PERSONNAGE & THRILLER

0
(0)

Le personnage de thriller est au cœur du suspense. L’une des choses les plus enrichissantes qu’un auteur de suspense peut faire avant de commencer à écrire est de développer assez intimement ses personnages, suggère l’autrice Christina Kaye.

Mais il ne s’agit pas seulement d’énumérer leurs attributs physiques ou d’autres choses matérielles les concernant.

Les cinq critères d’un personnage
La description physique

Ce qui peut être intéressant à faire, c’est de révéler dans le cours de l’intrigue un ou deux caractères physiques cachés. Ne pas rendre tout apparent d’emblée, dès l’exposition de l’acte Un.

Parfois, on peut avoir de la difficulté à comprendre comment des symptômes tels qu’une fatigue extrême, des étourdissements, quelques douleurs de-ci de-là et des déficiences cognitives peuvent être si débilitants pour un individu qu’il peut même rencontrer une certaine hostilité dans ses relations sociales.
L’auteur d’une fiction et particulièrement dans le thriller peut jouer de ces symptômes et les faire participer à quelques rebondissements.

Les traits de personnalité

Chaque être humain possède des traits de personnalité positifs et négatifs, tout comme chacun de vos personnages. Je vous propose de parcourir notre catégorie Le Personnage comme source d’inspiration du moins de connaissances.

Le passé du personnage

Il s’agit de comprendre puis de communiquer au lecteur et à la lectrice ce à quoi ressemblait la vie de votre personnage avant que le lecteur ne le rencontre à l’ouverture du récit et qui influence tant ce qu’il manifeste aux autres dès ce début tout en obscurcissant ce qu’il est vraiment.

Ce qu’il est vraiment, c’est ce à quoi il aspire. Il tend à devenir autre et il en a la possibilité s’il parvient à intégrer les événements passés de sa vie qu’il s’est toujours refusé d’accepter consciemment ou non d’ailleurs.

La blessure émotionnelle

Quelque part dans l’histoire personnelle de votre personnage, il pourrait avoir subi une sorte de traumatisme émotionnel qui affecte la façon dont il gère le stress aujourd’hui.
Je vous renvoie à notre catégorie Émotion pour davantage d’inspiration ou de connaissances.

La motivation ou l’objectif

Qu’est-ce qui motive votre personnage à se comporter et à réagir aux choses de la façon dont il le fait, bonne ou mauvaise ? Qu’est-ce que votre personnage espère accomplir d’ici la fin du récit ?

Nos catégories Objectif du héros et Motivation pourraient vous aider à éclaircir et à étendre cette problématique des motivations.

L’élaboration du protagoniste

Selon votre sous-genre, vous pourriez avoir besoin d’un domaine d’activité spécifique et d’expériences passées singulières pour votre protagoniste, suggère Christina Kaye.
Kaye note néanmoins que le thriller se concentrent fortement sur le personnage principal, sur son parcours dramatique connu sous l’expression d’arc dramatique.

Le monde ordinaire du personnage

Montrez ce qu’est sa vie au quotidien, avant de lui imposer l’incident déclencheur et de le forcer à agir.

Par exemple, disons que votre histoire tourne autour d’une femme détective. Votre scène d’ouverture pourrait montrer votre protagoniste dans le département de police et discuter (ce mot suppose un débat, ce qui est dramatique en soi) avec son partenaire ou lieutenant à propos d’une affaire en cours.

Bien que cela ne semble pas si intéressant, cette scène implique néanmoins le lecteur dans l’histoire. Plus important encore, une telle scène aide les lecteurs et lectrices à faire connaissance avec le protagoniste avant de le mettre en danger, afin qu’ils puissent commencer à se préoccuper de ce qu’il peut lui arriver ou le soutenir au cours de ses tribulations.

L’incident déclencheur

L’incident déclencheur est une articulation du premier acte. Il devrait se produire assez tôt. Il peut être un simple détail comme de recevoir une lettre à laquelle on ne s’attendait vraiment pas.

En utilisant l’exemple de la femme détective ci-dessus, disons qu’elle reçoit un appel de sa hiérarchie l’informant qu’un corps a été trouvé, jeté dans la rivière. C’est votre incident déclencheur. C’est le moment qui pousse votre protagoniste hors de son monde ordinaire puis, après habituellement quelques réticences, dans l’intrigue.

Le Hero’s Journey

Christina Kaye propose d’organiser son récit selon le Hero’s Journey tel que l’a conçu Joseph Campbell.

Ce Hero’s Journey consiste en un certain nombre d’étapes (notez que vous pourriez en définitive choisir une autre structure pour votre récit. Ici, il s’agit d’éclaircir votre idée à partir du personnage).

  1. Il décide d’accepter de prendre en charge son problème. Il se lance volontairement dans son aventure (Call to Adventure). Notons que Syd Field de son côté présente cette étape comme deux événements distincts.
  2. Le personnage principal franchit le seuil de l’intrigue. A ce moment du récit, nous devrions connaître quel est son objectif, ce qui le motive à agir. Cela amènera naturellement un point de non retour.
  3. Il rencontre des alliés (ou sidekicks dans la langue anglaise) et il fait face à des obstacles parce qu’une force antagoniste quelle qu’elle soit ne veut pas le voir triompher.
  4. Puis c’est la rencontre avec le méchant de l’histoire. On peut considérer l’acte Deux en deux parties. Dans la première partie, l’adversité se montre facilement contournable (ou consommable). Le héros se sent rassuré même si ses victoires sont mineures. C’est alors que la véritable force antagoniste se dévoile dans la seconde partie et que le personnage principal comprend que cette force le dépasse en tous points.
    On peut s’interroger si le personnage principal n’est pas admiratif de ce méchant. Après tout, cette force antagoniste pourrait représenter ce qui manque au héros pour s’accomplir pleinement.
  5. Puis c’est la confrontation finale avec le méchant, connu sous le nom de climax. Selon l’issue de cette confrontation, auteur et autrice communiquent ce qu’ils ont à dire.
  6. Le Hero’s Journey a pour habitude de se terminer sur le triomphe du héros. Vous pourriez en décider autrement.

Lorsque vous envisagez de mettre fin au voyage de votre protagoniste, pensez toujours à la façon dont il change (c’est l’essence de son arc dramatique). Qu’il s’agisse d’une évolution personnelle, émotionnelle ou spirituelle, il retourne chez lui après le conflit comme une nouvelle personne, avec un point de vue nouveau sur lui-même ou sur le monde et qui traduit, en somme, la projection de l’auteur ou de l’autrice dans son œuvre.

L’élaboration de l’antagoniste

L’arc dramatique de l’antagoniste sera similaire à celui du protagoniste ! Affirme Christina Kaye. Eux aussi devraient avoir un passé significatif et des blessures émotionnelles qui façonnent qui ils sont et pourquoi ils font ce qu’ils font.

Eux aussi poursuivront un objectif spécifique (perpétrer un attentat par exemple). Ce qu’il faut bien comprendre est que le but du méchant de l’histoire n’est pas d’entraver les plans du héros. Il s’avère que, par un jeu de circonstances, le personnage principal se trouve sur le chemin de l’antagoniste ce qui le désigne comme un adversaire pour celui-ci.

Certes, on aurait tendance à affubler l’antagoniste de sentiments moins honorables que ceux du protagoniste telles que la cupidité, la vengeance ou la quête du pouvoir. C’est une erreur de penser cela et cela crée des stéréotypes.
Le héros peut très bien vouloir se venger après le meurtre de sa femme et de son enfant, par exemple. Peut-être que sa rédemption viendra du pardon qu’il saura faire à l’assassin.

S’identifier à l’antagoniste

Habituellement, l’auteur recherche à créer l’empathie pour son personnage principal. Lecteurs et lectrices peuvent ainsi reconnaître dans son personnage des choses qu’ils ont plus ou moins vécues ou ressenties. Il y a une certaine ressemblance et cela est suffisant pour focaliser l’attention du lecteur ou de la lectrice sur ce personnage et de craindre pour lui (ou elle si c’est une héroïne).

Cela n’interdit pas de tenter la même chose envers l’antagoniste. Ses raisons d’agir même si elles nous paraissent immorales ou dénuées du moindre sens commun ne sont pas moins, à ses yeux, justifiées et légitimes.

Dit autrement, on peut comprendre l’antagoniste. Par exemple, on ne voit pas la nature comme la violence aveugle d’un tsunami. On aurait plutôt tendance à trouver une cause première quelle qu’elle soit.

Une chose que tous les antagonistes réussis ont en commun est qu’ils ont au moins un petit trait humain qui fait que les lecteurs se sentent liés à eux et se trouvent partagés au sujet de leur fonction dans l’histoire.
Par exemple, dans Rebecca de Daphné du Maurier, Mme Danvers est sans doute cruelle et manipulatrice pour la seconde Mme de Winter, mais on ne peut s’empêcher de souscrire à son attitude après avoir appris qu’elle connaissait la première et défunte Mme de Winter depuis son enfance.

Bien sûr, vous voudrez toujours montrer l’antagoniste comme le méchant qui est fermement opposé à votre héros. Mais si vous pouvez trouver un moyen de faire voir aux lecteurs ce lambeau d’humanité — très probablement sous la forme d’une vulnérabilité (un amour immodéré pour les chats par exemple) — qui se trouve au plus profond de lui, vous aurez un antagoniste qui n’est pas seulement un dispositif narratif constitutif de l’intrigue, mais qui résonne vraiment avec les lecteurs.

Un adversaire digne de ce nom

Votre antagoniste devrait être un dur à cuire, pas un idiot minable qui est facile à trouver et à vaincre ! Et quand votre protagoniste et son antagoniste ont leur ultime confrontation en fin de deuxième ou début de troisième acte, vous devriez vous assurer que la bataille est bien menée des deux côtés.

Cependant, le protagoniste devrait finalement vaincre le méchant. Personne ne veut lire ou voir un thriller, s’investir dans les personnages, et anticiper la confrontation finale, seulement pour que le méchant gagne et le gentil meurt. Le thriller n’est décidément pas une tragédie.
Les grecs, civilisation épanouie, avaient besoin de la tragédie pour compenser le malheur qu’ils ne connaissaient pas. Mais les choses ont changées.

L’histoire personnelle de votre antagoniste doit finir d’une manière ou d’une autre, même s’il survit au conflit. Il peut se fondre dans l’obscurité mortellement blessé ou se replier vers son repaire pour lécher ses blessures et se préparer pour la prochaine bataille (si vous écrivez une série).

Mais pour que votre thriller soit satisfaisant, le protagoniste doit l’emporter.

Si vous estimez que notre travail vous apporte beaucoup pour vos projets d’écriture, Merci de songer de temps en temps à faire un don. Nous vous offrons des connaissances car nous sommes persuadés que la connaissance doit se donner. Mais cette initiative a un coût. Nous refusons l’idée d’une association mais nous œuvrons pour vous, pour le bien de cette communauté dont vous faites parties. Faites un don. Merci

Comment avez-vous trouvé cet article ?

Cliquez sur une étoile

Average rating 0 / 5. Vote count: 0

No votes so far! Be the first to rate this post.

Cet article vous a déplu ?

Dites-nous pourquoi ou partagez votre point de vue sur le forum. Merci

Le forum vous est ouvert pour toutes discussions à propos de cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :