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ÉCRIRE DE TOUT SON ÊTRE

Qui sommes-nous vraiment ? Le savons-nous seulement ? Ou croyons-nous nous connaître ? Au cœur de notre être ou de ce qui est notre âme peut être trouvé notre véritable identité, c’est-à-dire ce qui devrait nous rendre profondément humain : notre compassion qui nous porte vers autrui, nos colères et ce socle fertile qui nourrit nos amours et nos haines.

Pourtant, aux fins de nous intégrer dans le tissu social, notre vie est faite de compromis plus ou moins douloureux dans notre désespérée tentative de recueillir l’approbation des autres, de ne pas être rejeté par eux.

Alors nous cachons notre véritable nature derrière un écran de fumée que nous opposons aux autres. Ce sera notre personæ, c’est-à-dire l’image que nous renvoyons de nous-mêmes par nous-mêmes aux autres (et que nous croyons contrôler).

Nous sommes alors si profondément devenus cette personæ que nous en sommes arrivés à ne plus nous connaître nous-mêmes. En fait, nous nous sommes perdus de vue.

Des passions détournées

L’auteur écrit. Il se sert des mots comme instruments. Incapable cependant d’atteindre sa véritable essence, il emprunte des passions qu’il croit siennes mais qu’il ne fait qu’imiter.
Et pourtant qu’il écrit et qu’il transmet comme sa terrible réalité. Et cela fonctionne et des auteurs peuvent connaître une carrière entière sans jamais connaître leur vraie nature.

Et si nous acceptions nos passions ? Si nous tentions de prendre conscience des forces primordiales de notre psyché ? Seules capables de donner la vie.
Écrire devient alors un effort pour découvrir les limites les plus sombres de notre esprit. C’est un territoire dangereux et inconnu. Et nous pourrions bien nous y perdre car dans cette découverte de notre véritable être, nous pourrions naître en un nouvel individu.

Nous pourrions apprendre que nous sommes quelqu’un de totalement différent. Avons-nous vécu dans le mensonge jusqu’à présent ? Cette mémoire est-elle vraiment nous ?

En découvrant que nous sommes une personne totalement différente de ce que nous pensions, nous pourrions perdre notre famille, nos amis, notre travail, tout ce qui nous lie aux autres.
Nous pourrions perdre le regard de l’autre qui fait que nous sommes qui nous sommes. En nous révélant, en nous apercevant de l’intérieur comme si nous nous observions nous-mêmes, nous pourrions avoir le vertige et perdre notre tranquillité.

Nous n’avons probablement pas besoin d’être pris dans le maelstrom de nos angoisses et exaltations successives pour écrire des histoires intéressantes. Pourtant, un auteur devrait se montrer curieux même si la vérité se fait menaçante.
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DRAMATICA : GENRE, THÈME, PERSONNAGES

Nous avons déjà étudié la théorie narrative Dramatica. Je vous renvoie à son sommaire :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE

Vous pouvez aussi vous référer à cet article pour une première approche :
DRAMATICA : LES ELEMENTS DE STRUCTURE

Nous y avons abordé le concept majeur de Story Mind puisque Dramatica considère que l’esprit d’une histoire est tout à fait comme notre propre esprit lorsqu’il cherche à résoudre les problèmes qui ne manquent jamais de lui survenir.

Tout comme nous, êtres humains bien réels, le Story Mind présente plusieurs aspects. Les différentes facettes d’une histoire sont son genre, son thème, son intrigue et ses personnages.
Le genre serait une approche globale de la personnalité d’une histoire. Il serait un peu comme la première impression que l’on se fait d’une histoire.

Le thème que l’on peut penser en partie comme le message de l’auteur représente les valeurs standards de l’histoire. Et ces valeurs sont vraiment malmenées.

L’intrigue consiste à décrire les méthodes qu’utilisera le Story Mind (et par analogie l’esprit humain) alors qu’il essaie de résoudre ses problèmes.
Et quant aux personnages ?

Admettons que nous sommes tous animés pour agir dans une direction sous des impulsions, des raisons, des intuitions. Nous nous définissons aussi à travers les autres, dans notre relation aux autres. Les personnages deviennent en ce sens des pulsions contradictoires, conflictuelles mais qui font avancer les choses.

Le genre

Pour le lecteur, chaque histoire possède une personnalité qui lui est propre. C’est la première impression que nous nous faisons d’un individu. Nous ne pouvons nous empêcher (et parfois nous luttons contre cette tendance) de classer les personnes que nous rencontrons la première fois dans des catégories générales.

Et pour les histoires, nous agissons de même. Sauf que nous nommons cette catégorie le genre de l’histoire. L’apparence de l’histoire est un critère majeur du choix que nous ferons de décider de lire ou de ne pas lire cette histoire. C’est une décision inaugurale et nous nous fondons sur l’attribut le plus notable que nous percevons d’une histoire pour prendre notre décision.

Il est vrai que la première chose que nous faisons est de nous enquérir du genre d’une histoire avant d’y consacrer un peu de notre précieux temps. Mais qu’est-ce qui nous attire vers un genre ? Peut-être est-ce l’univers, les lieux. Ce peut être aussi le sujet de l’histoire ou plutôt les concepts qu’elle convoque comme une lutte des pouvoirs, des questions de croyances.
On peut être attiré par l’auteur, par son point de vue sur le monde, sur sa manière si personnelle de le décrire. On ne lit pas de la même façon une Margaret Atwood, un Neil Gaiman ou bien un Judd Apatow. Et leur nom désigne déjà (du moins la plupart du temps) le genre que nous aimons lire ou voir. Dans le genre, il y a une atmosphère et une manière de conter les choses.

Le genre classe les choses, il les catégorise. C’est bien dans la nature humaine de donner des étiquettes à tout ce qu’elle connaît. On dit alors par exemple que celui-ci est un Don Juan ou que cette histoire est une histoire d’horreur.
Et on dispense ainsi une information qui peut être très problématique pour les auteurs s’ils ne la maîtrisent pas.

Et puis tout comme dans la vraie vie, il y a des gens qu’on oublie aussitôt et nous faisons de même avec les histoires. Disparues aussitôt rencontrées. D’autres brillent si fort qu’elles brûlent tout leur intérêt en très peu de temps. D’autres encore se sont vues affublées d’une mauvaise première impression pour devenir si familières que hâte et impatience nous étreignent lors de leurs absences.
Et tout cela est en grande partie dû à ce que quelqu’un a à dire et comment il s’y prend pour le dire.

Pourtant l’intérêt du genre est de dépasser cette généralisation qui lui semble si inhérente pour découvrir dans une histoire ce qui l’individualise malgré les traits communs qu’elle partage avec d’autres histoires.
Pour cela, il faut passer un peu de temps avec ce type d’histoires pour connaître ce qu’elle a de spécifique après que nous ayons été attirés par elle.

C’est le genre qui nous fait choisir une histoire (d’où l’idée des conventions à reproduire) mais nous découvrons aussi rapidement que toutes les histoires ont une personnalité qui leur sont propres et qu’en fin de compte, ce qui nous fait rester auprès de l’une d’entre elles est précisément ce que nous apprenons à découvrir chez elle qui la distingue de toutes les autres, du moins à certains égards qui nous préoccupent.
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RECHERCHE DOCUMENTAIRE : CREUSEZ

Que ce soit un scénario pour une fiction ou pour un documentaire, le résultat ne sera bon que s’il fut consacré suffisamment de temps à la recherche sur le sujet au cœur du projet.
Une investigation profonde doit être faite pour accomplir un tel projet.

Comme on devrait le faire dans la vie réelle, il faut aller au-delà des faits, au-delà des apparences, au-delà de ce que les autres nous renvoient.
Alors que doit-on chercher ? Comment savoir ce que nous devons trouver, ce que sera cette connaissance nouvelle dont nous avons la prétention de parler ?

D’abord les faits

S’informer sur l’événement est ce qui d’emblée commence la recherche. Pour une fiction, vous pourriez rencontrer des personnes impliquées dans l’événement et recueillir leur vision des choses. Pour un documentaire, l’interview de ces personnes pourrait venir se greffer dans le résultat et apparaître dans le scénario.

Concernant un projet, la timidité sera une difficulté. Aller à la rencontre de ceux qui ont vécu l’événement ou bien qui se sont déjà procurés la documentation, donc qui possède une certaine expertise sur le sujet en tant que témoin ou autorité, ne peut être qu’une démarche payante pour vous.

Vous cherchez à obtenir une idée de ce que vous allez écrire dans votre scénario. Recevez sans préjugés et sans juger ce que les autres ont à vous dire sur le sujet qui vous passionne actuellement même si les réponses qu’ils donnent à vos questions sont blessantes.

Ensuite le détail

Le détail, en fait, l’analyse des faits, vous procurera probablement une certaine originalité. Tout a déjà été dit et écrit. Présenter les choses différemment, c’est prendre un risque. Un auteur, néanmoins, doit s’engager dans son projet.

La recherche du détail devient alors un moyen de se distinguer, de prendre le risque de se mettre en porte-à-faux. Mais pas immédiatement. Car un bon scénario, qu’il soit de fiction ou documentaire, n’affirmera rien sans avoir exposé au préalable les deux aspects contradictoires qui constitueront la teneur de son message.

Ce que l’on raconte à travers les faits, c’est la vie. Que le projet soit documentaire ou de fiction, il est peuplé d’êtres vivants. Une caractéristique humaine, en particulier, doit retenir notre attention. C’est notre capacité à nous rapporter à autrui, à nous découvrir dans l’autre.

Connaître le détail, c’est approfondir les relations qui unissent les gens. Ce sera dans la description de ces relations qu’un auteur pourra atteindre le cœur de son projet.
Voyez, vous êtes dorénavant dans le domaine émotionnel. Parce qu’il vous faut toucher le cœur de vos lecteurs. Le détail perçu par le regard d’autrui a forcément une valeur émotionnelle.

Prenez conscience aussi de vos propres émotions face aux faits. On ne peut pas toujours vivre les événements qui nous préoccupent mais nous pouvons néanmoins les expérimenter par une personne interposée.
Les impressions des sens peuvent être largement compensées par le travail de deux esprits qui, pour un temps seulement, tenteront de fusionner,

Parfois un peu de lumière peut suinter de l’opacité.

L’importance du passé dans la recherche

Remonter aux origines permet de comprendre une multitude de points obscurs qui resteraient dans l’ombre autrement. Comprendre, par exemple, un sentiment de culpabilité consiste essentiellement à se saisir des détails passés qui ont mené à ce sentiment.
Même si vous ne souhaitez pas utiliser ce passé dans votre scénario, il vous faut l’avoir saisi si vous voulez parler en connaissance de causes. Si tant est qu’il y ait des causes. Fruit du hasard ou de l’imprévu ou répondant à un dessein qui nous dépasse, le présent s’explique en grande partie par ce qui l’a précédé.

Vous ne pourrez probablement pas constitué votre message sans comprendre les racines de ce devenir. Évolution, destin, changement, dynamisme… tant de mots pour décrire un mouvement incessant en lequel les notions distinctes de passé, présent et futur n’ont plus de sens.
Tout est confondu en ce mouvement. On remonte le passé et on anticipe le futur. On acquiert des connaissances et on formule des hypothèses.

Les informations liées

Il serait étonnant que de se pencher sur un sujet ne donne pas aussi accès à d’autres informations utiles à la valeur du scénario. Ce type d’informations ne sera pas une digression mais participera davantage à mettre en place les aspects contradictoires.
Des sortes d’intrigues secondaires qui viendraient expliquer l’intrigue principale en donnant soit des exemples qui abondent dans le sens du message, soit qui le contredisent.

C’est de la dialectique de ces approches contraires voire absurdes que sera constitué la teneur du message que vous entendez faire passer.

Prenez garde cependant à ne pas vous laisser submerger par trop d’informations. Votre recherche est sur la qualité de l’information, sur sa pertinence avec votre discours.
Les possibilités à explorer en détail sont presque infinies. Mais c’est ainsi que votre liberté s’exprimera. Par les choix que vous allez devoir faire en conservant certaines informations et probablement douloureusement en décidant d’en éliminer d’autres.

Et en espérant que celles que vous garderez ajouteront vraiment de la valeur à votre scénario.

documentairePLANIFIER SON DOCUMENTAIRE

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SURPRENDRE LE LECTEUR

Tout comme la vie réelle, la vie de nos personnages de fiction est pleine de surprises. Jouer à surprendre son lecteur peut être efficace. Probablement moins utile que le suspense (véritablement nécessaire), il n’en reste pas moins que chercher à étonner son lecteur de temps en temps au long de l’intrigue pourrait renouveler l’intérêt que ce lecteur porte à l’histoire.

L’expérience de la surprise

Qu’est-ce qu’une surprise ? C’est la montée en charge de l’adrénaline pour le lecteur. Soudainement, une scène provoquera une réaction physique ET émotionnelle.
Ce genre d’expérience est très éprouvant. Parce qu’elle est puissante. Pendant un instant (d’ailleurs très subjectif), on ne peut penser à rien d’autre. Notre attention est toute concentrée à comprendre ce qu’il vient de se passer.

Toutes les intrigues quel que soit leur genre profite lorsqu’il y a une espèce de compte à rebours qui s’égrène inexorablement. Le lecteur est ainsi préparé à un certain résultat. C’est comme cela que l’on construit du suspense. Et c’est comme cela que le lecteur accepte de voir le héros sauver la situation. Le suspense créé tout au long de l’intrigue rend légitime les actions du protagoniste.

La différence entre suspense et surprise est la durée. Le suspense se construit sur l’accumulation. Il faut préparer le lecteur. Cela demande un processus.
La surprise intervient brutalement. C’est comme cela que fonctionne le Jump scare. L’auteur introduit dans la scène un événement brutal, étonnant, qui n’ajoute rien de particulier à la signification de la scène en question et dont l’intention est seulement de surprendre le lecteur à ce moment précis de l’histoire.

Le suspense se forme sur l’anticipation parce que le lecteur est parfaitement informé des tenants et aboutissants actuellement en jeu. Et c’est pour cela qu’il est facile de le prendre à contre-pied de ses attentes (c’est un élément de surprise aussi mais différent de l’effet de surprise).

Alors que quelque chose d’inattendu, cela se produit comme un éclatement. Dans la surprise, on ne montre pas au lecteur la mèche se consumant lentement.
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SUSPENSE : UNE NATURE HUMAINE NUANCÉE

Admettons que nos perceptions sans vouloir nous tromper ne nous rendent pas néanmoins la vérité des faits.
L’image (ou du moins lorsque les mots du scénario sont devenus des images) participe à l’illusion. L’histoire contée règle la perception que le lecteur doit avoir d’elle. C’est ainsi qu’elle parsème tout au long de son déroulement des fausses pistes, des diversions, des leurres afin de biaiser à son bénéfice le lecteur.

Les choses ne sont pas ce qu’elles sont

Pour créer du suspense, l’auteur met en place des informations comme autant d’indices trompeurs. Car il faut amener le lecteur à croire à une certaine situation. C’est une astuce narrative qui n’est pas significative du message que tente de communiquer le lecteur. Sa finalité est de maintenir l’attention du lecteur en posant encore une question dramatique.
Les choses sont-elles vraiment comme cela, se demande le lecteur qui est alors curieux de vérifier par lui-même ce qu’il se cache sous le jeu des apparences.

Et la question restera irrésolue tant qu’elle servira les exigences de l’histoire. Et cette question peut porter sur n’importe quelle information quel que soit le genre de votre histoire.
Dans une comédie, on peut vouloir amener le lecteur à croire que ce garçon est attiré par l’héroïne pour détourner son attention du véritable amoureux dont ni l’héroïne, ni le lecteur ne connaît l’identité de celui (ou peut-être de celle) qui lui envoie des messages si enflammés.

Dans un thriller, le motif serait le même sauf que cette fois les indices désigneraient un coupable qui ne prouvera son innocence qu’au moment le plus opportun de l’intrigue.
Ces indices trompeurs aident à prolonger le mystère et le suspense qui sont nécessairement au cœur de toute histoire.

Il n’est cependant pas évident de placer des informations sans que le lecteur ne se doute qu’on cherche à le tromper. Et l’inverse est aussi vrai. L’auteur doit pouvoir s’assurer que l’information qu’il donne est perçue comme il l’entend par son lecteur.

La fausse piste est donc un excellent moyen d’ajouter de la complexité non seulement à l’intrigue mais aussi à la caractérisation de ses personnages. Dans les thrillers qui fonctionnent essentiellement sur le suspense, l’auteur possède un véritable pouvoir sur son lecteur. Par le choix de ses mots, l’auteur peint l’innocent avec les couleurs de la culpabilité. Il convainc son lecteur de la culpabilité d’un innocent et autorise le véritable coupable à jouir d’une liberté imméritée. Cela fait réfléchir sur la moralité mise en jeu à travers les personnages.
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