DES ENJEUX ÉMOTIONNELS

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L’enjeu émotionnel permet au récit d’engager le lecteur car la lecture ne devrait pas être un processus passif. Dans l’esprit des lecteurs et des lectrices, de nombreuses émotions sont évoquées par les situations décrites. Cela fonctionne aussi oralement.

Nous pourrions faire remonter la cause des émotions à la tension dramatique sciemment fabriquée dans certains scènes ou dialogues où l’enjeu lié à la situation est si palpable que cette tension se résout par la manifestation d’émotions.

Une disposition émotionnel

Lecteurs et lectrices ne partagent pas la même émotion. Ce qu’ils peuvent ressentir lors de certaines scènes possèdent certes des points communs mais la qualité de la réception, de la réponse émotionnelle lors d’une scène donnée dépend de l’état émotionnel dans lequel ils se trouvent au moment de la lecture (les mots ou les images), de leur imagination (encore des mots et des images et pas seulement des images, mais aussi des sons, des sentiments, des réactions physiques…), mais aussi de leur capacité en tant que lecteur, remarque Orson Scott Card.

La force de cette tension dramatique induite par le récit de certaines situations dramatiques dépend des choix et des décisions de l’auteur et de l’autrice. Il y a plusieurs choses que vous pouvez faire avec les personnages pour augmenter la valeur émotionnelle des situations, rendre le lecteur/spectateur plus impliqué émotionnellement dans ce qu’il se passe, le faire se soucier davantage du dénouement de certaines scènes.

La souffrance

Il y a ceux qui souffre. Il y a ceux qui font souffrir. Les deux rendent des personnages toujours intéressants. La souffrance peut être physique ou émotionnelle. Chagrin et agonie, bien présentés dans le récit, peuvent augmenter considérablement l’implication émotionnelle du lecteur. Il s’agit d’émouvoir.

Le lecteur/spectateur ne ressentira pas nécessairement ce que le personnage qui souffre ressent. Lorsque le méchant pleure dans l’agonie de sa défaite, le lecteur peut applaudir en son for intérieur. Mais l’intensité des sentiments des personnages, pour autant qu’elle reste crédible et supportable, intensifiera considérablement les sentiments du lecteur, quels que soient ces sentiments.

enjeuxDans le roman The Dead Zone de Stephen King, le personnage principal souffre terriblement : Un accident de la route le plonge dans le coma pendant plusieurs années ; il perd sa carrière, la femme qu’il aime et plusieurs années de sa vie. De plus, lorsqu’il se rétablit enfin, il continue à souffrir dans son corps et dans son âme. Et chaque fois que la douleur et le chagrin se font sentir, l’implication émotionnelle du lecteur dans l’histoire devient plus intense.

La douleur est à la fois physique et émotionnelle. La perte d’un être cher peut peser aussi lourd dans l’esprit du public qu’une souffrance physique dont le lecteur/spectateur est témoin. Cependant, la douleur physique est beaucoup plus facile à utiliser car il n’est pas nécessaire de préparer les lecteurs à cette souffrance.

enjeu émotionnelSi un personnage est torturé, comme dans le roman de King, Misery, lecteurs et lectrices grimaceront probablement par sympathie, même s’ils ne connaissent pas très bien le personnage. La souffrance émotionnelle ne se commande pas. Dans The Dead Zone, King a consacré plusieurs pages à la création d’une forte relation entre le personnage principal et la femme qu’il aime.
C’est à un moment vital de leur relation qu’il a son terrible accident de la route. Et lorsqu’il découvre qu’elle a épousé quelqu’un d’autre pendant son coma, les lecteurs savent à quel point il l’aimait et donc la douleur de la perdre l’emporte sur la souffrance physique qu’il a endurée.

Par ailleurs, vous avez certainement constaté que la répétition a tendance à faire perdre aux choses leur efficacité. Si vous insistez sur une quelconque souffrance, dans l’esprit des lecteurs et des lectrices, cette souffrance perdra de son intérêt et l’implication émotionnelle du lecteur/spectateur sera amoindrie jusqu’à totalement disparaître.

Lorsque la douleur ou le chagrin deviennent insupportables dans la vie réelle, les êtres humains développent souvent des fictions pour y faire face ; la déraison l’emporte. Lorsque la douleur ou le chagrin deviennent insupportables dans une fiction, les lecteurs se désengagent tout simplement de l’histoire et abandonnent le récit ou en rient.
Le détail n’ajoute rien à la souffrance. Les causes et les effets d’une situation sont beaucoup plus parlants. Si l’auteur fait comprendre à quel point le personnage a aimé avant de perdre l’être aimé ou a fait confiance avant d’être trahi, alors son chagrin aura beaucoup plus de force, même si l’auteur dépeint cette souffrance avec une grande économie.

Notez aussi que si votre personnage a légitimement le droit de pleurer et pourtant qu’il retienne ses larmes, alors lecteurs et lectrices auront ses larmes aux yeux.

Le sacrifice

La douleur ou le chagrin augmentent également en intensité chez le lecteur/spectateur en proportion du degré de choix du personnage. Un personnage s’est cassé la jambe lors d’une randonnée, et un autre personnage doit la lui remettre en place. Cette scène sera douloureuse et magnifiera certainement les deux personnages car ils subissent et endurent tous deux.

Mais la douleur du personnage qui s’est cassé la jambe aura un effet plus puissant encore s’il est seul car s’il attache une corde à sa cheville, qu’il passe la corde autour d’un tronc d’arbre et qu’il se sert de sa jambe valide pour la tendre, le supplice qu’il s’inflige rendra la scène inoubliable, même si nous ne voyons jamais son visage, même si son tourment n’est jamais décrit.

De même émotionnellement, lorsqu’une jeune femme par exemple abandonne l’être aimé au profit de la carrière qu’elle s’est choisie, pour rester intègre avec elle-même, avec ses propres désirs, l’émotion des lecteurs et des lectrices sera beaucoup plus intense que si elle avait perdu cet être aimé sous des circonstances hors de sa portée, hors de sa propre décision.

La menace

Dans le cas qui nous préoccupe, la menace est l’anticipation de la souffrance ou d’une perte. Cette anticipation est un outil dramatique de première importance bien plus puissante que d’actualiser la souffrance devant le regard du lecteur/spectateur.

Lorsqu’un personnage est menacé de quelque chose de grave, le lecteur/spectateur, malgré lui, concentre son attention sur le personnage. Plus le personnage est impuissant et plus le danger est terrible, plus lecteurs et lectrices accorderont de l’importance au personnage. Ainsi, un enfant en danger est un personnage qui émeut bien plus que n’importe quel autre personnage, nous dit Orson Scott Card.

La relation entre Newt et Ripley dans Alien, Le Retour est certainement plus mémorable que le combat final entre Ripley et la Reine. La Reine elle-même attire notre sympathie car que fait-elle d’autre que de défendre sa propre géniture qui apparaît à ce stade de leur croissance aussi fragile que Newt.

Lorsque des enfants sont entraînés vers une mort effroyable tandis que leur mère se débat vainement pour essayer de les atteindre à temps, c’est là que le génie des auteurs et des autrices montre toute sa puissance alors que lecteurs et lectrices ne font plus qu’un avec la menace.

Cet article est une recension de mon propre article Enjeu EmotionnelC’est peut-être l’art de dire autrement la même chose, toujours dans un effort de tenter de comprendre, de chercher d’autres significations par la réflexion et l’introspection. Sinon, si vous pouviez nous aider à financer les recherches de Scenar Mag, vous nous donneriez une chance supplémentaire de persévérer à vos côtés pour vous soutenir dans tous vos rêves d’écriture. Faites un don. Merci

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