La totalité de l'histoire

LA TOTALITE DE L’HISTOIRE

On dit souvent que l’histoire est un tout. Peter Dunne par exemple distingue entre l’intrigue et l’histoire. Ces deux concepts sont entrelacés de façon à ce que l’intrigue décrive l’action et l’histoire illustre les conséquences émotionnelles de cette action.

D’un point de vue un peu plus pratique, dans les années 90, la théorie narrative Dramatica a proposé une autre vision du Tout d’une histoire.
En voici quelques explications.
Une histoire pour être complète possède quatre catégories qui doivent être renseignées.

Si l’une de ces catégories venait à manquer, l’histoire comme une totalité perdrait son sens.

Quatre domaines
Fixed Attitudes

Cette catégorie décrit ce en quoi les personnages croient ou ce qu’ils pensent. Ce sont leurs valeurs ou leurs opinions auxquelles ils sont fortement accrochés.

Situations

Ce sont les situations dans lesquelles les personnages se trouvent. Cela peut être en rapport avec leurs activités professionnelles comme par exemple un professeur et ses élèves. Ce peut être aussi un amant qui vient de divorcer d’avec son aimé…
Situations décrit les circonstances dans lesquelles les personnages agissent.

Activities

Cette catégorie décrit ce que font les personnages. Ce sont les activités auxquelles les personnages se livrent dans des circonstances particulières (Situations).

Manipulations

Ce terme décrit comment les personnages en arrivent à changer ce qu’ils pensent, modifient leurs visions du monde. Cette catégorie illustre ce qui se passe dans la tête des personnages.

Etats et processus

Ces quatre catégories permettent de distinguer que certains états apparemment fixés peuvent être changés par les processus à l’œuvre dans l’histoire.
Fixed Attitudes sera modifiée par Manipulations.
Par exemple, ce n’est pas parce qu’un personnage croit fermement en Dieu au début de l’histoire qu’il ne peut connaitre certaines révélations qui le feront progressivement douter de sa foi.
Et inversement.

Situations sera modifiée par Activities.
Les circonstances dans lesquelles se trouve un personnage ne sont pas immuables. L’interaction des personnages entre eux et avec leur environnement crée de nouvelles situations, de nouvelles circonstances.

Ces catégories peuvent aussi être considérées comme externes et internes. Fixed Attitudes correspond à des constructions mentales (donc internes). Manipuler ces Fixed Attitudes (en d’autres termes, bouleverser le système de croyances et de valeurs du personnage) est une activité mentale.
Alors que Situations décrit des choses extérieures aux personnages. L’environnement pour le personnage est objet alors que lui, est sujet. Le regard qu’il porte sur sa situation peut être éminemment subjectif  mais cette situation a une existence séparée du personnage et donc extérieur à lui.

Et les événements qui se produisent à l’intérieur de l’environnement sont eux aussi des actions extérieures aux personnages même s’ils en sont les initiateurs. Leurs agissements modifient les situations.
Et c’est d’autant préférable en fiction parce que justement ces situations sont problématiques et doivent être modifiées.

Les relations font le Tout

Les relations qui unissent les quatre catégories lorsqu’elles seront chargées de leurs contenus spécifiques donneront sens à l’histoire comme un tout, et bien souvent le dénouement est ce moment où le lecteur comprend enfin l’histoire dans sa totalité.
D’où l’importance pour l’auteur de savoir où il veut aller avant de commencer le processus d’écriture proprement dit.

Pour mettre en place ces relations, quelques interrogations s’imposent :

  • Est-ce que j’ai décrit chacune de ces catégories ?
  • Est-ce que j’ai correctement illustré (pour la compréhension du lecteur) les situations dans lesquelles se trouvent mes personnages ?
  • Suis-je arrivé à démontrer ce qu’ils pensent (essentiellement à travers leurs attitudes et comportements) ?
  • Suis-je parvenu à bien décrire ce qu’ils font ?
Comment définir ces catégories ?
Situations

Pour décrire une situation, l’histoire doit mentionner :

Le passé
Par exemple, une blessure fondamentale dans l’enfance de votre protagoniste qui a forgé ce qu’il est lorsque débute l’histoire.

Plus à ce sujet :

Le présent
C’est la description du protagoniste dans son monde ordinaire.

A lire :

L’évolution des choses
Au cours de la progression de l’histoire, le point de vue du personnage sur le monde va changer.
Les choses autour de lui vont changer (essentiellement par les agissements des personnages). Notez que Situations est essentiellement un mouvement : les choses ne sont pas figées, ni intérieurement ni extérieurement.

Le futur
C’est-à-dire toutes les possibilités que l’histoire propose sur le futur possible de la situation. Et comme une fiction n’est pas de la propagande, il faut envisager le positif comme le négatif. Seul le message de l’auteur permettra ensuite de déterminer le futur qu’il propose à l’intention du lecteur.

Sur cette notion de message :

Fixed Attitude

Pour décrire cette Fixed Attitude (comme par exemple, vous introduisez votre héros avec une certitude : Je hais les clowns), vous devez mentionner :

Une conscience de soi
Le personnage doit s’interroger sur ce qu’il est. Il peut ne pas comprendre ce qu’il est. Cette blessure du passé peut très bien être profondément enfouie en lui mais il doit tenter de comprendre pourquoi il ressent les choses comme il le fait.
Par exemple, une blessure de cœur a profondément meurtri votre héros au cours de son adolescence. Depuis, il a conçu une défiance envers toute relation amoureuse. Ce qui l’isole forcément.
Mais comme il a conscience de son isolement, il va développer par ailleurs une activité sociale qui le mettra en avant dans le groupe. Il masquera sa solitude pour ne pas avoir à montrer sa souffrance.

Des souvenirs
Une rémanence de la blessure.  Les souvenirs renforcent la position du héros dans son attitude actuelle. La Fixed Attitude est comme un mécanisme de défense pour ne pas avoir à souffrir de nouveau. Les réminiscences de la blessure renforcent le personnage dans le bien-fondé de son point de vue actuel sur le monde.
Tant qu’il n’aura pas intégré son trauma, il n’avancera plus dans sa vie.

Une réponse impulsive
Lorsque le personnage est dans une situation où il confronte ses peurs, il répond impulsivement. Par exemple, le personnage hait les clowns. Il ne sait pas pourquoi mais dès qu’il en voit un, il ne peut plus raisonner.
Il se laisse emporter par ses passions, ses émotions. Il se met à trembler, à pleurer, à paniquer.

Concernant plus spécifiquement la peur :

Un besoin
Le personnage sait qu’il est vulnérable. Il a conscience de cette peur même s’il ne la formule pas vraiment. Il y a comme un manque en lui qu’il doit combler. C’est ainsi que l’auteur va définir un besoin pour son personnage pour contrer ses peurs.
En surmontant ses peurs, ses frayeurs… en satisfaisant son besoin, le personnage deviendra meilleur.

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Manipulation

Donc, Manipulation concerne comment les personnages en arrivent à penser autrement. Au niveau du personnage, on peut assimiler ce changement à l’arc dramatique qui dessine la courbe de l’évolution de la personnalité du personnage au cours de l’histoire.

Cette Manipulation se manifeste à travers :

Une idée
C’est la décision que quelque chose doit changer. Par exemple, Frank Galvin (Le Verdict) prend conscience lorsqu’il est face à cette jeune femme dans le coma, qu’il doit la défendre de toute son âme. Il le fait pour elle bien sûr, mais surtout pour lui.
Pour se prouver qu’il n’est pas ce qu’il est devenu.

Cette volonté de faire changer les choses peut aussi se porter envers autrui. Un personnage décide qu’un autre personnage peut changer.
Dans les deux cas, il y a bien une sorte de manipulation à l’œuvre pour que les choses changent. Un personnage par exemple pourrait vouloir retrouver l’amour que l’autre ne lui porte plus. Il tentera alors par tous moyens de recouvrer cet amour (même si ironiquement le lecteur sait que cet amour est perdu à tout jamais).

L’élaboration d’un plan
Pour que les choses changent, un claquement de doigt ne suffira pas. Il faut une méthode. L’intention doit être accompagné d’un plan.

Le mensonge
C’est le jeu d’apparences que l’on offre aux regards d’autrui. Se dévoiler, se livrer, se dépasser est une nécessité pour le personnage s’il espère rencontrer sa vraie nature. Mais avant de peler toutes ces couches qui masquent qui nous sommes vraiment, l’auteur doit en recouvrir son personnage.
Pour convaincre autrui ou se convaincre soi-même, il faut avoir le courage de se regarder en face. C’est le grand défi du héros.

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qui expliquent la différence entre résolution de problèmes et justification dont ce concept de mensonge est une application pratique.

Le changement
C’est le résultat. Tous les efforts du protagoniste ont pour finalité de le rendre meilleur. A la fin de l’histoire, il change son point de vue sur le monde ou bien assoit encore plus fermement ses certitudes s’il avait encore quelques doutes.
Gardez en mémoire que ce changement est le message que l’auteur tente de communiquer au lecteur. C’est l’aboutissement de l’arc dramatique du personnage principal. En fait, la fin du parcours du héros corresponds à votre thème.

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Activity

Une activité se décrit de la façon suivante :

La recherche d’information
C’est exactement comme dans la vie réelle. On ne se lance pas dans une activité sans quérir au préalable quelques informations diverses sur cette activité.
C’est surtout au moment du passage dans l’acte Deux que cette quête d’informations est importante pour le protagoniste car il pénètre dans un univers qui lui est totalement inconnu. Toutes ces expériences passées ne lui sont plus d’aucun secours.

La compréhension
Maintenant, il s’agit de digérer les informations collectées. C’est important parce que de cette compréhension dépendront les choix et décisions du personnage.
En somme, c’est une évaluation de la situation en regard de nouvelles informations la concernant.

L’agir
C’est la décision qui mène à l’action. Evidemment, la recherche d’informations et la compréhension de celles-ci sont très subjectives. Ce qui rend singulier l’agir d’un personnage.

L’obtention
C’est la satisfaction du but, c’est-à-dire essentiellement du besoin et non du désir. Le besoin est intérieur au personnage alors que le désir est au vu et su de tous les personnages.

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