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CONFLIT & TENSION DÈS LE DÉPART

Le conflit et la naturelle tension qui en émane doivent être au moins formulés par grands traits dans l’esprit de l’auteur avant qu’il ne commence à écrire son texte.

Sommairement, le conflit est un problème que le protagoniste (censé faire avancer l’histoire) doit surmonter. Dans d’autres cas, le conflit est essentiellement une question de relation entre personnages (essentiellement le protagoniste et l’antagoniste ou une force antagoniste quelconque).
Dans d’autres moments encore, le conflit naît des situations dans lesquelles l’auteur jette son personnage principal.

Néanmoins, cette définition n’est pas suffisante. Elle est certes une évidence. Ce que l’auteur doit comprendre cependant, c’est que le conflit dans son évolution et ses conséquences sert à définir ses personnages et ses thèmes.
Autrement posé, le conflit serait le langage de l’auteur, son moyen d’expression de son discours. Et comme pour tous les conteurs, l’auteur tiendra son lecteur en haleine par la nature des conflits qu’il décrira.

Planifier le conflit

L’auteur doit savoir au commencement quelle sera sa question dramatique centrale, celle qui permet à la fois le conflit et détermine les obstacles. Ces obstacles seront intérieurs comme extérieurs. Ils peuvent être de véritables complications pour le protagoniste et son objectif. Ils sont effectivement conçus avec pour finalité la destruction de l’objectif du héros.

Souvent, ils ne sont que de simples conditions pour que l’histoire continue sur son élan. Par exemple, le héros a besoin de chameaux pour s’enfoncer dans le désert à la recherche de l’avion perdu.
Un personnage très secondaire le lui proposera à la condition toutefois que le héros emmène avec lui la fille de ce personnage secondaire. Et celle-ci bien-sûr ne laissera pas de créer des situations fâcheuses.

Le problème devrait être vraiment difficile pour le héros. Il faut convaincre le lecteur que le protagoniste ne pourra pas s’en sortir. Le lecteur doit douter de la réussite de l’objectif. C’est ce doute que l’auteur doit cultiver.
Bien sûr, dans les comédies romantiques, on se doute bien que tout finira bien. Happy End porte déjà en lui la résolution de l’histoire.

Cependant, l’incertitude d’une relation entre un amant et l’être aimé entrelacé avec un manque d’estime de soi du personnage principal et le lecteur se persuadera que le futur de ce personnage principal est fortement compromis.

Et comme il s’agit du personnage principal, celui sur lequel porte et la sympathie et l’empathie du lecteur, ce lecteur craindra l’échec de son héros.
Par cette crainte, vous impliquez votre lecteur dans votre histoire. Un motif assez simple somme toute mais suffisant pour écrire de la qualité (il faudra aussi quelque chose de plus peut-être une volonté d’écrire de la qualité).

Une culture de l’espoir

Même si les thèmes développés échappent au lecteur, il comprendra néanmoins la nature du conflit. Parce qu’une menace et le danger inhérent sont des choses que l’on ressent sensiblement.

Et on ne peut s’empêcher d’espérer que tout ira bien. Offrez cet espoir à votre lecteur. Il vous en sera reconnaissant.

La désespérance des personnages qui incite le lecteur au carpe diem n’est pas facile à manipuler. On peut vouloir décrire une situation désespérée, un contexte social où l’espoir ne pourrait même pas être rêvé.

Structurellement, il existe un moment au cours de l’histoire où le héros connaît un grave moment de crise. Pour lui (et le lecteur en sera convaincu), tout est perdu.
Du moins, jusqu’au moment où ce même héros n’acceptera pas sa situation et reprendra le cours de sa vie.

Il faut pourtant que votre lecteur espère. Parce que quel que soit le tragique de la situation de votre héros, si votre lecteur n’aperçoit pas au moins une once d’espoir, il se refermera cœur et âme sur le devenir de votre personnage. Vous ne pourrez pas l’atteindre émotionnellement.

Si votre héros tombe de Charybde en Scylla sans jamais la moindre lumière vers une issue possible, le lecteur se construira un véritable mur contre lequel l’auteur frappera inutilement parce qu’il n’aura pas su réserver quelques fissures comme autant d’espoir.
Car c’est bien l’espérance que le malheur ne peut durer qui retient le lecteur dans l’histoire.

Même dans les tragédies les plus tragiques, l’auteur organise des moments de relâchements de la tension dramatique. Cela permet à son lecteur de souffler. Le conflit tue le conflit.

LES IDÉES PRÉCONÇUES & L’INTRIGUE

intrigue

 

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LE CONFLIT : SON RÔLE DANS LA FICTION

Conflit et désir sont les maîtres mots en fiction. Si vous vous contentiez de dialogues pour communiquer avec votre lecteur, ce serait très frustrant car conflit & désir, concepts indissociables, ne parviendraient pas à engrosser la situation ou les circonstances qui raffermissent et rendent les scènes toujours plus intéressantes.

En fait, le conflit et le désir sont intimement liés aux idées qui s’écoulent dans une scène. En quelque sorte, ils seraient les signifiants.
Ils informent en fait la scène. Sans eux, la scène serait informe. Je ne dis pas que le conflit et le désir justifient toutes les scènes comme appartenant au tout de l’histoire.

Car, emporté par sa muse, l’auteur peut poser des scènes tout à fait illégitimes (jusqu’à ce qu’on lui dise du moins et qu’il en prenne conscience). Admettons qu’une scène existe parce qu’il y a en son sein conflit et désir.

La mémoire de la scène

Nous avons deux éléments dramatiques : de l’action initiée par la volonté d’un personnage qui désire quelque chose, qui a une intention et qui ne veut pas en démordre. Vous inventez une intention et vous peignez un personnage.

Et du conflit parce que ce désir, cette volonté incoercible (j’aime bien cette expression) ne sera pas laissé en paix. En effet, la tranquillité de son âme pour le personnage principal ne sera atteinte qu’après qu’il ait surmonté nombre d’obstacles et d’épreuves.
Cette dialectique (donc une confrontation qui se dépasse elle-même) entre conflit et désir crée de l’élan, de l’intérêt, du drame ou plus simplement du suspense.

Cela retient notre attention (le lecteur est avide de tourner les pages) et permet aux scènes de rester en mémoire. Ainsi, le lecteur n’a nul besoin de faire appel à des expériences (personnelles ou de lecture extérieures à l’histoire qu’il est en train de lire) pour interpréter ce qu’il voit et entend (quelle que soit la taille de l’écran y compris celui de son imagination).

Une des raisons d’être du texte d’un auteur est que son lecteur interprète ce qu’il lui communique. Comme une émotion, par exemple. Des scènes peuvent être conçues pour qu’il émane d’elles une émotion qui envahira le lecteur.

Considérons Les Vestiges du jour adapté par Ruth Prawer Jhabvala, d’après le roman de Kazuo Ishiguro. Le personnage principal est James Stevens. C’est un majordome dont le trait majeur de la personnalité est une totale répression de ses émotions.

Et pourtant une scène en particulier dépeint son état émotionnel. Ce qu’il se passe en lui et qui doit faire sens pour le lecteur.
Les sentiments de Stevens envers Miss Kenton sont puissants mais profondément enfouis (ou plutôt cachés) et Stevens ne parvient pas à les avouer.

Une scène cependant peut être révélatrice. Stevens a atteint une perfection comme mode de vie. L’idée qu’il brise une bouteille de vin par accident est totalement absurde et pour lui et pour le lecteur. C’est pourtant ce qu’il arrive.

C’est un moyen narratif d’expliquer (un peu comme le ferait un commentaire) que, malgré qu’aucun des autres personnages (y compris Miss Kenton qui admire pourtant Stevens) n’aient aperçus cet élan chez Stevens, que Miss Kenton signifie énormément pour lui.

Ne peut-on vraiment que mentir à propos de soi-même ?
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ÉCRIRE L’INTRIGUE

Écrire un scénario consiste à prendre des mots et à les assembler pour que se crée dans l’esprit du lecteur des images qui l’impressionneront. Et c’est vous, en tant qu’auteur, qui amènerez votre lecteur dans les dédales de votre imaginaire.

Vous inventerez des personnages doués de paroles et qui agiront. Vous vous efforcerez de surprendre votre lecteur par des révélations inattendues. Mais tous ces efforts seront vains si vous ne parvenez pas à lier vos mots à une intrigue qui rivera votre lecteur à votre histoire et l’incitera à tourner les pages pour connaître le devenir de vos personnages.

Ce qu’il ne faut pas croire

Écrire un scénario, ce n’est pas simplement un assemblage de scènes constituées de dialogues et d’action. Vous allez devoir distribuer de l’information de telle manière que le lecteur la perçoive d’abord avec ses sens (les yeux et les oreilles essentiellement).

Ensuite, il est nécessaire que cette information l’intéresse, qu’il s’interroge sur ce qu’il va se passer ou qu’il l’anticipe. De plus, vous devez le rendre capable de comprendre immédiatement ce qu’il se passe dans une scène.

Ce n’est pas ce qui est sous-entendu ou peut-être l’allégorie qui seront perçus d’emblée. S’il y a une signification cachée ou autre, le lecteur la découvrira par lui-même plus tard car c’est d’abord l’évidence qui sera vue et entendue.

Écrire de la fiction (autrefois dénommée drame), ce n’est pas écrire une suite d’événements ou d’incidents telle qu’un personnage fait ceci et se rend quelque part puis rencontre un autre personnage et quelque chose d’autre se produit.
Une narration, ce n’est pas des événements posés là gratuitement.

Dans toute narration, il faut une structure. La structure est l’ossature pour l’intrigue à venir. Que cette structure reprenne le parcours héroïque aux étapes bien ordonnées (comme l’a démontré l’universitaire Joseph Campbell) ou plus classiquement, la structure en trois actes voire en cinq actes, quelles que soient vos préférences, une intrigue ne sera possible (ou du moins cohérente) que si elle est étayée par une structure.
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L’ÉCRITURE DRAMATIQUE

Une approche dramatique particulière, des personnages conçus selon certaines décisions dramatiques, l’écriture dramatique est un art singulier.

C’est aussi une science qui observe les dynamiques d’un phénomène naturel et qui sait décrire ou du moins établir un parallèle entre les données qui décrivent par exemple un trou noir et la constitution d’un préjugé dans l’esprit humain.

L’écriture dramatique permet donc de saisir des concepts sur la psychologie des histoires et des personnages qui les peuplent qui seraient sans ce moyen autrement intangibles.

Un effort dramatique

Toutes les histoires ont une organisation. Vouloir comprendre un peu en quoi consiste cette organisation ne musellera point votre muse. Cela vous aidera peut-être à comprendre un peu mieux comment votre inspiration devient matière dramatique, quelque chose de malléable.

Puisqu’on parle de constitution, considérons la brique dramatique. Elle est un élément singulier qui n’a pas vraiment de signification isolé du tout. Ce peut être par exemple une fonction dramatique telle que celle de l’antagonisme. Comment expliquer une force antagoniste dans une histoire si nous ne la comparons pas au protagoniste ?

Ce qui est intéressant avec les briques dramatiques, c’est que non seulement elles permettent de s’assembler pour raconter des scènes par exemple mais elles se brisent aussi. Cette ruine soudaine peut être voulue par l’auteur.

Disparition, effondrement, éclatement sont des moments dramatiques pendant lesquels un élément dramatique savamment modelé depuis le début de l’histoire se désagrège pour disparaître définitivement.

Et d’autres fois, ce phénomène se produit sans que l’auteur n’en est recherché l’effet. La tension dramatique rend extraordinaire les choses. C’est très utile pour l’auteur qui fascine son lecteur. Et la tension devient telle que la chose sur laquelle elle s’applique éclate.

C’est un moment de repos pour le lecteur et pour les événements. Cela veut dire aussi qu’il n’y a plus de tension dramatique. Il n’y a plus d’énergie ou de carburant. Comme si la tension était la vie.

L’auteur devrait ainsi porter la tension dramatique à un paroxysme que le lecteur peut soutenir. Les choses étant ce qu’elles sont, elles posséderont cette qualité qui fait d’elles un élément dramatique utilisable par un auteur.

La tension dramatique est le battement qui donne vie aux éléments de la fiction. Elle est aussi cette énergie qui maintient ensemble une sphère dramatique qui se suffit à elle-même parce qu’elle contient tout.

Une unité dramatique

On ne peut pas penser à cette sphère tant qu’on ne l’a pas introduit dans l’histoire. Il vous faudra une pâte dramatique que vous allez assembler puis façonner. Par exemple, un personnage. Il vous faut décider de sa fonction, de sa personnalité, de son passé, de son apparence, de ses conditions en somme qui font qu’il existe d’une certaine façon et pas d’une autre.

La tension dramatique maintient cette unité en place. Et il faut savoir ne pas lui appliquer trop de poids parce qu’elle ne pourrait fixer la sphère et en garder l’intégrité. Et c’est vrai dans l’autre sens. Si on ne lui donne pas assez de matériau dramatique, l’effort serait vain. Donc, ne pas aller trop dans les détails (ne conservez que ceux qui apportent vraiment du sens, quelque chose en plus que contient la sphère et qui la justifie) ou bien n’imposez pas à la sphère des mouvements ou des contraintes qui risqueraient de la détruire.

Pour chacun de vos concepts dramatiques, il vous faudra trouver à la fois son étendue comme une ombre portée sur toute l’histoire et l’effet que vous recherchez chez votre lecteur avec ce concept.

Pensez aussi tout ce que vous donnez à votre lecteur comme une promesse. Parce que c’est cette promesse qui s’insinuera dans son cœur et dans son esprit.

D’autres éléments dramatiques ont pour finalité (ils sont effectivement déterminés dès leur conception) à être détruits. Cela peut passer relativement inaperçu chez le lecteur mais indispensable à l’avancée de l’histoire. D’autres fois, le lecteur en est tout bouleversé (c’est l’effet recherché).

L’auteur décide si l’une de ses briques s’évaporera presque dans une indifférence ou s’il veut que cela déchaîne les flammes de la passion dans l’esprit de son lecteur.

Ainsi, le lecteur sait comme une évidence. Il ne délibère pas avec lui-même de l’expérience qu’il est en train de vivre par personnage interposé.
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LES PERSONNAGES : CE QU’ILS NOUS CACHENT

Ce que nous cachent les personnages, c’est ce que le texte ne nous dit pas clairement. Comme si les mots servaient à masquer une signification obscure. Il y a une tension qui se crée entre ce qui est révélé et ce qui ne l’est pas.

Lorsque nous croyons que quelqu’un nous cachent quelque chose, on ne peut s’empêcher de lui prêter plus d’attention que d’accoutumée. Ce n’est pas de la curiosité. C’est simplement le pouvoir des secrets.

Pandore et Psyché nous rappellent à tout instant que cette apparente curiosité est une caractéristique bien trop humaine pour pouvoir lui résister.

Un besoin irrésistible de savoir

Un obstacle barre le chemin des personnages ? Ils ne s’empresseront pas de s’en détourner. A contrario, il leur faut savoir ce que recèle la suite du voyage par ce chemin-ci et non ce détour.
On dit que la honte est un puissant sentiment. Il suffit de voir les agissements du méchant de l’histoire qui insiste tant dans sa voie par la réminiscence inflexible de la honte de sa défaite contre le héros.

Surtout, la honte est employée assez souvent par les auteurs pour que leurs personnages cachent certaines choses. Et cette honte n’est pas toujours justifiée.
Pour les personnages de fiction tout comme nous dans la vie de tous les jours, les secrets pointent vers quelque chose qui nous est arrivé et que nous ne pouvons oublier ni partager.

Mais pourquoi les secrets ? Parce que ce qui intéresse les autres, ce sont les choses qui vous sont arrivées. Et surtout, si elles furent terribles.

Les personnæ des personnages  (l’image de nous que nous donnons en public souvent loin de la vérité de notre être) s’expliquent selon ce qu’ils croient de l’attente des autres envers eux.
Ils adoptent donc une attitude, un comportement, une posture qui leur permet de s’étendre jusqu’à certaines limites au-delà desquelles ils ne seraient plus acceptés ni aimés.

Les limites sont imposées par le secret. Le secret représente ce que nous craignons, si jamais il devait être exposé, qu’il détruirait notre position sociale au sein de la famille, des amis, de nos collègues, de la communauté.

Souvent, cette peur est hors de proportion parce que très subjective. Évidemment que cela sert les intérêts de l’auteur d’avoir à portée de plume l’existence d’une telle chose.
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