SCÉNARIO : LA QUESTION DU CONCEPT

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Pour Charles Deemer, il y a cinq centres d’intérêt à considérer en matière de scénario.

  1. Les personnages
    Vous allez raconter des histoires sur des personnes, fictives, certes, mais qui possèdent néanmoins une réalité. Même si vous faites exploser de nombreux bâtiments et prenez des otages en cours de route, votre histoire doit comporter des personnages dont nous, lecteurs et lectrices, nous souviendrons. Les personnages de fiction sont plus grands que nature, et il est donc encore plus important de créer des personnages mémorables.

  2. La structure
    Dans le scénario, la structure prime. En conséquence, moins de mots sur la page. Aucune autre forme narrative n’est autant économique qu’un scénario. Une seconde conséquence est qu’un scénario est plus exigeant qu’aucune autre forme narrative.

  3. L’économie
    Deux types d’économie sont importants dans l’écriture d’un scénario : l’économie structurelle pour assurer l’efficacité de la conception des scènes dans cette forme narrative des plus serrées, et l’économie rhétorique pour que le scénario se lise rapidement et facilement.
    N’oubliez pas qu’un scénario n’est pas écrit principalement pour être lu. En fait, la publication de scénarios est un développement assez récent. Les scénarios sont les projets de films, et le scénariste est plus un architecte qu’un écrivain au sens où l’est un romancier ou un poète.

  4. Le format
    Le scénario est écrit dans un format spécial. Ce format est beaucoup plus facile à apprendre que vous ne le pensez. L’apprentissage du format ne nécessite aucune connaissance des angles de caméra ou des aspects techniques du cinéma (il n’en a pas toujours été ainsi). Il suffit d’apprendre les règles et de les suivre.

  5. Le concept
    Dernier point, mais non des moindres – en fait, le premier dans la plupart des cas – le concept de votre histoire est la première chose à laquelle les producteurs et les agents répondront. Les responsables du développement ont déclaré publiquement que lorsqu’ils achètent un scénario à un nouveau scénariste, dans 90 % des cas, ils n’achètent pas le scénario mais le concept de l’histoire.
    Lorsque vous apprenez le métier, vous devez écrire les histoires que vous avez à raconter. Mais plus tard, lorsque vous vous aventurerez sur le marché, vous adopterez une manière différente en ce qui concerne le concept et vous essaierez de concevoir des histoires très commercialisables, ce qui est une compétence en soi qui n’a rien à voir avec l’écriture. Et pourtant, cette compétence – la capacité à créer des idées d’histoires commercialisables – déterminera probablement plus que tout autre votre avenir de scénariste, rappelle Charles Deemer.

Le scénario : un outil destiné à d’autres

Vous envoyez un scénario et un producteur prend une option dessus. Toutefois, avant de le sortir pour trouver un accord, il appose son propre sceau sur le scénario, ce qui signifie que le scénariste le réécrit selon les goûts et les diktats de quelqu’un d’autre.
Une star lit le scénario, l’apprécie et s’attache au projet. Des réécritures sont alors effectuées pour satisfaire la star. Un réalisateur arrive à bord, et maintenant le réalisateur est le patron et les changements sont faits sous son œil attentif et nécessairement, il doit approuver.

Tout au long du processus, le scénariste réécrit pour satisfaire d’autres personnes. Contrairement au dramaturge, au romancier ou au poète, il est impuissant, même si c’est lui qui crée l’histoire.

Le scénario : d’abord un concept

scénarioTerry Rossio (qui a coécrit Aladdin), dit qu’en tant que scénariste, le choix de la prémisse d’un scénario est votre carte de visite. Vos dialogues pleins d’esprit, vos belles descriptions ne feront rien à l’affaire. Votre connaissance de la structure, de l’intrigue secondaire ou de la métaphore ne changeront pas la donne non plus.

La toute première décision que vous prenez en tant que scénariste – De quoi parle mon film ? – définira vos instincts créatifs aux yeux des investisseurs. Comme les acteurs et les réalisateurs, vous serez toujours connu par les projets que vous choisissez (ou dans ce cas, par les projets que vous initiez). Vous devez — vous DEVEZ — bien choisir, martèle Terry Rossio.

David Trottier fait la même remarque dans une de ses chroniques :
Jeffrey Katzenberg, dans son désormais célèbre mémo interne aux cadres de Disney, prêchait ce qui suit : Dans le monde insensé de la réalisation de films, nous ne devons pas manquer un concept fondamental : l’idée est reine. Si un film commence par une idée géniale et originale, il y a de bonnes chances qu’il soit un succès, même s’il est moyennement exécuté. En revanche, si un film commence par une idée imparfaite, il échouera presque à coup sûr, quelles que soient les conditions de production.
Pour Leonard Kornberg, c’est le concept qui fait acheter le scénario. Jason Hoffs, alors qu’il travaillait chez Amblin Entertainment, a déclaré : ‘Probablement 80 % des spec scripts (des scénarios soumis sans demande particulière) sont achetés pour le concept et non pour le possible talent de l’auteur ou de l’autrice. Selon Robert Kosberg, les scénaristes se concentrent généralement sur le métier de scénariste – l’intrigue et le développement des personnages. Mais tout cela tombe à l’eau si le concept initial n’est pas clair. Demandez-vous si vous avez une bonne idée ici.

Alors quel serait donc le bon concept pour un scénario appelé à devenir un film ? Selon Terry Rossio, les concepts les plus aptes à l’écriture de scénarios partagent certaines caractéristiques :

  • Ils révèlent un monde plus grand que celui que nous percevons au quotidien. Au cinéma, les sens sont sollicités (au moins deux d’entre eux). Et nous sommes alors invités à un voyage extraordinaire, non pas dans le sens du merveilleux ou du conte fantastique, plutôt hors de nos propres limites.
    Le cinéma est un moyen de soulever ce Voile de Māyā , cette déesse indienne qui recouvre de son voile la réalité du monde et nous en offre une illusion. Le cinéma est peut-être une autre illusion, mas celle-là est salvatrice.
  • Ils ont un attrait universel. La situation singulière de l’histoire englobe des émotions et des expériences humaines auxquelles nous pouvons tous nous identifier.
  • Un concept ne devrait pas chercher totalement l’originalité. Sans plagier (et l’exercice n’est pas facile), un concept devrait s’inspirer d’autres concepts pour fonder sa propre histoire. Charles Deemer donne l’exemple de Madame Doubtfire qui se sert des concepts à la fois de Kramer contre Kramer et de Tootsie.
  • Ils impliquent une situation dramatique : La Première Dame est enlevée et retenue contre rançon par des terroristes. Nous connaissons immédiatement la situation, et ce qui doit être fait pour la résoudre.
  • Le concept devrait donner accès à un monde que nous ne connaissons pas. Le monde du film peut être extraordinaire en étant un monde restreint pour la plupart d’entre nous.
  • Les concepts sont également faciles à classer dans l’un des principaux genres : drame, comédie, action/aventure, suspense/thriller, épopée, science-fiction, romance, policier/crime, horreur, western. Ou dans une combinaison ou une version plus spécifique de ces genres : comédie romantique, thriller érotique, comédie de la puberté, drame historique épique.
Le genre
  • Le drame : Une histoire est qualifiée de drame lorsqu’elle est sérieuse et qu’elle n’entre pas facilement dans un autre genre. Le drame est généralement axé sur les personnages, mais des intrigues secondaires solides contribuent à son attrait.
  • La comédie : Une comédie fait rire. La comédie romantique est devenue un genre populaire et important à part entière, une histoire d’amour avec une touche de légèreté et une fin heureuse.
  • Action/aventure : Beaucoup de scènes d’action et souvent des événements marquants, une histoire axée sur l’intrigue avec un héros incontestable (souvent un super héros) qui gagne contre toute attente.
  • Suspense/thriller : Une histoire dont la question dramatique essentielle est de savoir ce qu’il se passera ensuite. Un mystère qui nous tient en haleine. Le héros est souvent une personne ordinaire placée dans des circonstances extraordinaires. Il peut y avoir des « thrillers romantiques » comme La Mort aux Trousses et des thrillers érotiques comme La fièvre au Corps.
  • Épique : Des histoires plus grandes que nature qui abordent de grands sujets, souvent historiques. Titanic peut être qualifié de romance épique.
  • La science-fiction : Une histoire se déroulant dans un autre temps, lieu, univers, souvent avec des éléments surnaturels ou technologiques avancés. La science-fiction est souvent croisée avec un autre genre.
  • La romance : Des histoires d’amour, traitées plus sérieusement que dans une comédie romantique. La distinction entre romance et comédie romantique est très subjective. Ainsi, Quand Harry rencontre Sally pourrait être considéré davantage comme une romance qu’une comédie romantique.
  • Policier/Crime : Apparenté au suspense/thriller mais animé par un héros détective ou policier. La série Un Cas pour Deux avec son héros Joseph Matula et l’incontournable Columbo appartiennent à ce genre.
  • L’horreur : les films avec des monstres ou des créatures non humaines (souvent des êtres humains dégénérés) qui font peur. Les humains fous sont également concernés. L’horreur est un genre protéiforme qui a besoin d’un substrat pour s’exprimer. Ainsi, on comprend mieux lorsqu’il s’agit de comédie horrifique ou de thriller horrifique. L’horreur peut être aussi un moyen de dénoncer des réalités par l’hyperbole.

Un autre classement possible est celui de l’effet recherché sur les lecteurs et lectrices. Ainsi,

  • Le courage : (action-aventure, guerre, western, épopée historique, science-fiction héroïque)
  • La peur et le dégoût (horreur, surnaturel, dark scifi ou dark fantasy)
  • Le besoin de savoir (roman policier, thriller à suspense, thriller politique)
  • Le rire (comique de situation, farce, comédie romantique)
  • L’amour et la nostalgie (romance, mélodrame, amour platonique).

On écrit pour un lecteur. On cherche à l’émouvoir. Il est important de réfléchir au genre de votre histoire et de la créer dans les limites d’un genre clair ou d’un croisement de genres clair.

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One thought on “SCÉNARIO : LA QUESTION DU CONCEPT

  1. Bonjour, le concept, question à ne surtout pas éluder en effet. Comme l’a fait notamment Richard Mickels Stephanik, on peut en ressortir les composantes à partir de 20 succès (mondiaux) cinématographiques.

    Le meilleur exemple demeure selon moi Robert Zemeckis qui ne s’est pas privé de s’assurer d’un concept depuis Retour vers le futur mais qui n’a de commercial que d’avoir fini par justifier à tort et par perversion une trilogie comme Indiana Jones, davantage.

    Sans doute personnellement plus attiré par le drame ou tout concept naissant d’un personnage, je l’admire surtout pour Forrest Gump et The Walk qui ne réclament pas de suites au grand dam des financiers ne voulant miser par manque de courage et d’imagination, que sur les publics déjà acquis.

    Non, dans mon domaine préféré, le concept peut même sauver un sujet et donc le projet lorsque par exemple le contexte (ou « arène ») a d’abord mal été choisi et ne fonctionne pas car pervertissant ou trahissant le fond.

    Forrest Gump parce que sorti de 20 ans d’histoire américaine (qui n’intéresse que les américains), le personnage reste à lui seul le concept au travers de son rapport avec sa mère, son amitié avec Babou et le lieutenant Dan et son histoire d’amour avec Jenny et de là, leur enfant.

    Des intrigues secondaires, en aucun cas à comprendre comme sous-intrigues car guerre ou pas du Vietnam, son concept ne vient uniquement et spécifiquement de cette petite plume blanche porté par une dimension spirituelle incidemment universelle.

    Comme argument de vente, qui dirait mieux ?

    Pardon d’insister lourdement mais l’exemple de Robert Zemeckis démontre également qu’on n’écrit que par amour du public et non pas pour des lecteurs et lectrices. Cette distinction d’avec le littéraire est primordiale à destination de nos jeunes apprentis qui se forment aussi en regardant des films sans qu’en lire le scénario leur soit forcément indispensable.

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