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ÉCRIRE LE DOCUMENTAIRE

Écrire un scénario (de fiction ou non), ce n’est pas comme écrire un roman ou une nouvelle. Il y a des considérations auxquelles l’auteur d’un scénario se soumet.

Un scénario est un outil destiné à un médium visuel

Les mots que l’auteur d’un scénario pose sur le papier ne sont pas destinés à être donnés tels quels à un lecteur. Leur destinée est d’être vu et entendu comme des images bruyantes. L’auteur d’un scénario doit être capable d’écrire visuellement.

Vous devez expliquer une théorie ou un concept et si le lecteur ne peut voir cette théorie ou ce concept, votre effort est perdu.
Ce que vous écrivez devrait être visuel dans son essence même. Les mots appellent des images et vous devez faire en sorte que les mots deviennent des images.

Le mouvement

Écrire un scénario, c’est décrire des images en mouvement. Dans un documentaire (comme dans une fiction d’ailleurs), vous pouvez prévoir des images fixes (comme une photographie, par exemple).

Mais cette image figée dans le temps ou dans l’espace ou dans le seul imaginaire d’un personnage de fiction ou historique, appartient à un élan qui anime le scénario.

Ce qui explique la difficulté à pénétrer dans la tête des personnages (fictifs ou réels) lorsqu’on tente d’écrire un scénario, c’est que les histoires contées devront être traduites en images actives, en images en mouvement.

Une expérience vivifiante

Un roman peut nous faire voyager (dans un pays lointain autant que dans ce que la matière a de plus intime). Nos yeux visiteront des lieux inconnus (aussi bien réels qu’imaginaires).
Un auteur est doué pour faire vivre par personnage interposé des expériences qu’un lecteur ne connaîtra peut-être probablement jamais. Un documentaire décrit une réalité surprenante.

Écrire des images fait naître chez le lecteur/spectateur des émotions nouvelles ou ravivent en lui ou en elle des émotions et des passions perdues.
Ces expériences provoquées (qui sont des choses qui sont ainsi amenées ou ramenées à la vie) seront plus puissantes par l’image que par le mot seul (lorsqu’il est écrit pour l’image).
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ET LA VIE DEVIENT COMÉDIE

Reconnaître ses propres névroses et s’en servir est un bon moyen pour écrire la comédie. Cela revient à considérer ses expériences personnelles et dévoiler de soi un glacis qui nous évite certes une trop sérieuse confrontation avec le monde mais surtout nous laisse un goût amer de la vie.

ComédieMary à tout prix de Peter et Bobby Farelly

Le conflit est ce qui fait avancer une histoire quelle qu’elle soit. Et je me demande même si nos conflits quotidiens ne sont pas tout aussi aptes à nous faire avancer dans nos propres vies. La comédie utilisera ces conflits pour construire des situations hilarantes.

Dans Mary à tout prix, toutes les scènes ont été pensées selon ce qu’elles allaient amener dans l’histoire. Tout est cause. Et cette cause est conflictuelle. En fiction, nous voulons voir les personnages lutter contre leur quotidien. Dans cette histoire en particulier, cette lutte est au cœur de chaque scène. Le héros ne peut même pas se rendre aux toilettes sans que les choses n’aillent de mal en pis.

Projeter dans le personnage principal ses névroses

Couver sa propre détresse, ce n’est certainement pas se rendre un très grand service. Incarnons-la plutôt dans un personnage. Est-ce égocentrique de vouloir parler de soi pour se sentir mieux ? La comédie n’est-elle vraiment qu’un exutoire, un prétexte à une fausse compréhension du monde qui n’a décidément rien à nous dire ?

Deux offres nous sont possibles. Soit on s’isole et on accepte pleinement de se retirer de la face du monde pour vivre en sérénité avec nos convictions.

Soit on établit avec les autres de véritables liens. Mais on ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Je ne souhaite à personne de se retirer tout en maintenant avec autrui une connexion artificielle. Ce serait un entre-deux bien irresponsable.

ComédieUn jour sans fin de Harold Ramis et Danny Rubin

Cette histoire n’est pas ce qu’elle semble être. A contrario, elle pointe nos regards vers des questions existentielles majeures concernant l’amour, notre inexorable rencontre avec la mort et ce que c’est que d’apprécier nos vies.

Le rire est un cri. Le personnage d’une œuvre de fiction est ce cri dont on saisit le mouvement à travers son arc dramatique, c’est-à-dire son cheminement à travers l’histoire.
Phil Connors est manifestement un être odieux lorsque nous faisons sa connaissance. Il porte en lui un tas de problèmes qui sont autant de conflits avec les autres.

L’intrigue de Un jour sans fin nous accroche. Cette répétition a quelque chose de magique car malgré que l’on sait déjà que Phil a vécu les événements, chaque événement nous incite à tourner la page pour voir ce qu’il va bien pouvoir se passer de nouveau.
On s’investit donc dans l’intrigue mais ce qui nous intéresse surtout, c’est Phil.

Comprendre les moments les plus significatifs de sa vie

Maître brainstorming sera d’une grande aide pour mettre en place les moments de votre vie qui ont eu de l’importance pour vous. Une importance toutefois lugubre puisque ces temps-là sont censés avoir eu sur vous un effet désastreux du moins que vous gérez encore avec difficultés.

La comédie sera votre psy à domicile. Posez les questions et tentez d’y répondre sincèrement, avec une lucidité à laquelle vous n’êtes pas habitué. On ne cesse de se mentir et nos personnages de fiction ne sont pas différents de nous. Eux, cependant, changent (classiquement pour le meilleur) d’ici la fin de l’histoire.

Posez sur le papier ce que vous estimez avoir été pour vous des humiliations. Trouvez des personnes en qui vous avez confiance (c’est-à-dire qui ne vous jugeront pas inutilement) et réfléchissez sur ces hontes que vous n’avez jamais vraiment intégrées.

Quelles sont celles parmi toutes celles listées qui possèdent en soi de la matière dramatique ? Vous serez surpris de constater que la plupart d’entre elles peuvent servir de support pour conter une bonne comédie.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? De Jim Abrahams, David et Jerry Zucker

Comédie

Une comédie à la gloire de l’absurdité. La parodie des films catastrophe des années 70 (Airplane ! est sortie en 1980) est comme le constat que notre monde est poussé hors du progrès par une technologie non maîtrisée.

L’archétype du bouffon est devenu un modèle. L’idiot du village n’est plus la risée de l’opinion, le laissez-pour-compte qui servait de buvard aux vices d »une communauté irresponsable.
Ace Ventura ou Austin Powers surpassent dorénavant en popularité n’importe laquelle de ces légendes qui faisaient les héros d’autrefois.

Certes pour Judd Apatow, notre propre inadaptation au monde est ce qui mène les auteurs vers la comédie. D’une manière plus simple, nous pourrions penser qu’il s’agit d’un besoin d’être aimé (ou ne serait-ce qu’apprécier).

Utiliser l’humour pour désamorcer des situations potentiellement embarrassantes ou dangereuses ne peut justifier l’usage de la comédie. Ce qu’il se passe dans nos vies est bien plus inspirant pour écrire une comédie que de tenter de répondre à la brutalité ou à la barbarie du monde.

personnagesShonda Rhimes nous parle de créations de personnages dans cet article : LES PERSONNAGES CHEZ SHONDA RHIMES

 

 

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L’ATMOSPHÈRE DU SUSPENSE

Vous avez besoin de créer du suspense dans l’une de vos scènes ? Faites en sorte que le lecteur/spectateur partage l’anxiété du personnage à ce moment précis. Il est captivant de suivre un personnage qui sait que quelque chose de mal va arriver.

Surtout si vous n’avez pas révélé les détails (les où, quand et quoi des circonstances de la scène). Le procédé en jeu se nomme anticipation. C’est par elle que vous impliquerez votre lecteur dans la scène.

Vous parvenez à créer un sentiment d’appréhension chez votre lecteur. Parce que votre personnage lui-même à ce moment précis se construit sur cette appréhension.
L’empathie n’est rien d’autre que d’éprouver une expérience par personnage interposé. Et que l’on partage une détresse, une joie, une terreur, une angoisse ne change rien à l’affaire.

Les lieux aussi peuvent participer à créer une angoisse. Certains lieux sont foncièrement marqués dans notre mémoire collective par une menace inhérente. Il suffit de les évoquer pour créer du suspense comme un cimetière, la nuit, avec un brouillard enveloppant amoureusement les tombes.

Si votre personnage principal, celui précisément qui sera le dépositaire de l’empathie du lecteur, se trouve dans ce lieu si singulier à ce moment précis, il est fort probable que vous communiquerez la même anxiété à votre lecteur.

C’est un procédé classique pour construire du suspense. Et le lecteur l’apprécie. Vous devez seulement vous assurer que l’incident à l’origine du suspense soit le fait ou la conséquence d’un trait de la personnalité du personnage ou bien parce que la situation impose elle-même une attente angoissée.

Considérez aussi que le suspense ne signifie pas toujours que le personnage est en péril. Il y a suspense lorsque le lecteur veut savoir quelque chose et que l’auteur retient volontairement cette information. Le jeune homme embrassera t-il la jeune fille ? Est-ce que votre héroïne acceptera la proposition d’embauche que lui a faite cet homme ? Ou encore votre héros répondra t-il à la question posée ou tentera t-il de l’éluder ?

Le passé d’un personnage lorsqu’il n’est pas encore totalement dévoilé peut aider grandement à créer du suspense. Prenez une addiction quelconque. Dès l’abord, on ne saisit pas vraiment l’importance de voir le personnage s’enivrer. Puis plus tard, nous apprenons qu’il lutte depuis des années contre sa dépendance à l’alcool.
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JUDD APATOW ET LA COMÉDIE

Judd Apatow avoue qu’il a eu une enfance quelque peu renfermée. C’était un enfant qui se sentait différent des autres. Ce n’est pas qu’il était rejeté. Il sentait seulement qu’il ne pouvait être avec les autres.

En quelque sorte, il se renferma sur lui-même et sur les Marx Brothers.
Apatow développa une véritable fascination pour les Marx précisément par cette étrange capacité qu’ils avaient à rire de ce monde qui pourtant les repoussait ou même les chassait.

Pourquoi la comédie ?

Selon Apatow, aller vers la comédie, cela traduit un problème avec le monde. L’auteur ne comprend pas ce monde et la comédie devient alors un moyen d’expression. Un auteur porté sur la comédie existe ou bien se construit sur l’absurdité du monde qui l’entoure.

La comédie est l’expression ultime d’un esprit critique. Une comédie bien faite peut apporter une leçon à un lecteur, lui faire la démonstration qu’il peut survivre à cette incompréhension dans laquelle il est persuadé à tout moment de se noyer.

La véritable essence de la comédie est donc bien l’engagement de l’auteur qui prend le risque de se jeter devant le monde. Tout comme le faisait les Marx Brothers.

Si l’on cherche des réponses, la comédie en est le moyen. Écrire une comédie ne dispense pas de travailler au préalable son projet par des recherches nécessaires, tout comme on le ferait pour un thriller par exemple.
Peut-être que pour la comédie, l’auteur est saisi de ce malaise ou de cette angoisse qui l’incline davantage vers la comédie que vers le thriller.

Pour Judd Apatow, comme artiste et artisan de la comédie, l’approche que l’on a du monde est ce qui doit régler notre envie d’écrire de la comédie.
Ce qui laisse supposer aussi que l’auteur d’une comédie devrait être un être quelque peu compliqué même s’il n’en laisse rien percevoir.
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CONCEVOIR LE DOCUMENTAIRE

L’innovation est au cœur du documentaire car contrairement à la fiction, avec le documentaire, tout n’a pas encore été dit. Comme la fiction, cependant, l’auteur doit trouver sa propre voix.

Il n’y a pas de règles

En effet, la liberté est totale. Cela ne veut pas dire pour autant que l’auteur ne devrait pas respecter néanmoins différentes techniques d’écriture pour conter son histoire (car le documentaire est d’abord une histoire à raconter).

Seulement l’auteur fera un choix parmi les outils qu’il jugera les plus aptes à l’aider dans son entreprise. Expérience et pratique lui permettront de s’améliorer (et la patience est un atout si l’on sait être patient).

Quelles sont ces outils ? Fouillez dans les articles de Scenar Mag, ce sont les mêmes techniques d’écriture que pour la fiction. Gardez seulement en mémoire que quels que soient la quantité ou la qualité de vos expériences, jamais on ne saura tout.

Le scénario de documentaire : un outil de travail

Tout comme la fiction, on écrit le scénario pour une équipe composée de personnes qui s’en empareront et y appliqueront leur propre créativité. Un scénario est comme le burin du sculpteur ou le pinceau du peintre.

Quoi qu’il soit possible d’écrire puis de réaliser soi-même le documentaire dont on a envie, la qualité du produit fini sera inévitablement bien meilleure si l’on considère qu’un documentaire est, tout comme le film, un travail d’équipe et que le procédé de sa concrétisation est identique à celui d’un scénario de fiction.

Certes, la question du budget est importante. Nous avons vu précédemment que la toute première étape devait être la note d’intention.
Cette profession de foi servira non seulement à clarifier vos idées (il est important de savoir où l’on va) mais aussi vous servira à convaincre des investisseurs.

Réunir des gens autour d’un projet de documentaire consiste à trouver des personnes qui partageront votre vision. Ce peut être le cas des éventuels investisseurs qui seront cependant davantage motivés par le retour sur leur investissement (qu’elle qu’en soit la forme), mais pour l’aspect technique, il me semble plus facile de trouver des gens qui laisseront de côté un intérêt personnel pour se mettre au service d’une idée peut-être plus universelle.

Le documentaire n’est pas un reportage

Le lecteur/spectateur d’un documentaire recherche la même chose qu’il trouve dans la fiction. C’est précisément ce que pense Michael Moore.

Le lecteur/spectateur veut être emmené quelque part. Ce n’est pas l’information qu’il entend à longueur de journée qu’il veut. Que ce soit un documentaire ou une fiction, le lecteur recherche une distraction et non une leçon de morale.

Le documentaire doit provoquer une émotion chez son lecteur.

Les reconstitutions

Parfois, il n’existe pas de documents ou plutôt de sources filmées que vous pourriez insérer dans votre discours. Et si elles sont disponibles, peut-être ne correspondent-elles pas à ce que vous souhaitez en faire.

En effet, expliquer longuement par un narrateur l’événement au cœur du documentaire devient vite ennuyeux pour le lecteur qui décroche immanquablement.

Le recours à la reconstitution permet de maintenir l’intérêt du lecteur (et lui donner des images à moudre dans son esprit).
Et cette reproduction de la réalité est mise en place dès la conception du scénario de documentaire. Elle n’est pas seulement une affaire de mise en scène.

Le documentaire permet d’aborder tous les sujets

S’il y a quelque chose qui correspond à l’idée que l’on parle le mieux de ce que l’on connaît, c’est bien le documentaire. Autrement posé, ne considérez pas que vos idées ne sont pas assez énormes pour faire l’objet d’un documentaire.

Si vous pensez qu’une histoire vaut la peine qu’on la raconte, c’est que certainement vous pourriez la raconter. Écrivez votre note d’intention.

 

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