Archives par mot-clé : Intrigue

CONSTRUCTION D’UNE INTRIGUE

Accrocher un lecteur avec un univers fascinant, des personnages passionnants, un ton qui lui plaira ne seront pas suffisants si la construction d’une intrigue (quel que soit son niveau : la scène, la séquence, l’histoire toute entière) n’est pas comprise.

L’intrigue est un terme que l’on rencontre souvent, probablement trop souvent. Quoi qu’il en soit, c’est sur la maîtrise des mécanismes de l’intrigue par l’auteur que d’éventuels investisseurs pourront juger de la qualité d’un scénario.

Notre esprit : un maître ès intrigue

Chaque instant de notre vie participe d’une intrigue que notre esprit a concocté. Que l’on s’interroge de ce que sera fait demain ou de ce qu’on aimerait bien manger dans quelques heures, toute cette activité consiste pour notre esprit à résoudre un problème immédiat en mettant en place une stratégie.

L’intrigue est le processus de cette stratégie. Nous sommes à chaque instant confrontés à des choix. Même si cela peut arriver parfois, on a horreur que la Providence décide à notre place. Nous prévoyons les choses, nous cherchons des solutions en permanence, nous ne cessons d’intriguer.

Certains d’entre nous pourraient objecter que leur vie est un véritable chaos, qu’ils sont incapables de prendre facilement une décision, qu’ils n’ont aucune idée de ce que sera fait la minute qui vient. Cela signifie t-il qu’ils sont moins aptes à élaborer des tactiques et des stratégies pour faire de leurs vies ce qu’ils en entendent ?

Le problème qu’ils rencontrent n’est pas qu’ils sont moins efficaces à élaborer les intrigues qui leur permettront d’orienter leurs vies. C’est qu’ils envisagent trop d’intrigues à la fois. Ils ont conscience comme tout un chacun du nombre énorme de possibilités qui s’offrent à nous à chaque instant (et il faut lutter contre ceux qui nous contraindraient à limiter cette puissance) et naturellement, ils ne savent pas (ou du moins éprouvent de grosses difficultés) à choisir entre toutes les intrigues possibles.

Lorsque l’auteur se sent perdu ou lorsqu’il se trouve devant ce non-sens qu’est la page blanche, ce n’est pas qu’il ne parvient pas à construire son intrigue, il en est parfaitement capable et nous le sommes tous.
Ce qu’il ne parvient pas à faire, c’est de s’arrêter à concevoir des intrigues. Il est pris dans une bouche sans fin, imaginant intrigue sur intrigue mais sans jamais qu’aucune ne soit versée sur la page blanche.
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LA CONSTRUCTION DU MONDE DE L’HISTOIRE

La plupart des histoires commencent par le monde dans lequel prendront place les événements et évolueront physiquement et psychologiquement les personnages. D’emblée, on pense au monde comme un espace physique. Souvent, les premières images d’un film établissent visuellement le lieu de l’action : ce peut être une ville, la campagne ou une étendue sauvage…

La réalité ou vérité d’un lieu ne se limite pas à ce que l’on en aperçoit. Il faut aller au-delà de l’opacité que nous offre nos sens. L’espace physique cache une profondeur. Pour l’atteindre, il nous faut saisir les règles qui régissent ce monde de l’histoire.
C’est-à-dire ce qui permet à certains types d’événements de se produire en ce lieu alors que ce ne sera pas possible pour d’autres types d’événements. En somme, le monde fictif est régi par un ensemble de règles qui président à l’action de l’histoire.

Il y a une infinité de mondes possibles pour une histoire et pourtant, ils ont en commun cette caractéristique de règles précises et claires établies dès le commencement de l’histoire. Ces règles constituent le contexte et celui-ci sert au lecteur pour apprécier ce qu’il va se passer dans l’histoire.
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TRAGÉDIE, COMÉDIE ET SCÉNARIO

Nous avons vu dans un article précédent que pour écrire une histoire efficace, il était important d’apprendre à distinguer entre tous les différentes effets cognitifs qu’une histoire pouvait véhiculer. En d’autres termes, tout ce qui permet une réaction émotionnelle, un mouvement émotif, du lecteur.

Une seconde étape consiste à repérer dans les textes choisis d’autres auteurs (ceux que l’on apprécie) les différentes structures mises en place pour engendrer dans l’esprit du lecteur telle ou telle réaction émotionnelle.
Il existe donc autant de structures singulières que d’effets cognitifs recherchés par un auteur. C’est comme si chaque effet cognitif avait sa propre recette. Et vous allez fabriquer vous-mêmes votre propre livre de recettes accumulant tout un corpus de scénarios que vous avez tout particulièrement appréciés.

Il faut donc identifier et trouver les différents ingrédients qui entrent dans la constitution de l’effet cognitif voulu et de les combiner afin de produire cet effet. Le tout premier endroit où l’on doit chercher est dans l’intrigue elle-même. C’est dans cet espace, différent de l’exposition et du dénouement, que les auteurs mettent habituellement en place la structure singulière qui leur permettra d’atteindre à un certain effet cognitif.

Une fois qu’un auteur a compris comment un autre auteur est parvenu à créer tel effet dans l’esprit du lecteur (identification de l’effet et du moyen pour l’achever), il peut se servir de ce modèle pour émouvoir le cœur et l’esprit de son lecteur.

Ainsi, cet auteur aura à sa disposition un catalogue de modèles dans lequel il pourra choisir celui qui convient le mieux à son expression personnelle.
Cette expression personnelle consiste à se demander dans quelles contrées psychologiques souhaitons-nous emmener notre lecteur, quelle émotion, quelle idée, quelle perspective voulons-nous qu’il emporte avec lui. Le premier pas est donc une décision.
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AARON SORKIN : L’IDÉE

Avoir une idée n’est pas difficile (même si l’on estime parfois en manquer). Toutes les idées, cependant, ne sont pas aptes à devenir une fiction dramatique.

Une idée de fiction, selon Aaron Sorkin, introduit un élément de perturbation dans ce qui pourrait apparaître autrement comme un simple quotidien.

Une idée devient possible pour une fiction dès que, dans l’énoncé de celle-ci, vous ajoutez mais…, sauf que…, et alors… c’est-à-dire dès que vous introduisez une rupture dans le quotidien ou le projet d’un personnage.

Par exemple, dans Seul au monde, Chuck Noland est un habitué des voyages autour du monde pour FedEx. C’est alors que, lors d’un vol de routine pour solutionner un problème urgent, son avion s’écrase sur une île déserte.
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AARON SORKIN : INTENTION ET OBSTACLES

Pour Aaron Sorkin (auteur de The Social Network, Steve Jobs…), tant qu’une intention n’est pas clairement introduite, l’histoire n’a pas réellement commencé.

Intention et Obstacles

Pour Aaron Sorkin, c’est en ayant en tête une intention et au moins un obstacle qu’on obtient une matière dramatique peut-être encore brute et informe mais suffisante pour écrire une fiction. L’intention, c’est quelque chose que l’on veut vraiment (c’est un désir que l’on ne se contente plus de rêver, c’est un besoin à satisfaire).

Cette volonté fondamentale d’obtenir quelque chose est contrariée par un obstacle. Quelque chose ou quelqu’un se mettra en travers de notre chemin pour nous empêcher de réaliser ce à quoi nous tenons pourtant tant.

Ce qui interférera sur notre volonté ne peut être quelque chose de bénin. Un personnage rencontrera de nombreux obstacles au cours de l’intrigue. Il tentera de les surmonter ou de les contourner.
Les premiers obstacles seront assez faciles (donnant au personnage une confiance qui se retournera contre lui).

Mais il doit y avoir une tribulation qui en tous points dépasse le personnage qui devra l’affronter. C’est de la dynamique entre une volonté incoercible et une force antagoniste puissante que l’intrigue acquière ce mouvement qui la propulse vers l’avant.
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