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EXERCICES POUR UNE HISTOIRE – 1

Un lecteur spécifique en tête

Chaque auteur devrait être en quête de sa propre voix. Écrire pour un lecteur spécifique peut aider à clarifier cette voix. Nous savons tous raconter des histoires à nos amis. Et nous comprenons intuitivement les points et détails de l’histoire censés les intéresser le plus.

A titre d’exercice (ou plus si vous le souhaitez), écrivez une histoire sous la forme d’une longue lettre à un ami. Ce sera quelqu’un que vous connaissez bien. Il vous faudra vous assurer cependant que le récipiendaire de votre histoire ne connaît pas la situation ou l’intrigue de l’histoire que vous vous apprêtez à lui raconter. C’est important parce que cela implique qu’aucun détail ne sera considéré comme acquis. Chaque information donnée est une information nouvelle.

Outil narratif : la description

Considérez trois personnes que vous connaissez bien. Faites pour chacun d’eux un portrait assez précis y compris de leurs personnalités.

Ensuite, changez le sexe, le nom et quelques traits de la personnalité de chacun d’entre eux et écrivez une histoire avec ces trois nouveaux personnages debout sous la pluie devant une maison en feu.

Un destin tragique

Écrivez une histoire sur le pire moment de votre vie (telle une perte quelle qu’elle soit ou une trahison par exemple). Mais écrivez comme si cela était arrivé à quelqu’un d’autre que vous.
Créez un personnage différent de vous et qui connaîtra ce que vous avez vécu.

Cependant, ne vous concentrez pas sur le moment douloureux. Posez votre histoire le jour d’avant. Adoptez un point de vue omniscient, celui d’un narrateur qui sait tout. Ainsi le lecteur sait aussi ce qu’il adviendra.

Vous créerez une tension entre le lecteur qui connaît ce qu’il va arriver et le personnage principal qui ignore totalement ce que le destin lui réserve.
Considérez aussi de poser le dénouement de votre histoire avant que ce destin tragique n’ait lieu.

La même scène mais deux points de vue

Écrivez une scène dans laquelle deux personnages vraiment différents comme par exemple un vieil homme et une jeune femme ont une dispute.
Puis réécrivez la scène mais cette fois, mettez dans la bouche de l’un les arguments de l’autre.

L’idée de cet exercice est de prendre conscience de ce que chaque personnage révèle de lui-même à travers les arguments qu’il emploie et comment un même argument peut prendre un sens totalement autre selon le personnage qui l’énonce.

Un point de départ

Lisez ou relisez le premier paragraphe de cinq nouvelles que vous avez appréciées ou dont vous aimez le genre. Cette histoire commence t-elle par une description ou y entend t-on la voix d’un personnage ?

S’agit-il de la description d’un lieu ou bien est-ce un incident qui y est relaté ? Avons-nous affaire à des dialogues ? Choisissez l’un de ces débuts et servez-vous en comme modèle pour débuter votre propre histoire.
Et voyez jusqu’où cela peut vous mener.

Et un point d’arrivée

Les journaux ou internet relaient des tonnes de faits divers à longueur de journée et de nuit. Souvent, une ou deux personnes sont impliquées dans un événement dont nous connaissons le résultat. Parcourez les journaux ou le net et choisissez un fait divers.

Ce qui compte, c’est le dénouement de ce fait divers. Vous allez écrire une histoire qui mènera à ce dénouement. Ce qu’il faut tenter de saisir avec cet exercice, c’est l’effet que nous cherchons à obtenir sur le lecteur. En quelque sorte, vous allez écrire votre histoire à rebours. Vous décrirez la suite d’événements qui a mené inexorablement à ce dénouement, c’est-à-dire à cet effet que vous voulez obtenir sur votre lecteur.

Un moment vraiment heureux ?

Nos vies sont aussi faites d’occasions heureuses : mariages, anniversaires, promenades… et même promotions dans nos professions. Choisissez l’un de ces moments et écrivez une histoire qui prendra le lecteur à contre-pied en l’engageant dans des émotions opposées.

Par exemple, comment un anniversaire peut tourner au désastre ou comment une promenade sur la plage devint un moment triste. La réponse est toujours dans l’histoire.

Un lourd secret

Situez une scène dans une cuisine avec deux personnages. L’un des deux a un secret qu’il ne révèle pas à l’autre. Le secret peut être important ou bien anecdotique, cela importe peu. Que ce soit une mère qui n’a jamais avoué à son fils qu’elle l’a adopté ou bien simplement oublié d’acheter du pain.

Le secret non révélé pèsera cependant lourd sur tout ce que se diront les personnages, sur les gestes qu’ils auront ou n’auront pas l’un envers l’autre (comme une gêne à prendre l’autre dans ses bras) ou bien encore ce sur quoi leurs regards respectifs porteront.

Selon la tournure que prendra votre histoire, vous pouvez soit laisser le secret émerger de lui-même ou bien le faire disparaître, le laisser se désagréger.

Chargé d’émotion

Faites une liste de cinq objets qui en apparence semble manquer totalement de poids émotionnel. Ce peut être par exemple un aspirateur ou bien encore un cendrier ou une paire de chaussettes.

A partir de cette liste, vous allez choisir l’un de ces objets pour le moins banal et vous allez vous en servir comme pivot pour une histoire.

L’objet doit prendre au fil de l’histoire une signification émotionnelle énorme et surprenante pour l’un des personnages (ou bien pour le personnage s’il est seul).
Vous pourriez par exemple travailler sur les réminiscences que soulèvent la rencontre avec un objet apparemment d’une banalité sans nom.

Le souvenir est ce qui nous distingue et l’émotion est ce qui nous caractérise. Réunissons les deux. L’histoire est elle-même un objet.

D’autres exercices d’écriture suivront dans les prochains articles.

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LES CONSEILS DES AUTEURS

De nombreux auteurs ont donné des conseils plus ou moins judicieux pour écrire. On a tendance d’ailleurs à suivre ceux dont nous admirons déjà le travail.

auteurs Romancière connue pour ses thrillers psychologiques, voici une pensée très intéressante de Patricia Highsmith sur ce que nous pourrions nommer le mouvement.
Pour que l’histoire acquiert cet élan nécessaire et stable qui la mènera assurément jusqu’au dénouement, les auteurs devraient attendre que l’histoire jaillisse d’elle-même dans le cours de son développement et de sa planification.

Pour Patricia Highsmith, c’est un lent processus qu’il ne faut pas hâter parce qu’il s’agit d’un processus émotionnel, une sorte d’achèvement émotionnel qui vous fera dire un jour en vous-mêmes que ce que vous êtes en train de rechercher fera une très bonne histoire à raconter.
Ce n’est seulement que lorsque cette impression vous envahit totalement que les auteurs peuvent alors passer au processus d’écriture proprement dit de leur histoire.

auteursIl faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres.
C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit.
Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période-là de ma première solitude j’avais déjà découvert que c’était écrire qu’il fallait que je fasse. J’en avais déjà été confirmée par Raymond Queneau. Le seul jugement de Raymond Queneau. Cette phrase : « Ne faites rien d’autre dans la vie que ça, écrire.  » écrire, c’était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée.
Marguerite Duras. Écrire
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SCÈNES, CHAPITRES & DAN BROWN

La raison du chapitre

Vous avez planifié votre histoire. Il est temps maintenant d’en écrire les chapitres. La question qui se pose alors à l’auteur est de savoir ce que doit contenir ce chapitre.

Une ligne de conduite est de se fixer un objectif pour ce chapitre. Qu’essayez-vous de dire dans ce chapitre ? Qu’est-ce que ce chapitre essaie d’accomplir ?

Comme Dan Brown nous explique le thriller, il nous donne comme exemple que dans ce chapitre en particulier, je révélerai tel secret ou bien dans ce chapitre, je ferais tué tel personnage.
Ce sera l’une ou l’autre des situations. Chaque situation sera expliquée dans son propre chapitre.

D’où l’intérêt de consacrer le temps qu’il faut à planifier son histoire. Chaque moment important décelé lors de la planification deviendra l’objectif du chapitre censé le décrire.

Quelques lectures sur la planification :

Il est relativement aisé d’écrire un chapitre lorsque vous avez compris ce que vous cherchez à atteindre avec lui. Qu’il soit essentiellement axé sur une description ou qu’il soit chargé de dialogues, ce qui doit se produire dans ce chapitre sera le guide à suivre, ce à quoi il est destiné.

Dans un scénario, on ne dira peut-être pas chapitre. On parlera davantage de scènes. C’est la même chose. Pour écrire une scène ou un chapitre, il suffit de savoir à quoi elle servira.
Peut-être sera t-elle la scène où vous introduirez votre héros. Cette scène sera alors entièrement consacrée à sa présentation.

Ou encore, cette séquence sera celle d’une course-poursuite. Chaque chapitre, scène ou séquence possède sa propre accroche. Et selon Dan Brown, on doit prendre du plaisir à écrire un chapitre ou une scène. Ce qu’il entend par plaisir est que vous devez compliquer les choses.

Par exemple, dans un thriller, lorsqu’un personnage doit être tué, l’assassin pourrait l’attendre sur le pas de sa porte et lui tirer dessus. Trop simple pour Dan Brown. Aucun plaisir à décrire une telle scène.

A contrario, il faut prendre le temps de réaliser cet horrible acte. La victime se sentira menacée. Elle va fuir pour rester en vie. Le tueur la poursuivra. Ce qu’il faut, c’est de tenter de rendre les choses intéressantes et passionnantes pour le lecteur. C’est le divertir. Profitez-en pour explorer les lieux de la poursuite par exemple. Relevez les détails qui dépayseront votre lecteur. Le plaisir qu’il prendra à lire votre chapitre équivaudra celui que vous avez pris à l’écrire.
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LES LIEUX DE L’ACTION DU THRILLER

Le lieu où se déroule l’action doit être pensé comme à un personnage. Une conversation banale dans un lieu donné peut donner quelque chose de totalement passionnant si elle prend place dans un tout autre lieu.

L’information se révèle soudain d’importance moindre tant le lieu attire et retient l’attention du lecteur. Réfléchir aux lieux de votre thriller peut vous donner la clef pour toute votre histoire.

Pour Dan Brown, il est important que les lieux que vous décrivez dans chacune de vos scènes ne soient pas des endroits dans lesquels vous vous forcez à vous rendre.
Plutôt des lieux qui vous intéressent, qui vous plaisent parce que vous y avez vécu ou bien parce que vos rêves ou vos désirs vous y ont emmenés virtuellement.

De nos jours, il est possible de visiter et d’apprécier un endroit sans même s’y être jamais rendu. Vous instillerez ainsi dans votre écriture un enthousiasme communicatif envers votre lecteur.

Non seulement un lieu agit et réagit comme un personnage et les personnages agissent et réagissent aux lieux en retour mais un lieu possède aussi sa propre personnalité. Vous devez utiliser cette individualité dans votre thriller.
C’est un outil dramatique indispensable dans la construction de l’histoire. Non seulement il émanera du lieu une atmosphère particulière mais vous devriez aussi permettre à ce lieu de se révéler lui-même dans la durée de l’histoire.

Pour Origine, sorti en 2017, Dan Brown voulait que cette histoire prenne place au musée Guggenheim de Bilbao, à  la Casa Milà de Barcelone et à la basilique Sagrada Familia.
Mieux encore, Dan Brown a cherché à se rapprocher de Antoni Gaudi (1852-1926), un architecte (donc créateur de lieux nouveaux (la Casa Mila et la crypte de la Sagrada Familia).

Derrière l’œuvre, quelle qu’elle soit, et surtout s’il s’agit d’un lieu, on ne peut ni en ignorer la hantise et les secrets qu’elle recèle jalousement en son sein, ni l’atmosphère qui se dégage d’un certain lieu (par exemple, une forêt sous la neige et le vent glacial) qui participe alors à la structure même de ce qu’il s’y déroule.

Dan Brown explique que lorsqu’il a choisi les lieux pour Origine, il ne savait pas encore ce qu’ils pouvaient apporter à son histoire.
Brown avait une envie de ces lieux et dans son roman, il allait les mettre dans un certain ordre afin de leur donner du sens ou autrement dit une raison d’être ici et maintenant.

Ainsi, cette visite guidée pouvait s’avérer logique, un lieu en appelant un autre. Ou bien encore un lieu peut participer à l’imaginaire, à la symbolique de l’histoire. Le thème développé peut aussi appeler un lieu précis et aucun autre (ou d’autres lieux seraient moins puissants que celui retenu pour les exigences de l’histoire).

Sa façon de concevoir les mondes de ses thrillers en confrontant deux concepts, deux traditions, deux idées dans une apparente dualité (dans Origine, il s’agit des arts et de la technologie) a imposé en quelque sorte la nécessité des lieux que Dan Brown décrit dans ce thriller.

Les lieux permettront de construire le suspense, de susciter l’intérêt du lecteur mais bien plus que cela, ils étayent la structure même du récit.

A la recherche de l’inspiration

Comme la musique, le lieu peut être inspirant. Il peut même vous dire que vous avez besoin de lui pour continuer à développer votre intrigue.
Dan Brown reprend l’exemple de Origine lorsqu’il découvrit à la Sagra Familia cet escalier en colimaçon qui lui inspira l’évidence que quelqu’un avait dû mourir en ce lieu.

Soudain, il lui sembla évident qu’il devait réviser la structure actuelle de son projet en y faisant mourir bien plus tôt que la tradition le préconise un personnage clef du roman.
Et cela a débloqué son intrigue qui s’enlisait dans toutes les promesses et dans toutes les réponses qui ne cessaient de s’accumuler et paralysaient progressivement toute l’intrigue.

Dan Brown insiste cependant sur le fait que de tomber amoureux d’un lieu au point de vouloir le mettre en scène peut vous conduire à faire de votre thriller un guide touristique.
Le lecteur est fasciné par les personnages. Il se délecte à suivre l’intrigue. Ce sont les événements décrits qui le passionne. Les lieux apparaissent secondaires au lecteur.

Pour lever cette réserve qui pourrait vous faire hésiter sur le choix d’un endroit pour y inscrire une action, retenez d’abord des lieux qui soient significatifs pour vous.
Penser l’intrigue pour votre lecteur mais mettez en œuvre des lieux qui vous apportent quelque chose de concret personnellement.

C’est cet enthousiasme à décrire un endroit que vous aimez que vous partagerez avec votre lecteur. Prenez garde seulement à ce que cet aspect passionnel de votre écriture ne fasse ombre à vos personnages.

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DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (118)

Chapitre 29

Storytelling et l’encodage du thème

Lorsqu’il s’agit d’encoder le thème, il faut s’assurer que le lecteur comprenne de quoi parle l’argument sans qu’il soit nécessaire de l’asséner de force dans son esprit ce qui serait une insulte à son intelligence et aussi sans qu’il se sente manipulé (même s’il y a un peu de cela dans l’acte de narrer).

Ce chapitre 29 explore des méthodes pour y parvenir de manière générale et suggère quelques astuces et considérations spécifiques au thème de chacune des lignes dramatiques.

Mais de quoi parlez-vous ?

Sans un thème, une histoire est juste une série d’événements qui se déroulent logiquement et cela n’aboutit à rien de particulier. Le thème est précisément ce qui donne du sens, ce qui comblera le néant d’événements qui ne veulent rien dire ni isolément, ni dans leur succession.

Lorsqu’il est illustré (l’encodage n’est rien d’autre que de donner des images à des idées abstraites, d’employer un langage (des mots, des signes, d’autres images (métaphores, allégories)) pour décrire des phénomènes si vous voulez) le thème n’apporte pas à priori un sens universel.
Plutôt, il décrit une certaine vérité (quelque soit le poids ou l’étendue de celle-ci) relative à une certaine façon de faire concernant une situation particulière.

On peut essayer par induction (remonter d’une conséquence à un principe ou d’un effet à une cause, prendre des faits ou des événements singuliers et en faire des lois, des choses plus générales) vouloir voir dans un thème une certaine universalité mais ce serait peine perdue pour l’auteur.
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