LE DÉNOUEMENT EN QUESTIONS

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Le dénouement est parfois négligé par les auteurs et les autrices qui préfèrent consacrer bien plus de temps à réfléchir sur la séquence d’ouverture plutôt que sur ce qui clôt leurs histoires. En fait, la plupart d’entre nous se mettent une pression incroyable pour perfectionner les premières phrases de nos histoires et accrocher les lecteurs et les lectrices avec des scènes d’ouverture captivantes.

Car nous savons que si nous ne parvenons pas à capter l’attention de nos lecteurs dès le début, ils risquent de ne pas aller au bout de nos histoires. Nous devons donc être tout à fait et à juste raison concernés par les premières pages de nos récits (nouvelles, romans, scénarios, pièces de théâtre…).

Le dénouement tout aussi important

Les auteurs se concentrent tellement sur le commencement qu’ils ne considèrent pas que la fin de leur histoire peut être tout aussi importante, sinon plus, que la première page. Si nous parvenons à capter l’attention de nos lecteurs et de nos lectrices dès le début, ils continueront à lire nos histoires, surtout si nous poursuivons avec une intrigue tout aussi captivante, des personnages bien développés et des paysages qui les transportent dans un autre temps et un autre lieu…

Si lecteurs et lectrices se sentent frustrés par le dénouement du récit, soyez convaincus qu’ils mépriseront tout ce qui l’a précédé. Voyez comme on écrit pour les lecteurs et non pas pour soi. Certes, nous gardons le contrôle tout au moins sur l’aspect créatif et parfois nous nous déguisons afin que notre libre-arbitre ne soit pas empêché.

Christina Kaye rappelle que si nous décevons ou laissons nos lecteurs en plan, nous n’aurons pas réussi à accomplir notre tâche la plus importante : créer une expérience agréable dans laquelle les lecteurs pourront s’évader. Donc, le dénouement est tout aussi important que n’importe quel autre élément dramatique qui constitue une histoire.

Le doute ne devrait pas être le questionnement que suscite un dénouement. Certains auteurs aiment l’idée de choquer leurs lecteurs, mais il y a un problème majeur avec cette approche : elle ne fonctionne que très rarement.
Si le fait de laisser vos lecteurs en attente peut surprendre leur imaginaire, ce choc risque de perturber le lecteur plutôt que de créer un suspense après coup. Après tout, aucun lecteur n’a envie d’investir des heures et des heures dans vos personnages et leurs périples pour que ces périples n’aboutissent pas à une résolution satisfaisante.

Lecteurs et lectrices ont besoin de réponses à leurs questions. Ils ont besoin de savoir qui a tué la victime, qui a vaincu le méchant, si le gentil a même été vainqueur… Les faire douter n’est jamais bon pour le devenir d’une histoire.
Même si votre histoire aboutit à une résolution, il n’est pas souhaitable que ce dénouement bouleverse les lecteurs d’une manière qui ne soit pas conforme au récit que vous avez construit. Par exemple, au point médian du récit, si le personnage principal remporte une victoire, cela sera un indice de sa défaite prochaine même s’il réussit à accomplir son objectif, c’est-à-dire son désir et sa volonté, il aura échoué sur un plan personnel. C’est l’essence même de la tragédie.

Si ce personnage meurt à la fin du récit, cet échec sera néanmoins accepté s’il est entendu comme une rédemption. Et le questionnement des lecteurs et des lectrices sera moral. La mort du héros qu’elle soit métaphorique ou physique devrait être justifiée.
Veillez à ce que la mort de vos personnages (ou toute autre tournure bouleversante des événements) serve un objectif dans votre histoire, rappelle Christina Kaye, et pensez à utiliser vos personnages secondaires pour atteindre ces objectifs lorsque cela est possible.

Un dénouement conforme au personnage principal

Ne faites pas basculer votre héros ou votre héroïne du côté obscur ou contre ceux qu’ils aiment, simplement pour créer un effet lors du dénouement. Votre protagoniste est le héros de votre histoire, et il doit le rester du début à la fin, à moins que vous ne l’ayez clairement orienté vers un arc négatif. Les lecteurs ont certaines attentes à l’égard du protagoniste d’une histoire, quelle que soit la nature de son parcours à travers celle-ci.

Ils s’attendent à ce que les héros et les héroïnes sauvent la situation. Ne décevez pas vos lecteurs en leur faisant suivre un héros dans une quête pour sauver la demoiselle en détresse, pour qu’en fin de compte, ils ne sauvent pas cette jeune fille. Tenez vos promesses. Ces promesses sont précisément ces questions dramatiques que vous avez soulevées dans l’esprit de vos lecteurs et de vos lectrices dans chaque moment de votre récit.

Provoquer l’imaginaire du lecteur est très malin mais présente un risque lors du dénouement. Certes, une série a besoin de laisser une question sans réponse comme préparatif du prochain épisode. En langue anglaise, cette disposition se nomme cliffhanger. Effectivement, lecteurs et lectrices seront sous votre influence.
Mais la ligne dramatique majeure de votre récit, le noyau de votre histoire, ce qui concerne l’ensemble de vos personnages (Overall Story Throughline dans le langage de la théorie et pratique narrative Dramatica) devrait être conclue de façon satisfaisante.

En laissant trop de questions importantes, vos lecteurs et lectrices ne seront pas satisfaits du dénouement, quelle que soit l’issue que vous décrivez, par exemple, cette mort du héros qui doit s’expliquer car après tout, elle peut être le modèle de ce sentiment de finitude que nous avons tant de mal à intérioriser, c’est comme si vous laissiez le lecteur sur sa faim. Ce n’est décidément pas la finalité d’un récit.

Le message que vous avez à dire doit passer clairement et distinctement. Votre dénouement est ce message.

Quelques conseils de Christina Key :

  • Mettez-vous à la place du lecteur. Il a les mêmes attentes que vous en tant que lecteur ou lectrice.
  • Le climax (l’ultime confrontation entre le héros et sa force antagoniste) devrait résoudre le conflit principal au cœur de l’histoire. Au préalable au climax, les intrigues secondaires seront elles aussi résolues sauf l’une d’entre elles, si vous souhaitez mettre en place un cliffhanger, c’est-à-dire quelque chose à quoi lecteurs et lectrices s’accrocheront pour connaître la suite.
  • Si vous vous êtes appesanti sur un détail dramatique, par exemple une arme dans un meuble, assurez-vous que ce détail soit utilisé à un moment ou à un autre. Si votre personnage principal est un policier à la retraite, justifiez ce choix en le démontrant par ses actions.

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One thought on “LE DÉNOUEMENT EN QUESTIONS

  1. Bonjour Will ;), ben çà, si on n’a pas compris qu’élaborer et connaître la fin pour déterminer le début et ainsi tenir sa structure, demeure le préalable requis, relire je sais pas moi, au moins le chapitre de Syd Field « fins et débuts » ou revérifier dans ses films de références ou tout simplement dans ET par exemple.

    C’est la fin qui renferme le secret du fond de l’histoire ! C’est sur la forme que la liberté de chacun, chacune (ou du moins son sentiment) réside …

    (Et rien que pour taquiner car il le faut bien, perso, je ne me préoccupe jamais des lecteurs et des lectrices sauf de ceux et celles lié(e)s à la production. Non, non, toujours que des spectateurs et spectatrices ! Chaque fois et sans cesse ! … Bon d’accord, tu as raison William, j’admets, souvent aussi de mes personnages 🙂 !

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