Séquence

SÉQUENCE : ACCROCHE.. ACCROCHE !

Le lecteur est un être malicieux qui ne se laissera pas facilement attraper dans les rets de votre histoire. Il va vous falloir le ferrer si vous voulez le plonger dans vos eaux fictionnelles.
N’espérez pas que l’attrait seul de votre histoire suffira à retenir votre lecteur ou bien à lui faire passer le cap des dix premières pages de votre scénario.

Mais comment accroche-t-on un lecteur ? En piquant sa curiosité. Mais comment pique-t-on sa curiosité ? Il faut faire en sorte qu’il se pose une question. Une accroche n’est rien d’autre qu’une question. D’abord, une question d’ordre général : Mais que va-t-il se passer maintenant ? Mais le lecteur ne se pose pas cette question en ces exacts termes.
Le lecteur se formule une question dont les termes dépendent des circonstances qui lui sont présentées. Dans Jurassic Parc, on se demande quel est ce monstre qui vient de tuer un homme. On veut en savoir plus. D’où vient le monstre ? Que faisait cet homme ?

Même un univers qui ne répond pas à notre sens commun, au lieu de nous repousser va nous attirer en ses entrailles parce que notre nature humaine est ainsi faite que si nous la flattons, elle se réveillera et se montrera curieuse.

La séquence d’ouverture pose la question inaugurale

Explicite ou implicite, la question posée dans la séquence d’ouverture doit interpeller le lecteur qui ne sait pas encore de quoi il s’agit et qui a hâte d’en savoir plus pour connaître la réponse. On garde en tête que nous ne parviendrons pas à retenir l’attention de notre lecteur s’il ne parvient pas à formuler une question spécifique. Le lecteur est à la recherche de réponses précises.

Il ne suffit pas qu’il se demande : Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ? Si vous commencez l’histoire avec un homme dans son lit d’agonie et qui prononce Que dieu me pardonne, nous réussirons à capter l’attention du lecteur parce que la question qui se soulève immédiatement dans son esprit est : Mais pourquoi a t-il besoin que Dieu lui pardonne ? Et le lecteur se mettra en quête de cette réponse.

Et il n’est pas nécessaire de le faire patienter jusqu’à la fin de l’histoire pour lui donner la réponse. La séquence qui suit peut donner les clefs de l’énigme tant qu’elle-même posera une nouvelle question. Il faut donner des raisons au lecteur pour qu’il continue à tourner les pages.

Je pense qu’il faut considérer l’accroche, cette question dramatique et inaugurale que doit se poser le lecteur, comme une exigence de l’histoire. Cette accroche en devient structurelle. Si elle manque, l’histoire sera bancale et l’auteur perdra du temps à tenter d’y retenir son lecteur.

Quelques astuces pour bien débuter son histoire

En règle générale, le premier acte ne devrait pas contenir d’informations liés aux passés des personnages, à ce qu’il s’est passé avant l’histoire. Ce passé qui se révélera probablement primordial pour l’intrigue va plomber l’histoire s’il arrive trop tôt dans celle-ci.
En somme, c’est comme dans la vie réelle. On cherche d’abord à découvrir son interlocuteur, sa personnalité, avant de s’enquérir de ce qu’il s’est passé dans sa vie.

Les personnalités qui peuplent l’histoire sont certainement les vecteurs par lesquels le lecteur peut communiquer avec l’histoire. Non seulement, les individus mais peut-être surtout les relations qui existent entre eux. Tout se résume aux personnages. Dès la séquence d’ouverture, le protagoniste doit être introduit. Si vous avez prévu un prologue, il n’est pas utile que le protagoniste y soit présent.
Néanmoins, il doit apparaître dès la première scène afin de permettre au lecteur de s’amarrer à ce personnage. Si vous n’y parvenez pas, votre histoire manquera d’intensité. Elle manquera de cette matière dramatique dont le lecteur a besoin. Et ce n’est pas en la remplissant par de l’action pure (l’action pour l’action) que vous comblerez cette carence dramatique.

Dès le premier acte, on doit comprendre quel sera le type de menace (il y a différents degrés de menace comme par exemple ne pas être accepté lors d’une demande d’emploi ou de ne pas retrouver les clefs de sa voiture alors qu’un rendez-vous important nous attend).
Le conflit est l’essence du drame. Il apparaîtra dans le premier acte (parfois dans le prologue) ou bien encore au moment de l’incident déclencheur ou bien alors cet incident sera bénin mais néanmoins le lecteur pourra se douter que les conséquences en seront conflictuelles.
Le conflit est une racine dramatique. Enraciné dès le premier acte, il sera une incitation à en connaître davantage, à savoir comment les choses  vont tourner pour le personnage principal. D’où l’importance pour l’auteur d’avoir bien compris qui était son personnage principal.

Le mouvement est la vie.

Vous l’avez compris, la séquence d’ouverture est vitale pour que votre scénario passe les 10 premières pages en vue d’un éventuel investisseur pour porter à l’écran le projet filmique qu’il contient.
Cette séquence d’ouverture forme la première impression que l’on se fait sur l’histoire et sur l’auteur.

Elle est aussi cruciale pour immerger le lecteur immédiatement dans le monde fictif que l’histoire dépeint. En somme, la séquence d’ouverture devrait être un teaser.
Qu’est-ce qu’un teaser ? C’est un moment, une scène ou bien toute une séquence dont la finalité est d’accrocher le lecteur pour provoquer sa curiosité ou bien si celle-ci est un peu trop abstraite, le teaser consiste à mettre en place du conflit. Que ce soit de la curiosité ou bien un conflit potentiel, dans les deux cas, le lecteur en veut plus.

Un exemple de teaser réussi serait celui de Memento :

Progressivement, nous réalisons que ce que nous sommes en train d’observer est inversé. Nous remontons le temps, le mouvement est inversé. Et bien qu’on ne comprenne pas ce qu’il se passe, cela soulève tellement de questions que nous sommes forcés pour répondre à l’excitation de notre curiosité de nous engager dans l’histoire afin de la satisfaire.

Fight club est un autre exemple de séquence d’ouverture en forme de teaser :

Cette scène se saisit immédiatement de notre attention. Nous sommes pris dans le mouvement de l’image. Lorsqu’on écrit un scénario, ce ne sont pas des mots que l’on couche sur le papier mais des images en mouvement. Et cette puissance de vie qui émane de ce que nous observons met en branle notre curiosité.
Inconsciemment peut-être, nous nous demandons qui est ce Tyler Durden. Et ces questions que nous nous posons, lorsqu’à la lecture d’un scénario nous reconstruisons dans notre imagination les images véhiculées par les mots, interpellent aussitôt notre intérêt et certes, nous éprouvons déjà un plaisir à quémander des réponses.

La séquence d’ouverture peut aussi amener le thème. L’abstraction projetée dans les images peut alors être suffisamment perçante pour que la signification cachée soit révélée. Dans Des hommes d’honneur, il s’agit de souligner l’unité d’hommes soudés dans un honneur qui peut expliquer l’omerta que doit affronter Kaffee.

La réalité physique du monde de l’histoire

On peut parfois hésiter à se lancer dans une description du monde dès la séquence d’ouverture. Après tout, c’est dans les didascalies que se racontent l’histoire. Néanmoins, une description précise et succincte de l’environnement dessinera dans l’esprit du lecteur un espace limité et spécifique qui favorisera son enracinement dans l’univers fictif (du moins dans la corporalité de cet univers). Le lecteur est impliqué malgré lui et peut être entraîné à vouloir en découvrir davantage.

Si votre histoire s’y prête, vous pourriez même lancer la séquence d’ouverture sur l’exposition d’un dilemme qui préoccupe le personnage principal. Comme cette exposition exige que les circonstances (ou conditions) du dilemme soient représentées, quelques bribes de description du monde viennent naturellement s’ajouter aux didascalies.

La technique de l’Establishing shot peut aussi fonctionner. C’est un plan d’ensemble qui établit le contexte de la scène. Cet Establishing shot indique le où et le quand (l’espace-temps) dans lequel la scène va prendre place. Bien écrit, cela peut prendre une ligne ou deux dans les didascalies.

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VeroMezo
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Bonjour, je ne vois pas les vidéos…