Archives par mot-clé : Antagoniste

AARON SORKIN : LE PERSONNAGE

Aaron Sorkin estime qu’un personnage naît de l’intention qui l’anime dans l’histoire et partant, de l’obstacle majeur qu’il devra confronter pour mener à bien cette intention qui est sienne.

La force antagoniste ne peut être insignifiante. Elle est quelque chose de supérieur et d’hostile envers le personnage principal. Gardez en tête qu’il existe de nombreuses nuances d’hostilité. Cette dernière sera différente s’il s’agit d’une comédie ou d’un thriller par exemple.

Mais pour Aaron Sorkin, le principal atout de l’opposition est que le protagoniste mettra en place une stratégie pour tenter de dépasser cet antagonisme.

Dans la définition d’un protagoniste, il est une qualité nécessaire : sa proactivité. Le protagoniste n’est pas un être passif. Au début de l’intrigue, il peut lui arriver de subir les événements si cela aide à esquisser sa personnalité. Mais très vite cependant, il devra prendre les choses en main et apporter une réponse à ce qu’il lui arrive.
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AARON SORKIN : INTENTION ET OBSTACLES

Pour Aaron Sorkin (auteur de The Social Network, Steve Jobs…), tant qu’une intention n’est pas clairement introduite, l’histoire n’a pas réellement commencé.

Intention et Obstacles

Pour Aaron Sorkin, c’est en ayant en tête une intention et au moins un obstacle qu’on obtient une matière dramatique peut-être encore brute et informe mais suffisante pour écrire une fiction. L’intention, c’est quelque chose que l’on veut vraiment (c’est un désir que l’on ne se contente plus de rêver, c’est un besoin à satisfaire).

Cette volonté fondamentale d’obtenir quelque chose est contrariée par un obstacle. Quelque chose ou quelqu’un se mettra en travers de notre chemin pour nous empêcher de réaliser ce à quoi nous tenons pourtant tant.

Ce qui interférera sur notre volonté ne peut être quelque chose de bénin. Un personnage rencontrera de nombreux obstacles au cours de l’intrigue. Il tentera de les surmonter ou de les contourner.
Les premiers obstacles seront assez faciles (donnant au personnage une confiance qui se retournera contre lui).

Mais il doit y avoir une tribulation qui en tous points dépasse le personnage qui devra l’affronter. C’est de la dynamique entre une volonté incoercible et une force antagoniste puissante que l’intrigue acquière ce mouvement qui la propulse vers l’avant.
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LA STRUCTURE DU SCÉNARIO ET ARISTOTE

Dans le chapitre XVI (Des quatre formes de la reconnaissance), au paragraphe V de La Poétique, Aristote critique Iphigénie chez les Tauri d’Euripide en regrettant que l’auteur s’épanche sur ses propres sentiments plutôt que de répondre à ce qu’exige l’histoire, c’est-à-dire un assemblage organique (liés par exemple par un rapport de causalité) d’incidents qui, en formant un tout, structure l’histoire.

… mais Oreste, lui, dit ce que lui fait dire le poète, et non la fable…

Une fiction dramatique cherche à communiquer une certaine vérité à propos de la condition humaine. Mais comment y parvient-elle ?
Pour Aristote, l’action est primordiale (même au détriment des personnages, ce que je ne recommande pas vraiment mais vous verrez qu’Aristote est loin de mépriser les personnages).

Nous jugeons les autres par ce qu’ils ont accompli (et eux font de même nous concernant). En quoi consiste cette action dont parle Aristote ? Elle se formule très simplement : le personnage principal (dénommé aussi le protagoniste lorsqu’il n’est pas nécessaire de distinguer le personnage principal du protagoniste) a un objectif.
Ce but est comme un objet de désir (donc un manque) que le personnage principal va s’efforcer de toute son âme et de tout son corps de réaliser.

Le héros (selon la théorie narrative Dramatica, le héros est le personnage qui est à la fois personnage principal et protagoniste) est le seul maître d’œuvre de l’action, c’est-à-dire qu’il fera tout ce qui est possible (même au-delà du possible ce qui le mènera à un grave moment de crise personnelle) pour réaliser cette mission qu’il s’est fixé.
Dans Les dents de la mer, le chef Brody doit tuer le requin. C’est l’idée sur laquelle toute l’histoire va se fonder.

Le point le plus important, c’est la constitution des faits, car la tragédie est une imitation non des hommes, mais des actions, de la vie, du bonheur et du malheur ; et en effet, le bonheur, le malheur, réside dans une action, et la fin est une action, non une qualité.
CHAPITRE VI: Définition de la tragédie. – Détermination des parties dont elle se compose. – Importance relative de ces parties. Paragraphe XI

C’est par rapport aux mœurs que les hommes ont telle ou telle dualité, mais c’est par rapport aux actions qu’ils sont heureux ou malheureux. Aussi ce n’est pas dans le but d’imiter les mœurs que (les poètes tragiques) agissent, mais ils montrent implicitement les mœurs de leurs personnages au moyen des actions ; de sorte que ce sont les faits et la fable qui constituent la fin de la tragédie ; or la fin est tout ce qu’il y a de plus important.
CHAPITRE VI: Définition de la tragédie. – Détermination des parties dont elle se compose. – Importance relative de ces parties. Paragraphe XII

Ajoutons que les parties de la fable les plus propres à faire que la tragédie entraîne les âmes, ce sont les péripéties et les reconnaissances.
CHAPITRE VI: Définition de la tragédie. – Détermination des parties dont elle se compose. – Importance relative de ces parties. Paragraphe XVI
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UNE PRÉMISSE PLUS QU’UNE IDÉE

On commence avec une idée. Ce peut être l’envie d’écrire une Love Story ou bien encore vouloir dénoncer une injustice. Dans ce dernier cas, par exemple, l’idée possède de manière naturelle une étendue que ne possède pas, par exemple, la Love Story parce que celle-ci est bien trop générique pour contenir implicitement bien plus qu’une histoire mais une puissance dramatique.

L’idée deviendra concept. Concrètement, devant la page blanche, qu’est-ce que cela signifie ? C’est le récit d’une ligne dramatique (la théorie narrative Dramatica en dénombre quatre) qui se déploie devant nous par l’arc dramatique d’un personnage qui est d’une certaine manière au début de l’histoire et qui finit celle-ci autrement.
Nous sommes les témoins de cette transfiguration en temps réel (du moins le temps fictif mis en œuvre par l’histoire).
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PERSONNAGES : UN TOUT

Un auteur a souvent l’intuition de ce qu’il doit écrire. Mais lorsqu’il sait qu’il existe une structure, un processus de développement et un modèle pour conter son histoire et que tout cela ne ruine en rien son propre processus créatif, nul doute qu’il doit se sentir bien rassuré.
Savoir planifier son histoire la rend bien plus puissante.

Et dans la préparation de l’histoire, une étape dont l’histoire profitera avec le plus grand bénéfice est le soin apporté à la création des personnages qui la peupleront. A la limite, je me demande même s’ils ne sont pas plus importants que l’intrigue parce que sans eux, point d’intrigue… point de conflit… Point d’histoire.
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