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MYTHES & ARCHÉTYPES

Ce que nous appelons mythes fut un effort pour expliquer le monde et ses phénomènes parfois transitoires. Notre imagination a opéré tant bien que mal un lien entre notre monde intérieur et le monde extérieur, un peu comme si nous tentions d’assembler les pièces d’un puzzle.

Lorsque les images ainsi formées donnèrent un peu de sens dans les deux mondes à la fois, elles furent alors conservées et étendues de manière à former toute une diversité de cosmologies en apparence différentes mais, sous un œil attentif, aux nombreux éléments communs.

La création des mythes est l’aboutissement d’un questionnement. Les mythes aidèrent les hommes et les femmes de notre monde à se rapprocher de leur réalité, à donner du sens au quotidien.
D’abord transmis oralement de génération en génération, ils furent ensuite écrits. Certains mythes oraux ont d’ailleurs probablement disparus entre le moment de leur oralité et leur éventuelle transcription sur un quelconque support.

L’évolution des mythes

Il semble que les mythes soient soumis eux aussi aux lois de l’évolution, que les plus forts d’entre eux aient survécu. Ceux qui sont devenus des croyances ont été renforcés au fur et à mesure que l’expérience humaine comblait ses lacunes.
Et d’autres ont été oubliés peut-être parce qu’ils ne faisaient pas assez la lumière sur nos conduites à tenir ou sur notre conscience morale.

Certains éléments ou thèmes sont apparues très tôt parce qu’ils relevaient de ce que les êtres primitifs observaient de leur environnement. Mais les rêves leur fit prendre conscience que quelque chose existait hors de notre portée, hors du monde que nos corps habitaient. Ainsi, des mythes décrivirent des mondes d’au-delà nos sens.

On se souvenait des êtres disparus comme s’ils étaient encore à nos côtés. Alors des mythes racontèrent ce qu’il advenait de nos ancêtres après qu’ils soient devenus poussière.

D’autres mythes racontèrent comment l’enfant devenait adulte, d’autres encore explicitaient les destinées agréables ou malheureuses des êtres bénis ou maudits.

La cité terrestre et son fardeau souleva de nombreuses questions. Le ciel au-dessus de nos têtes tout autant. Les mouvements du soleil, de la lune et des étoiles et leurs qualités si singulières firent l’objet de mythes en guise d’explications.

Et le mystère qui sollicitait toutes ses interrogations se présenta enfin en force : d’où tout cela pouvait-il bien venir ?

Y a t-il eu un commencement ? Et si cela est vrai, qu’est-ce qui en fut la première cause, le principe ? De quelle femme est né le premier enfant ? Et d’où venait-elle ? Et quel est cet homme dont la première semence permit cet enfant ? D’où venait cet homme ?

D’où vient cette lumière qui illumine nos matins ?

C’est à ce défi que répondirent les mythes. Il faut l’avouer certains d’entre eux le firent avec une telle force et conviction qu’ils assurèrent leur pérennité pendant des siècles. Certains d’entre eux sont encore parmi nous. Et certes, certains mythes ont aussi prévu la fin des temps.
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CAMPBELL : LES PROFONDEURS DU TEMPS

En 1959, Joseph Campbell publie The Masks of God : Primitive Mythology. Une œuvre qui devait permettre d’établir une science expliquant et démontrant qu’il existait non pas une multitude de mythes aussi divers que différents les uns des autres (et surtout sans aucun rapport) mais qu’il s’agissait plutôt d’une mythologie avec des lois (d’où l’intérêt d’en faire une science) démontrant une histoire spirituelle de l’humanité.

Cette histoire spirituelle remonterait à des temps immémoriaux.

Joseph Campbell a du s’expliquer sur certains thèmes qu’il utilisait en particulier ceux relatifs aux questions de race. D’abord, Campbell a dit s’être fondé sur la culture indo-aryenne qui s’est elle-même ethniquement désignée aryens ou Arya par les Indo-Iraniens.

Joseph Campbell s’est inspiré de cette culture car historiquement, elle connut une très large distribution mondiale. La polémique autour de ce terme de race employé par Campbell est relative aux références qu’il fait à Arthur de Gobineau, à Houston Steward Chamberlain entre autres qui définirent des catégories raciales à la funeste destinée.

Campbell n’a vraiment retenu que cette dispersion très ancienne (et c’est cela la chose qui compte) de cette ethnie Indo-Iranienne. Et il s’est lui-même enthousiasmé de cette constellation d’individus très productive, philosophiquement mâture qui a profondément marqué l’histoire de la civilisation.

Donc la notion de race chez Campbell suppose une profondeur temporelle qui sert son propos qui se constitue autour de la notion de l’individu répondant de manière instinctive selon des tendances innées modelées d’après sa race lorsque cet individu reçoit des signaux spécifiques de son environnement ou de sa propre espèce (chaque espèce animale possède ainsi des tendances innées).

Le temps : un puits sans fond

Joseph Campbell aimait citer Thomas Mann. Il le cite pour traduire l’image que les fondations de l’humanité, son histoire et sa culture, s’avèrent impénétrables.
Plus nous cherchons à sonder les profondeurs du temps, et plus celles-ci semblent s’enfoncer davantage.

Comme si notre finitude (dont nous ne devons pas avoir honte) ne nous autorisait pas à apercevoir l’infini.

Campbell est un chercheur. Et il s’interroge sur les origines des mythes et des rituels. Une approche serait d’explorer les aspects psychologiques de la question. Peut-on déceler une structure ou bien des tendances ? Joseph Campbell insiste sur la primauté psychosomatique (à la fois le corps et l’esprit) avant de s’intéresser aux preuves archéologiques et ethniques.

Selon lui, ces preuves archéologiques et ethniques devraient permettre de découvrir ces modèles de l’idéation mythologique originelle dont notre imaginaire collectif (Campbell apprécie les travaux de Jung) s’est largement imprégné.

L’histoire de l’humanité ne se limite pas à celle des civilisations. Il faut appréhender les traces d’avant les civilisations pour comprendre par exemple une danse rituelle.
Et se demander si cette danse rituelle qui appartient en propre à une communauté n’aurait pas laissé des tendances innées pour répondre aux signes de son environnement et de sa propre race (d’où la polémique inutile).

Pour Joseph Campbell, la mythologie est une science qui doit être exhaustive des expériences humaines autant primitives, qu’historiques et modernes. La mythologie primitive (puisque c’est elle qui est concernée par ce volume de la série de Masks of God) ne peut être la protase d’un sujet plus vaste et plus important qu’elle ne ferait qu’introduire.

La mythologie primitive même si elle s’avère insaisissable constitue la fondation. Nous ne pourrons jamais l’embrasser dans sa totalité. Pour Shakespeare, le temps est un abîme enténébré. Et comme il fallait bien que Campbell pénètre cette mythologie dont il souhaitait faire une science, il a d’abord posé l’aspect racial pour trouver des indices des plus profonds secrets des cultures autant orientales qu’occidentales.
Ces indices lui ont alors permis de révéler nos aspirations individuelles, nos comportements stéréotypées et nos peurs les plus obsédantes.

Des hypothèses

Certes, Joseph Campbell emploie volontiers le terme de science. Pourtant, il sait les limites de son sujet d’étude et nuance son discours en avertissant que ses recherches ne sont que des hypothèses.

Ces hypothèses serviront à pointer vers des sources qui révéleront alors peut-être quelques vérités.

Dans l’histoire de l’humanité, la pensée mythique s’est très tôt emparée des hommes. Elle fut d’une importance capitale dans la vie des femmes et des hommes et d’un point de vue individuel autant que collectif. Cette pensée concerne l’être humain des temps primitifs comme celui des temps les plus modernes.

Pour Campbell, bien que l’être humain ait évolué, qu’il soit devenu mâture au fil du temps, un certain souvenir s’est maintenu au fil des âges. C’est ce souvenir que Campbell s’est proposé de rencontrer.

SCÉNARIO MODÈLE : DO THE RIGHT THING

Scénario

 

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LE VÉRITABLE DRAGON EST EN VOUS

Notre ego qui nous retient est le dragon qui est en nous. Pour Joseph Campbell, nul dragon ne réside à l’extérieur.

Qu’est-ce que l’ego ?
C’est ce que nous voulons, ce que nous croyons, ce que nous faisons, ce que nous pensons aimer… tout ce qui fait que nous sommes apparemment qui nous sommes.
L’ego pourrait être une illusion si nous sommes pris dans les rets du mensonge pour assouvir nos besoins (dont on a parfois même pas conscience).

Ce que nous considérons comme le but de notre vie pourrait nous clouer au sol. Si nous obéissons aveuglément à notre environnement pourrait tout aussi bien nous paralyser.

Carl Gustav Jung disait que nous consacrions la première moitié de notre vie à se forger un ego solide et la seconde moitié à s’en débarrasser. Pour Joseph Campbell (mais c’est universellement reconnu), notre ego est ce dragon intérieur contre lequel il est urgent de lutter.

La grande aventure de l’âme

Tuer le dragon ou se débarrasser de son ego est la grande aventure que nous devrions tous faire. En quoi cela consiste t-il ? Cela signifie de se mettre en quête de son bonheur, de le trouver et de le suivre. Si vous aimez votre travail et qu’il vous apporte personnellement et dans votre rapport aux autres une vraie satisfaction, ce sera votre bonheur à vous.

Il est si navrant de se dire que jamais nous ne pourrions être comme cet autre que nous admirons. Pourtant, c’est votre ego qui parle ainsi en vous. Si vous souhaitez devenir écrivain, et que vous ne vous en croyez pas capable, ce n’est pas vous qui parlez ainsi, mais votre dragon en vous, votre ego.

Le héros des mythes et légendes n’est pas différent de nous. Sauver le monde, c’est nous sauver nous-mêmes. On ne change pas le monde par la barbarie. Le monde vit parce que nous vivons en lui. Si nous y vivons bien, nous serons un modèle à suivre pour les autres.

Tuer le dragon pour que jaillisse la lumière n’est certainement pas une chose facile à faire. Nous ne sommes certes pas obligés de nous y préparer seuls mais tout comme le héros de nos aventures, il y aura nous et notre dragon au bout du chemin. Ce sera une lutte à mort pour franchir un seuil nouveau.

Un lieu de repos

Les bouddhistes ont le nirvana, les chrétiens parlent de paix. Ce lieu n’est pas un lieu dont on peut saisir et comprendre ce qui le caractérise. C’est davantage un centre, un état d’esprit. Nos vies sont conditionnées (c’est le samsara des bouddhistes).

Nos désirs, nos peurs, notre rapport à la société conditionnent nos vies. Ce conditionnement nous éloigne de notre centre, nous entraîne dans le tourbillon d’une agitation tumultueuse, d’une tourmente selon Joseph Campbell.
Or ce centre est précisément ce lieu abstrait mais pourtant facilement reconnaissable d’où devraient naître nos actions.

Le héros mythique ou légendaire est comme le Bouddha. Il ne nous montre pas l’illumination mais le moyen d’y parvenir. Il ne vous montre pas une vérité mais vous incite à trouver la vérité qui est en vous, votre vérité.

La peur que vous éprouvez (même s’il semble que nous partagions parfois des peurs semblables), est votre peur. Vous êtes seul à pouvoir vous en débarrasser. Des conseils peuvent être donnés mais ils ne sont que des directions à prendre comme un phare dans la nuit qui vous prévient de vous tenir à l’écart.

D’AUTRES OUTILS DU SUSPENSE

Suspense

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LES PERSONNAGES : CE QU’ILS NOUS CACHENT

Ce que nous cachent les personnages, c’est ce que le texte ne nous dit pas clairement. Comme si les mots servaient à masquer une signification obscure. Il y a une tension qui se crée entre ce qui est révélé et ce qui ne l’est pas.

Lorsque nous croyons que quelqu’un nous cachent quelque chose, on ne peut s’empêcher de lui prêter plus d’attention que d’accoutumée. Ce n’est pas de la curiosité. C’est simplement le pouvoir des secrets.

Pandore et Psyché nous rappellent à tout instant que cette apparente curiosité est une caractéristique bien trop humaine pour pouvoir lui résister.

Un besoin irrésistible de savoir

Un obstacle barre le chemin des personnages ? Ils ne s’empresseront pas de s’en détourner. A contrario, il leur faut savoir ce que recèle la suite du voyage par ce chemin-ci et non ce détour.
On dit que la honte est un puissant sentiment. Il suffit de voir les agissements du méchant de l’histoire qui insiste tant dans sa voie par la réminiscence inflexible de la honte de sa défaite contre le héros.

Surtout, la honte est employée assez souvent par les auteurs pour que leurs personnages cachent certaines choses. Et cette honte n’est pas toujours justifiée.
Pour les personnages de fiction tout comme nous dans la vie de tous les jours, les secrets pointent vers quelque chose qui nous est arrivé et que nous ne pouvons oublier ni partager.

Mais pourquoi les secrets ? Parce que ce qui intéresse les autres, ce sont les choses qui vous sont arrivées. Et surtout, si elles furent terribles.

Les personnæ des personnages  (l’image de nous que nous donnons en public souvent loin de la vérité de notre être) s’expliquent selon ce qu’ils croient de l’attente des autres envers eux.
Ils adoptent donc une attitude, un comportement, une posture qui leur permet de s’étendre jusqu’à certaines limites au-delà desquelles ils ne seraient plus acceptés ni aimés.

Les limites sont imposées par le secret. Le secret représente ce que nous craignons, si jamais il devait être exposé, qu’il détruirait notre position sociale au sein de la famille, des amis, de nos collègues, de la communauté.

Souvent, cette peur est hors de proportion parce que très subjective. Évidemment que cela sert les intérêts de l’auteur d’avoir à portée de plume l’existence d’une telle chose.
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CAMPBELL : ÊTRE À L’ÉCOUTE DE SOI

Pour Joseph Campbell, il est important d’être à l’écoute des exigences de sa propre vie spirituelle et des pensées de son cœur, de ses passions.
Il ne porte aucun jugement sur aucune croyance en disant cela. Il dit simplement que s’être constitué une vie rangée comme réglée, c’est se décentrer en regard du simple fait d’exister.

Selon Campbell, le monde est rempli de personnes qui ont cessé de s’écouter. Le danger d’intégrer un système, d’obéir à ses exigences sans esprit critique est contraire à la nature humaine.
Il serait dans l’essence de l’être humain non pas tant de désobéir mais plutôt de ne pas se soumettre, d’accepter en soi cette possibilité de dissidence.

Un esprit créatif

Un esprit créatif ne peut être compris que comme s’exprimant hors de limites imposées. La création tout comme l’acte héroïque porte en germe un besoin de révolte.

Puisque c’est la nature humaine qui est concernée, nous serions tous capables d’être des héros. Certes, nos vies actuelles reflètent apparemment qui nous sommes. Nous pouvons si nous le voulions nous mettre non pas tant en situation de péril mais en des circonstances qui pourraient évoquer ce qu’il y a de plus grand en nous plutôt que de montrer dans notre quotidien ce qu’il y a de plus bas.

Joseph Campbell aime à raconter cette histoire. Il s’agit d’une légende iroquoise que l’on retrouve néanmoins assez souvent dans les mythes et légendes amérindiens. Campbell la nomme : Le refus des prétendants.

Il était une jeune fille très jolie qui vivait avec sa mère à la limite du village. Elle était assez fière et son orgueil lui faisait détourner le regard des garçons qui tentait vainement de l’atteindre par sa mère. Cette pauvre mère était bien ennuyée du comportement de sa fille envers les garçons.

Un jour que la mère et la fille ramassaient du bois dans la forêt, une terrible obscurité les enveloppa, Ce n’était pas la nuit qui tombait. Une telle obscurité ne pouvait être que l’œuvre d’un magicien.

La mère dit alors à la fille qu’elles allaient se construire un wigwam ici à l’aide des écorces des arbres et faire un feu avec un peu de bois.

Plus tard, la mère s’endormit.

Alors un magnifique guerrier, très glorieux, apparut. Il dit à la jeune fille : Je suis venu pour t’épouser et j’attendrai ta réponse.

La jeune fille accepta. La mère donna sa bénédiction. Pour prouver le sérieux de ses propos, le guerrier glorieux remis en cadeau à la mère la ceinture de wampum qu’il portait à la taille.

La jeune fille avait accepté parce que pour elle les simples êtres humains n’étaient pas assez dignes de son amour. Avec ce guerrier si particulier, c’était autre chose.
Le guerrier l’emmena dans son village et la présenta aux autres membres de sa famille. Tout semblait aller pour le mieux.

Le lendemain, le guerrier lui dit : Je pars chasser.

Et lorsque se referma la toile qui protégeait l’entrée du wigwan, la jeune fille entendit cet étrange bruit.
Elle passa la journée enfermée dans la hutte. Le soir venu, elle entendit de nouveau cet étrange bruit.

La toile s’ouvrit brusquement et apparut un prodigieux serpent avec sa langue qui dardait. Il posa sa tête sur les genoux de la jeune fille et lui dit : Maintenant, débarrasses-moi des poux qui sont sur ma tête.

La jeune fille s’exécuta. Elle trouva une foultitude d’horribles choses sur la tête du serpent et elle les tua toutes. Un moment plus tard, le serpent se retira. Et la toile se referma sur le wigwan.

Un moment après, la toile s’ouvrit de nouveau et laissa le passage au glorieux guerrier. Il dit à la jeune fille : As-tu eu peur de moi sous ma précédente forme ?
Et la jeune fille lui répondit que non. Sincèrement, elle n’avait pas eu peur.

Le jour suivant, le guerrier partit chasser et la jeune fille s’en alla dans la forêt pour ramasser du bois. Elle y rencontra un énorme serpent se prélassant sur les rochers. Puis un second, puis un troisième, une foule de ses bêtes.

Le découragement se saisit d’elle. Et elle en vint à regretter son foyer d’antan.
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