CRÉER & MAINTENIR LA TENSION

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Créer de la tension dramatique, une problématique souvent investiguée par l’auteur et l’autrice, ce n’est pas appliquer une formule, ce n’est pas une vérité mathématique ou une évidence logique, néanmoins, ce qui est une certitude, c’est que la tension dramatique doit être créée puis maintenue.

Certes, créer de la tension est assez facile, comme naturel. Les choses se compliquent lorsqu’il s’agit de maintenir cette tension dramatique nouvellement créée. Pour ce faire, on se débat avec différentes méthodes repérées ici ou là soit pour hausser la tension qui s’est naturellement installée dans une scène, la rendre plus palpable en quelque sorte, soit pour la maintenir dans le cours d’une scène ou d’une séquence car la tension dramatique a une tendance à se dissoudre assez rapidement.

Une opposition

La tension naît habituellement du contraste entre deux forces opposées comme, par exemple, deux corps qui se pressent l’un contre l’autre jusqu’à ce que l’un des deux cède ou comme dans ce jeu de corde dans lequel une tension contraire est appliquée à chaque extrémité d’une corde. C’est un peu le principe de la discorde, d’ailleurs.

Une tension dramatique, c’est à la fois une attirance et une répugnance.

Ces forces peuvent être deux personnages ayant des buts opposés (tension externe), deux désirs opposés au sein d’un même personnage (tension interne) ou le désir d’un personnage d’atteindre un but et la résistance rencontrée pour atteindre ce but.

Il existe de multiples forces possibles, de multiples formes de tension. Le combat entre les bons et les méchants est tendu parce que la force de survie est opposée à la force de l’anéantissement. La tension sexuelle existe lorsque la force du désir sexuel s’oppose à la force d’une retenue ou d’une contrainte sociétale ou religieuse ou bien tout simplement un obstacle à ce désir comme la présence d’un père intransigeant.
Nous voulons mais nous ne pouvons soit pour des raisons extérieures, soit pour des raisons personnelles ou bien il est encore trop tôt pour poser notre volonté pour une raison quelconque. Plus ces forces sont fortes, plus la tension est puissante.

Parce que la tension exige l’existence de deux forces, créer une tension signifie construire et établir ces forces, puis les exprimer clairement au lecteur. Une fois que les forces sont établies et que les enjeux sont clairement définis (c’est-à-dire expliqués selon leurs conditions et leurs finalités), il en résulte une tension. Plus les forces sont clairement établies, plus les enjeux sont élevés pour les personnages et plus la tension est intense.

Au sein d’un même personnage

La tension dramatique est plus marquée lorsqu’elle se produit chez un même personnage. La règle contre le libre-arbitre, le guerrier contre l’érudit, le Machiavel contre l’Alexandre qui tranchait le nœud gordien, le héros contre le méchant, le personnage qui voit les choses en noir et blanc contre le personnage qui voit les choses en nuances de gris sont consubstantiels et opèrent dans le corps et l’âme d’une même personnalité.

Les archétypes opposés (comme la raison et la passion) sont immédiatement en tension. Chacun a le potentiel d’attirer ou de repousser. L’un ou l’autre doit céder, et pourtant aucun des deux ne cédera, ce qui crée une tension.

Poser des limites crée aussi de la tension. Si tu me touches, je te tue crée de la tension dramatique parce qu’une claire délimitation ou une détermination sont fondées et l’enjeu apparaît. L’enjeu évident s’apparente souvent à une question de vie ou de mort (métaphoriquement exprimée ou non) mais aussi à des considérations plus intimes comme l’orgueil blessé.
L’orgueil est souvent une cause intéressante de tension dramatique parce qu’il s’oppose au désir (obtenir quelque chose de l’autre), au besoin lorsqu’il s’agit de combler un manque en soi, dit autrement, l’orgueil s’oppose au bonheur.

Prudence

Lorsqu’un personnage est averti d’une menace assez tôt dans le déroulement du récit, on se doute bien (et il ne faut pas frustrer lecteurs et lectrices) que l’objectif du personnage principal va l’amener à franchir le seuil pourtant bien délimité comme dangereux qui le mettra face à la menace. La perspective crée de la tension dramatique. Les enjeux créent une ligne de fuite vers l’inéluctable.

Lorsque l’émotion est retenue, que le cœur ne peut ou ne parvient pas à s’exprimer, une tension palpable émane aussi de la scène.

Lorsque la tension s’installe, elle peut se dissoudre rapidement. La tendance à la capitulation, ne serait-ce que pour retrouver la paix, ou même l’auteur ou l’autrice qui deviennent eux-mêmes moins déterminés dans l’enjeu qu’ils ont souhaité pour l’un de leurs personnages dans l’une de leurs scènes, et la tension dramatique s’effondre aussitôt.
Maintenir la tension, c’est donc trouver le moyen de maintenir les forces en présence.

La libération souvent violente d’émotions trop longtemps retenues, c’est-à-dire éprouver enfin une catharsis (se purger de ses passions selon Aristote) ou bien lorsqu’on se libère de ses traumatismes affectifs refoulés depuis trop longtemps, et la tension s’achève.

La tension dramatique existe avant l’explosion. Elle s’anéantit dès que les choses éclatent. La raison pour laquelle le report de la catharsis augmente la tension est que la force de libération émotionnelle est opposée à la force de retenue, et ces forces augmentent à l’approche du moment cathartique.

Et ce moment cathartique peut survenir de manière impromptue. Comment maintenir la tension entre deux êtres, par exemple, lorsque ces deux êtres deviennent amants ? L’acte sexuel est en lui-même une catharsis. Mais si l’on souhaite maintenir la tension après cet acte, les choses seront plus difficiles. Mais elles ne seront pas impossibles.

La répétition est elle aussi un moyen de détruire la tension dramatique. Dans une romance par exemple, le premier baiser aura toujours plus de tension que le second, à moins qu’il y ait quelque chose de nouveau avec ce second baiser.
Le romantisme constitue ici une bonne étude de cas car les lecteurs connaissent la façon dont le récit romantique est souvent écrit comme une série de premières fois : le premier contact, le premier baiser, la première fois qui reste encore à accomplir.

Les actes peuvent se dérouler dans n’importe quel ordre, mais la répétition entraînera une baisse de la tension, à moins qu’il n’y ait une autre tension en jeu, une première fois émotionnelle par exemple pour remplacer la première fois physique.
La répétition émotionnelle sera un piège plus facile à commettre que la répétition physique, mais encore plus néfaste pour la tension. La deuxième fois que la note émotionnelle est jouée, elle n’aura pas la tension de la première, une sorte de dîner réchauffé. C’est la raison pour laquelle les triangles amoureux tombent à plat lorsque le personnage oscille entre les prétendants une fois de trop. C’est la raison pour laquelle la tension sexuelle non résolue devient caduque si les personnages répètent les mêmes mouvements d’allers-retours, ou s’ils répètent une objection (pour ne pas résoudre la situation) alors qu’elle a déjà été jouée la première fois.

Ne pas se répéter

Comme les récits sont généralement structurés autour d’un arc dramatique ou d’une progression de la personnalité de départ à une personnalité plus complète ayant compensée son besoin, pour maintenir la tension, auteurs et autrices devraient ordonner chaque étape de l’évolution, une série de notes jouées l’une après l’autre, dans le bon ordre, sans répétition.

Il est prudent de s’interroger presque systématiquement pour s’assurer que c’est le bon moment pour placer une scène. Si votre questionnement vous convainc que cette scène peut attendre, réservez-la pour plus tard. Si vous jugez qu’elle perdra de son effet si vous attendez encore, il est probable que c’est le bon moment pour jouer cette note.

Parce que la répétition nuit à la tension dramatique, un effet secondaire inattendu est que les scènes de tension brûlent le matériau dramatique, rapidement. Un face à face tendu entre deux personnages s’estompera dès que des bribes du passé de la relation de ces deux personnages seront dévoilées.

Et une fois que le matériau dramatique est brûlé, il ne peut plus être utilisé. Vous ne pourrez rejouer ce face à face dans les mêmes conditions. Donc, pour maintenir la tension, il faut aussi créer suffisamment de matière pour maintenir cette tension.

Cela montre également l’une des façons dont la tension dramatique exige un effort d’imagination : plus la tension est forte, plus l’effort d’imagination requis est important. Il ne s’agit pas seulement d’imaginer des matériaux dramatiques pour maintenir l’action et la tension dramatique naturelle à celle-ci, mais aussi d’explorer de nouvelles situations.
Un matériau dramatique serait par exemple de situer l’action dans un orphelinat. Une situation particulière serait qu’un des pensionnaires ait disparu. La question dramatique que soulève cette situation porte en elle suffisamment de tension dramatique.

Une fois que la tension est créée, il y a trois possibilités : la rompre, la maintenir ou l’augmenter. Dissiper la tension est facile. La maintenir est plus difficile. L’intensifier est encore plus difficile. Si tu me touches, je te tue est une invitation à ce que l’autre personnage tende la main et touche. Mais une fois que cet acte est accompli, que se passe-t-il ensuite ? C’est un travail d’imagination très difficile que de penser à quelque chose qui n’implique pas la catharsis par la violence, l’effondrement d’une des forces en présence, ou la répétition.

La provocation du personnage qui menace est comme une incitation motrice. Donc, l’autre personnage touche. Cette réponse vous mène droit à une impasse. La tension préalablement induite par le défi s’affaisse.
Si vous souhaitez maintenir la tension entre les deux personnages, voici un exemple où il serait préférable de retarder le moment de cette confrontation. Brainstorming et l’expérimentation de nouvelles idées seront nécessaires pour trouver la voie à suivre et éviter les chutes de tension.

Ces fondements créatifs signifient qu’il n’y a pas nécessairement de solution facile pour créer une tension, mais plus vous en comprenez les mécanismes, plus il devient facile de la contrôler dans votre tâche.

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