière, la reflète et la renforce, ou bien qui entre en conflit et qui contraste avec elle. Ou bien l’intrigue extérieure ou l’intrigue intérieure peut être comme le point central de la lutte nécessaire qui se joue dans les actions, à travers les scènes.

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