S’IMPLIQUER DANS L’HISTOIRE

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Ne pas se sentir concerné par l’histoire que l’on souhaite raconter est certainement un facteur à la fois de désintérêt personnel envers sa propre écriture et certainement un devenir plutôt sombre pour le scénario qu’on envisage de lancer à la face du monde. William C. Martell, scénariste reconnu, reçoit des propositions extérieures pour des scénarios pour lesquels l’idée même de les écrire ne lui serait pas venue.

De son propre aveu, il lui faut alors trouver un accès personnel dans cette idée extérieure, quelque chose dans lequel il puisse se reconnaître. William C. Martel cherche ainsi le moyen de faire de cette idée une histoire qui aurait pu lui appartenir.

Néanmoins, il n’est pas impossible d’écrire une histoire avec laquelle on ne ressent aucune affinité. Mais cela se sentira à la lecture.

Dans l’âme et le cœur

Une histoire doit déjà être là, dans l’âme et le cœur des auteurs et des autrices. Cela signifie que cet auteur et cette autrice auront grand avantage d’aller incessamment à la découverte d’eux-mêmes. Soit seuls, soit aider en cela par des personnes sincères qui n’hésiteront pas à les pousser dans les retranchements d’une remise en cause de soi.

Ainsi, si une histoire ne parle pas à celui ou à celle qui ont l’intention de l’écrire, cela peut vouloir dire que cette histoire-là n’est pas pour eux. Parfois, c’est difficile à admettre.

S’il est possible d’y jeter ses propres passions, ses propres intérêts, les personnages fictifs seront bien plus crédibles en tant qu’êtres humains. Vous écrivez des mots sur une page et, à un endroit et à un moment différents, un autre humain les lira et comprendra votre parole à ce moment-là. Vous n’êtes pas là mais ils lisent vos pensées. Celles-ci sont véhiculées par des personnages fictifs.

Mieux même : c’est ainsi que vous pourriez changer la vie des gens avec vos histoires. L’intention serait alors de se connecter aux lecteurs et aux lectrices. Dit autrement, comment inspirer ces mêmes lecteurs et lectrices avec vos histoires ?

Prenons un auteur ou une autrice qui décide de s’inspirer du poème Beowulf. Quelle que soit l’histoire qui est en train de se créer, cet auteur a remarqué que dans le poème la fille du roi Hrohgar était mentionnée mais le poème ne s’est pas particulièrement investi dans ce personnage.

Il ou elle décide donc d’incarner davantage cette fille du roi en en faisant le Love Interest du héros qui se sacrifiera pour sauver le héros et mourra en ayant sur les lèvres le nom de son bien-aimé. Cette partie du récit n’est pas seulement un ajout romantique mais une véritable envie de l’auteur ou de l’autrice d’imprégner l’histoire avec sa propre vérité. Cela est possible parce que ce sont des émotions qui sont convoquées.
Ces émotions distribuées tout au long du récit appartiennent à une ligne dramatique éminemment subjective qui implique bien plus le lecteur/spectateur dans le récit que d’observer à distance les événements.

L’écriture est un moyen qui permet que s’écoule de blessures émotionnelles les miasmes nauséabonds des regrets, des culpabilités, des mensonges à soi-même plus qu’aux autres, des tristesses infinies dont on prend trop vite l’habitude…
Écrire est une forme de salut. Revisiter des souvenirs douloureux peut être difficile. Et si mon auteur ou mon autrice de mon petit exemple sur Beowufl souffrait encore terriblement d’une rupture amoureuse, cette fille du roi qui meurt dans les bras de son héros (ce pourrait être tout autant un prince sacrifié sur l’autel des amours impossibles) est pour l’auteur ou l’autrice un moyen d’évacuer la douleur avant qu’elle ne s’enracine trop profondément.

Le parcours émotionnel du héros ou de l’héroïne

Ce parcours sera tracé par l’expérience de l’auteur ou de l’autrice. C’est le biais pour s’engager dans le récit même si celui-ci est une commande ou dans le cas d’une série, s’ils doivent en respecter la bible. Ils projettent leur propre expérience dans l’aspect émotionnel et interne du personnage principal.

Certes, ce n’est pas leur vie qu’ils étalent au grand jour car leur imagination est suffisamment fébrile pour se maintenir dans la fiction. Néanmoins, en se donnant ainsi, ils communiquent sur un niveau émotionnel qui sera facilement partagé avec les lecteurs et les lectrices qui peuvent aussi y trouver un exutoire.

En s’ouvrant ainsi aux autres, la peur d’être vu et jugé selon ce que nous sommes vraiment ou ce que nous pensons vraiment est un sentiment inévitable et qui nous rend vulnérable. Cette anxiété indique que vous êtes sur la bonne voie.

Car lorsque nous pouvons écrire nos personnages et notre histoire à partir d’un tel état de vulnérabilité, en guérissant nos propres blessures, notre histoire devient quelque chose de bien plus que des mots sur une page.
Cette fiction devient un conte magique où la victime devient le héros, où les défauts sont révélés non pas comme quelque chose dont il faut avoir honte, mais comme de belles cicatrices de tout ce qui a été surmonté et qui doivent être portées avec fierté.

Et en ayant le courage de révéler vos propres cicatrices dans votre récit, vous permettez au lecteur/spectateur de se rapprocher de vous, ce qui est ce que vous souhaitez : montrer que vous êtes profondément connecté à l’histoire que vous lui racontez.

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