VAINCRE LA PEUR DE L’ÉCRITURE

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Après une longue période de tentatives et de confrontation à des murs de silence intérieur, il peut se produire un schéma qui se perpétue de lui-même : la peur engendre la peur. Elle ne cesse de s’enfler et peut devenir la source ainsi que le produit d’elle-même.
La solution est simple : ne jamais se dire que l’on va écrire.

Sans rien savoir du tout de ce que cela va être, prenez votre plume et composez de mots une image unique, spécifique et concrète. Visualisez-la dans votre esprit, et aussi vite que possible, écrivez-la. Décrivez-la de manière extrêmement détaillée. Plus c’est spécifique et intime, mieux c’est.

La spécificité vous mène au cœur des choses : une tasse à café ébréchée ; une veine sur le dos de votre main ; la façon dont une mèche de cheveux tombe sur le front d’un enfant assis en train de lire ; l’angle étrange d’un poil du sourcil d’un vieil homme qui pêche.
Rien n’existe d’autre que le détail, décrivez-le et ne vous permettez pas de prédire où il va. Écrivez un détail après l’autre. Explorez dans tous les sens. Abandonnez une chose quand une autre apparaît dans votre esprit.

Dans The Triggering Town, le poète Richard Hugo parle de la façon dont une image en déclenche une autre. La plupart de ses poèmes, dit-il, commencent par une ville. Pour lui, ce doit être une ville d’une taille particulière, ni trop grande, ni trop petite. Après l’image de la ville, il passe à autre chose, et lorsque le poème est terminé, il revient souvent en arrière et supprime la ville.

De fil en aiguille

Ce dont parle Richard Hugo est au cœur du processus de création littéraire (ou peut-être même de la création en général). Les déconnexions sont aussi importantes que les connexions. Une image en déclenche une autre et, comme une personne qui traverse un ruisseau, nous n’atteindrons pas le dernier caillou qui nous permet d’accéder à la rive opposée si nous ne posions d’abord le pied sur les précédents, puis si nous les abandonnons.

Rappelez-vous ce conte d’Andersen, Le Briquet : le cuivre mène à l’argent, et l’argent mène à l’or. Il en va de même pour l’écriture. La première image qui vient n’est peut-être pas le trésor recherché. On peut commencer par décrire la brisure d’une tasse ébréchée, et constater comment les bords de cette fissure se sont noircis avec l’âge. Soudainement le souvenir d’une crevasse gelée sur une montagne enneigée surgit. On se remémore alors cette expérience d’un bleu plus profond et plus froid que tout autre bleu sur lequel nous aurions posé notre regard.

Mais si nous n’abandonnons pas la tasse et n’allons pas en confiance vers la glace bleue, nous n’arriverons pas à cette bague bleue que nous avions offerte ou reçue. Il faut avoir le courage d’oublier la tasse, de la renvoyer dans son néant et ne faire qu’un avec le bleu. Ainsi, le souvenir de cette bague bleue que vous aviez offerte ou reçue et le refus que vous avez donné ou reçu à une belle histoire d’amour que vous aviez espéré s’imposera de lui-même dans votre esprit.
Maintenant, vous tenez votre récit et rien d’autre ne vous interrompra.

Votre meilleure écriture, votre écriture la plus profonde, ne vous viendra souvent pas d’emblée. Vous devez suivre une sorte de piste, laisser les images aller et venir, faire des croquis, jusqu’à ce que vous arriviez à ce que la poétesse Tess Gallagher appelle « quelque chose que je ne peux pas oublier » – quelque chose qui vous tient (et qui tiendra votre lecteur), quelque chose qui ne vous laissera pas en paix.

Mais ne vous posez pas de questions à ce sujet pendant que vous écrivez. Jouez, esquissez, passez d’une chose à l’autre jusqu’à ce que, sans même vous en rendre compte, vous teniez cette source cachée en vous. Vous oubliez que vous êtes en train d’écrire, votre plume s’anime et donne forme à votre expression. C’est dans cet état qu’il faut être, dans cet endroit où l’inconscient et l’imaginaire sont engagés et où l’écriture se fait sans effort. Faites-vous confiance ! C’est là que vous écrirez le mieux.

Être un artiste

Être un artiste des mots commence souvent par le souvenir d’émotions vécues. Ensuite, un autre type de création prend le relais lorsque les images remémorées sont modifiées, imaginées dans l’acte solitaire de l’écriture.

Écrire ne vient pas comme cela. Cela naît de la mémoire et de l’imagination, et cela saute comme une pierre ricochant sur l’eau jusqu’à ce que finalement elle sombre dans les profondeurs où vivent des monstres merveilleux et de belles créatures.

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