LE THÈME NÉCESSAIRE

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Le thème est l’ombre portée de votre récit. Les lieux, le temps, les personnages, l’intrigue sont physiques. Ils sont dans le détail. Et alors qu’une intelligence (auteur, autrice, lectrice, lecteur) projette sa lumière sur ces éléments qui constituent le drame, se forme le thème aussi immatériel qu’une ombre.

C’est sa nature qui rend le thème si difficile à saisir. Quand on pose un thème, nécessaire pour s’orienter quand on commence à écrire, il arrive qu’au cours du développement qu’on en change parce que l’histoire elle-même a révélé ce que nous cherchions vraiment à dire et que nous ne pouvions sincèrement nous douter d’emblée.

Configurer

Le thème émerge des éléments dramatiques. Ce que vous posez sur la page ou sur l’image participe si peu soit-il à la définition du thème. On peut envisager que le fond est le thème et le reste est la forme. C’est la même relation qui existe entre un contenant et un contenu : une infinité de contenants, une infinité de contenus. Il existe même des contenants qui ne contiennent rien.

Peut-on vraiment parler d’incohérence si les éléments dramatiques sont disposés d’une façon apparemment désordonnées ? Je ne le pense pas. C’est de la responsabilité de l’auteur ou de l’autrice. Tant qu’il n’y a pas de Contradictio in adjecto, tant que le principe de non-contradiction n’est pas enfreint (car une chose ne peut être ET ne pas être à la fois), le seul souci que l’on pourrait rencontrer dans l’organisation des événements d’un récit est un manque trop flagrant entre deux événements.

Soit un événement est un effet de l’événement qui l’a précédé et il pourrait être lui-même la cause d’un événement futur, soit un événement est une conséquence de situations antérieures que l’on peut avoir posé comme un fait établi. Par exemple, si le contexte du monde de l’histoire est une dictature, on pose celle-ci comme acceptée car expliquer pourquoi une telle dictature existe dans ce monde imaginaire n’est pas pertinent pour le récit qui parle d’autre chose.

Puisque je suis dans les citations latines, je me souviens aussi fallacia non causœ ut causœ qui consiste à faire passer pour une raison ce qui n’en est pas une. C’est l’art d’avoir toujours raison en somme. Mesurez bien la pertinence de vos faits si l’origine de ceux-ci ne sera pas expliquée aux lecteurs.

C’est l’équivalent d’un auteur qui essaie de donner un argument thématique en se contentant de le faire dire par un personnage, alors que l’histoire elle-même ne montre pas ou n’étaye pas l’argument. Cela se manifeste généralement par un personnage qui philosophe ou qui prêche quelque part dans l’histoire – essayant de forcer une discussion significative sur un sujet qui importe à l’auteur mais qui n’est pas approprié pour être signifiant pour le récit.

Généralement, la manière dont vous arrangez votre intrigue et les actions et réactions de vos personnages, même si vous ne cherchez pas à comprendre ce qu’il se passe sous les dessous de votre récit, aide à la construction de votre thème.

Dans un premier temps, posez cependant le thème comme une prémisse en une seule phrase : Les amitiés précieuses peuvent complètement changer la vie d’une personne. Sachez cependant que cette proposition n’est pas figée. Elle ne détermine pas votre réflexion.

La vision du monde de votre personnage principal

Votre personnage principal possède des attributs. Par exemple Katniss Everdeen (Hunger Games) est une battante mais elle est aussi un être solitaire ; Frodon se distingue par son innocence ; Scrooge est d’une avarice misérable et Marlin du Monde de Nemo est certainement trop protecteur. Une, sinon plusieurs, de ces qualités qui définissent le personnage se retrouvent dans le thème.

L’arc dramatique du personnage

La façon dont votre protagoniste change ou reste le même en vertu de ses tribulations et pérégrinations dans l’intrigue, concernant ces qualités, représente une valeur (morale, spirituelle ou éthique). Scrooge renonce à ses manières misérables pour vivre une vie meilleure. Cela implique qu’être avare peut empêcher de vivre une vie meilleure. On ne se contente pas de dire qu’être avare est moralement mauvais. L’arc dramatique de Scrooge démontre qu’une vie meilleure est possible et que c’est une aspiration profonde c’est-à-dire refoulée (cela explique l’aspect onirique des spectres).
L’avarice n’est qu’un détail qui permet de concrétiser la démonstration.

Ce qu’un personnage veut (son désir) par rapport à ce dont il a besoin (c’est un besoin intime) peut également jouer un rôle dans l’élaboration du thème.

La vision du monde de la force antagoniste

Il est habituel que l’antagoniste s’oppose au protagoniste. L’un pousse les choses vers l’avant tandis que l’autre soit le retient, le freine dans cet élan, soit se place devant lui, formant obstacle difficile à contourner.

L’effort que doit fournir le protagoniste pour résister à la pression de son antagoniste (même si cet antagoniste menace de détruire le monde), est toujours un effort personnel puisque le personnage principal lorsqu’il est aussi celui qui fait avancer l’intrigue, se sent singulièrement concerné par cette volonté jugée par convention mauvaise ou immorale ou inacceptable de l’antagoniste.

Comment positionner un méchant de l’histoire ? L’antagoniste met au défi précisément la vision du monde du personnage principal. Concrètement, il s’oppose aux traits qui définissent le héros. Mais on ne peut dire que si le héros est courageux, le méchant est lâche. Parce que le courage est de l’ordre du thème et non de la personnalité des personnages.

Néanmoins, considérons une mère célibataire et son fils de 15 ans. Notre mère célibataire sera le personnage principal et le fils (cela fait un peu cliché) sera son opposant. Admettons que cette mère soit surprotectrice envers son enfant. Pour que la relation soit dramatique entre ces deux personnages, l’enfant ne peut être dans la soumission à la mère. L’enfant s’imposera alors une attitude rebelle qui n’est certainement pas dans sa nature mais que sa mère ne peut comprendre (du moins pas encore car l’arc dramatique de la mère sera précisément d’évoluer vers enfin une acceptation des besoins de son enfant).

L’antagoniste mène le protagoniste à changer les qualités du personnage principal (lorsque le personnage principal est aussi le protagoniste) qui définissent sa vision du monde actuel ou du moins à tester son engagement envers ces qualités.
La différence entre protagoniste et personnage principal est que, tel que nous y convie la théorie narrative Dramatica, le protagoniste est une fonction du récit (tout comme l’est l’antagoniste) alors que le personnage principal est davantage dans la subjectivité. Lecteurs et lectrices perçoivent l’histoire, la ressentent et dans leur chair et dans leur âme, par le regard que pose le personnage principal sur sa situation aux différents moments du récit.

Comment se manifeste le thème ? L’auteur ou l’autrice se proposent de démontrer leur prémisse, leur intention en écrivant cette histoire. Ce qui rend cette histoire dramatique est qu’il ou elle présente aussi de véritables contre-arguments à sa propre thèse. Ainsi, on peut considérer que l’antagoniste est thématiquement opposé au protagoniste.

La résolution de la force antagoniste

Au point culminant de la relation entre protagoniste et antagoniste, le protagoniste et la force antagoniste s’affrontent dans une ultime confrontation. C’est ce qui fait l’apogée de leur relation, ce qu’on nomme habituellement le climax.

Qui gagne et comment, transmet un enseignement sur ces qualités et ces visions du monde. Pour vaincre la mort, Scrooge doit être prêt à abandonner ses misérables habitudes et à réaliser que la vraie richesse vient des relations et de l’aide aux autres. C’est par la compassion avec ou sans sentiment religieux qu’on peut espérer vaincre les misères et les souffrances de notre monde.

Dans le dénouement, ceux qui gagnent quelque chose de plus grand (et cela peut n’être qu’interne), sont ceux qui ont le point de vue correct (selon l’intention des auteurs), tandis que ceux qui sont punis ont le point de vue erroné. La vue correcte est le thème.

L’Influence Character

L’Influence Character est important parce qu’il influence ou a un impact sur le personnage principal. L’Influence Character et le personnage principal sont liés d’une certaine manière, mais ils ont généralement des méthodes ou des points de vue différents lorsqu’il s’agit de faire face à la vie. Ces différences sont liées au thème. Notez que cet Influence Character que Dramatica considère comme un personnage subjectif (alors que la fonction est objective) pourrait être l’antagoniste. Mais n’importe quel personnage pourrait être Influence Character selon les exigences de l’histoire.

Notez aussi que cet Influence Character pourrait posséder la vue correcte et que le personnage principal sera amené à comprendre et à adopter ce point de vue sur le monde. Mais cela n’est pas nécessaire pour démontrer le thème.

Je vous renvoie à nos deux articles Un personnage influent et Un personnage influent – Complément.

Les autres personnages

Idéalement, la Dramatis Personœ (l’ensemble des personnages) soutient également le thème, en offrant différentes perspectives liées aux qualités et aux visions du monde dominantes du protagoniste et de l’antagoniste.

Par exemple, dans Arrival – qui est centrée sur le thème de la communication – le personnage principal doit interagir avec des personnages qui ne comprennent pas le langage humain.
Dans Vaiana : La Légende du bout du monde, chacun des personnages a une vision différente de son identité – Tamatoa affirme que l’identité vient de votre apparence, tandis que Tui et Sina, les parents de Vaiana, affirment que l’identité est liée à la terre, en l’occurrence l’île.

L’intrigue secondaire

Souvent, les intrigues secondaires reflètent ou déjouent le conflit principal, ce qui signifie qu’elles reflètent ou déjouent l’argument thématique. Dans Harry Potter et la Chambre des Secrets, l’argument thématique est que ce que l’on choisit est plus important que ce que l’on est – comme le démontre le fait que Harry, qui n’a pas de lignée pure et « aurait dû » être dans Serpentard, est capable de vaincre l’héritier de Serpentard Voldemort avec l’épée de Gryffondor.

Cela prouve que les choix de Harry (d’être dans Gryffondor) sont plus importants que ce qu’il est – puisqu’il bat la force antagoniste qui soutient que la valeur d’une personne est basée sur ce qu’elle est (un sang pur).

Ainsi, les conflits qui ne mettent pas en scène le personnage principal aident à explorer le thème (en arguments et contre-arguments).

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