Intrigue

PLOTTO : MÉTHODE DE SUGGESTIONS D’INTRIGUE

Cet article traite des situations conflictuelles 1373 à 1384 catégorisées par William Wallace Cook dans le sous-groupe du mystère.

Pour Cook, le mystère n’est pas vraiment l’irruption du surnaturel dans le quotidien d’un être. Ce peut l’être, certes. Mais c’est surtout quelque chose qui va créer une rupture dans la banalité, dans les habitudes comme un engagement ou une recherche spirituels.

Le mystère chez Cook sera la plupart du temps expliqué ou du moins une tentative d’explication rationnelle sera faite. Un mystère sera d’abord une énigme (qui peut être métaphysique) que le héros de l’histoire aura en charge de résoudre.

La liste des situations conflictuelles se trouve ici :
PLOTTO : MÉTHODE DE SUGGESTIONS D’INTRIGUE

Groupe : Activité & Vie sociale
Sous-groupe : Le mystère

Proposition B
13, Chercher à sortir d’une situation difficile en faisant preuve d’une certaine intelligence d’esprit.

Situation : 1373
Préquelles possibles :1027 – Chronologiquement [1418a suivie de 1433b]

A est prêt à vendre son âme contre une richesse inépuisable

Séquelles possibles : 1354a – 1357

Note : Cette suggestion permet de nuancer ce que William Wallace Cook entend par une certaine intelligence d’esprit de la proposition B. Comme à son habitude, ce peut être positif. Il a donc fallu que le personnage fasse preuve d’une vraie présence d’esprit, d’intelligence pour se sortir de la situation désastreuse dans laquelle l’avait jeté l’auteur.
Ce peut être aussi comme présentement une réponse urgente et immédiate que le personnage pense appropriée à sa situation actuelle.

Le comportement d’un personnage, ses réactions aux événements ne sont pas forcément instinctifs. Tout n’est pas réaction de fuite, par exemple, devant la menace. Souvent, on réfléchit à sa situation. Et cette réflexion se fonde sur notre mémoire (souvenirs et vécus), sur nos expériences passées et nous appliquons alors la réplique que nous croyons la plus adaptée.

Cela peut fonctionner partiellement car, par définition, nous ne pouvons connaître tous les événements qui adviennent dans nos vies. Certains d’entre eux offrent un caractère de nouveauté dont nous n’avons pas l’expérience.

La réaction sera alors inadaptée ce qui crée du conflit, et partant, un matériau dramatique. Cook reprend le thème du pacte avec le diable pour illustrer cette idée.

Situation : 1374
Préquelles possibles : 475 – 720 – 857 – 1064

  • La fragilité de la personnalité de A le condamne à l’échec
  • * A prend l’initiative de confronter sa plus grande peur **

Séquelles possibles : 853 – 1418b

Note : Dans le première possibilité , le personnage devra exorciser ses propres démons afin de sortir de la spirale de la faillite qu’il nourrit lui-même de ses propres peurs.
Par exemple, un manque de confiance en soi serait la cause de l’insuccès des projets du personnage. Il lui faut donc prendre conscience de ce qui l’effraie, de ce qui le paralyse. Cet effort douloureux peut être ou non mené à son terme, selon l’intention de l’auteur.

Dans la seconde alternative, la décision de A de prendre un risque n’est pas le fruit d’un pari irraisonné. Les circonstances vont amener A à opter pour cette solution. Il y sera contraint à cause des événements qu’il vient de vivre. Par exemple, un personnage est conscient de sa lâcheté et il s’en accommode. Quelqu’un qu’il aime est alors assassiné. A fera alors le choix de venger l’être aimé.

Situation : 1375
Préquelles possibles : 53 – 475 – 732 – 853 – 855

A trouve en lui-même la force qu’il lui manquait pour mener à bien un certain projet

Séquelles possibles : 1141 – 1365 – 1366

Note : A est las de son attitude de lâcheté, de refus, de rejet, d’inaction, de crainte… Enfin de tout ce qui le paralyse et le plonge profondément dans la dépression.
C’est au cœur de l’un de ses moments de crise (puisque A est conscient de l’état de son âme) qu’il trouvera en lui ce qui existait déjà mais qu’il ne savait pas comment mettre en œuvre : le courage.

Tout y est dans cette prémisse : un protagoniste (A), un ennemi (lui-même) et un objectif.

Situation : 1376
Préquelles possibles : 485 – 598 – 820 – 822 – (1098…*) – 1161 – 1209b

  • A infiltre un gang (représenté par A-5 et ses sbires) afin de les prendre en flagrant délit
  • * A a pour mission de mettre au jour des malversations. Il doit garder le secret et son entourage se méprend sur les véritables intentions de A **

Séquelles possibles : 635 – 658 – 854

Note : Le mystère se situe ici dans l’imposture de A. On peut d’ailleurs laisser le doute dans l’esprit du lecteur en ne révélant les véritables intentions de A qu’au cours du second acte comme un rebondissement, un tournant majeur de l’intrigue.

On peut être aussi clair sur les intentions de A dès le début de l’histoire et aborder des thèmes comme la corruption, par exemple. Traiter la dénonciation est un sujet délicat. Néanmoins, des approches comme celles de Sidney Lumet sont très éclairantes sur les vices de nos sociétés.

Situation : 1377a
Préquelles possibles : Chronologiquement [1141 puis (1377b si l’on change A par A-2)] – (1384 si l’on change B par A) – 1400 – (1405 si l’on change A-4 par A-5)

  • A cherche à récupérer X, un objet appartenant à A-2 et que celui-ci s’est fait voler
  • * A rencontre A-5 qui a volé X à A-2. Mais A-5 prétend que X n’appartient pas à A-2 mais à lui-même **

Séquelles possibles : 724 – 1425 – 1427b

Note : Une interrogation est immédiatement soulevée qui paralyse la pensée : pourquoi A se sent-il obligé de se mettre lui-même à la recherche de X ? Puisque l’objet appartient à A-2 (et que c’est lui qui l’a perdu), il semble logique que A-2 devrait prendre les choses en main pour lui-même.

Pour justifier l’action de A, il me semble qu’il devrait être ballotté entre son incompréhension de la situation (tout comme nous le sommes) et son amitié envers A-2 qui le contraint à s’engager dans cette aventure dont il sait qu’elle est risquée.
Est-ce que la curiosité de A serait un levier plus puissant pour le décider à agir ? Cela est faible dramatiquement.

Peut-être que je devrais réfléchir à l’essentielle vérité de cette prémisse. Quelle est cette notion d’essentielle vérité ? C’est la raison d’être.
Ce n’est pas tant une question de hiérarchie entre l’existence et la nature d’une chose. Il y a une situation et j’ai besoin de comprendre ce qui justifie sa présence. Cela s’applique aussi bien à la scène, à une attitude, à un dialogue ou encore à l’ordonnancement des circonstances…. Voire même à ce qui justifie l’existence d’un personnage.

Ce qui ressort, c’est le vol de X.
A-2 est le propriétaire actuel mais comment se l’est-il procuré ? Ce sont précisément ces modalités d’acquisition qui explique le vol. A-2 ne peut pas le récupérer lui-même parce qu’il ne peut pas expliquer comment il est entré en sa possession ou parce que se mettre à la recherche de l’objet dévoilerait une identité qui doit rester secrète.

A-2 va se servir alors de l’estime de A pour lui demander de récupérer l’objet au nom de leur amitié. Voilà l’idée qui va fonder l’intrigue.

La seconde alternative donne une profondeur nouvelle à l’antagoniste A-5. Il semblerait, d’après ses dires, qu’il n’a agi que par simple justice, qu’il n’a fait qu’exercer son droit.
C’est un rebondissement d’autant plus inattendu que Cook le désigne distinctement comme l’adversaire de A.

Situation : 1377b
Préquelles possibles : 1380 – Chronologiquement [1380 puis 114] – Chronologiquement [1075a puis 1380]

A est un être timide, effacé et qui ne connaît décidément pas le succès dans sa vie. B décide que cela doit changer et s’emploie à le faire

Séquelles possibles : 1075b – 1098 – 1104 – 1354b

Note : Pourquoi une telle prémisse dans le sous-groupe mystère ? William Wallace Cook contourne le problème en introduisant un objet mystérieusement chargé d’une aura bénéfique pour celui qui le porte. Je pense que cela dégrade un peu le potentiel pour cette suggestion.

L’idée serait que A tombé dans la débine depuis trop longtemps pour croire que la fortune lui sourira un jour rencontre une B qui sera touchée par son cœur et qui, malgré lui, lui ouvrira de nouveaux horizons (cela fait en tout cas un arc dramatique possible).

Sauf que l’on est davantage dans la romance que dans le mystère. On pourrait tout de même introduire celui-ci dans un lourd secret que A emporte avec lui et que B devra découvrir.
Si elle parvient à le lui faire dire, peut-être que A sera sauvé de lui-même.

Situation : 1378
Préquelles possibles : 681b – 1327 – 1329

  • Il y a déjà longtemps que A a été mystérieusement porté disparu
    [C’est magique de faire de l’absence une présence avérée. Du début au dénouement, on parle de A, on cherche à résoudre le mystère de sa disparition, on croit l’atteindre pour s’apercevoir que la place est vide. A se reconnaît surtout aux empreintes qu’il laisse derrière lui]
  • * Le père de A, F-A, n’a jamais cessé de chercher son fils mystérieusement porté disparu depuis tant d’années **

Séquelles possibles : (698 si l’on change A par F-A et CH par A) – (1212b si l’on change A par A-4 et A-8 par F-A)

Groupe : Activité & Vie sociale
Sous-groupe : Le mystère

Proposition B
54, Se retrouver dans des complications déconcertantes qui ont à voir avec un objet possédant apparemment de mystérieux pouvoirs.

Situation : 1379
Préquelles possibles : (259 – 3]) – 555b

  • A risque sa vie au quotidien par goût de l’aventure
  • * A se lance à la poursuite d’un étrange objet dont on lui a révélé l’existence **

Séquelles possibles : 691 – 693

Note : Il faut tenter de percevoir le potentiel conflictuel d’une situation. C’est ce qui la rend dramatique. Dans nos vies, nous passons de choses en choses ou nous disons des choses, mais cela ne donne pas une histoire à raconter.
Si l’on introduit le conflit au cœur d’une situation (même si ce désaccord, cette disharmonie n’existent pas dans la réalité), nous créons de la fiction, nous faisons de la situation (banale à priori) un drame.

Dans la suggestion proposée par William Wallace Cook, nous pouvons considérer que le danger est un habitus chez le personnage. Les risques qu’il prend au quotidien (ou bien que la communauté à laquelle il appartient est habituée à vivre au quotidien) font partie de la norme.

Cependant, si quelque chose vient perturber la routine, une opposition, une résistance, une volonté de maintenir les choses (qui sera remplacée par une autre volonté après l’incident déclencheur lorsque le personnage prendra son problème à bras le corps), émergeront.

Quel est cet objet aux mystérieux pouvoirs de la proposition B ? Cela désigne quelque chose qui affecte le personnage de l’extérieur. Il n’a pas de problème intime à résoudre. Il mène une vie dangereuse et il est en parfaite entente avec la mort qu’il provoque chaque jour.
Que pourrait-il se passer qui viendrait bouleverser les habitudes du personnage ? Forcément un événement déclencheur et pourquoi pas une rencontre (la rencontre est souvent utilisée comme initiatrice d’une intrigue à venir).

J’écarte la romance parce que cela resitue la problématique sur le plan intérieur. En effet, découvrant l’amour, le héros pourrait ne pas vouloir le perdre et en profiter le plus possible.
D’où un conflit entre sa profession, par exemple de pompier ou d’agent secret, qui pourrait ou non mettre un terme à cette idylle naissante.

Peut-être faudrait-il déplacer le problème sur le fait que son profil ne correspond plus à cette aventure. Par exemple, il est trop âgé pour continuer à prendre ce type de risque et il serait congédié. Évidemment, tout son effort portera sur le refus d’être catégorisé et il voudra faire la preuve qu’il n’est pas encore fini.

Indirectement, en fait, on en revient toujours au personnage. Qu’est-ce qui le pousse dans la seconde prémisse à prendre des risques pour un étrange objet ? Considérons The Man of the high castle (Le maître du Haut-Château) de Philip K. Dick, du moins l’adaptation qui en a été faite pour la série.
Joe poursuit les bobines de film. C’est son personnage, il est donné ainsi même si l’introduction ne laisse pas immédiatement deviné ce qui le motive réellement.

Juliana est jetée dans l’histoire par sa demi-sœur. Juliana n’a rien demandé et pourtant, quelque chose qu’elle ne s’explique pas (le besoin de savoir) va lui faire prendre tous les risques.

Situation : 1380
Préquelles possibles : 7a – 1377b

X est un étrange objet qui a le pouvoir de changer le monde en bien ou en mal

Séquelles possibles : 8a – 1134 – 1330 – 1343 – 1352 – 1354b – 1360

Note : Avec une telle suggestion, on voit aussitôt une difficulté. Quelle peut être l’idée directrice ? Cette idée est ce qui permet l’action. Lorsque nous écrivons une prémisse, l’action est précisément dénotée par un verbe d’action.

Par exemple, un personnage se lance à la poursuite de quelque chose. L’idée directrice ou motrice, ou en d’autres termes la raison d’être de toute l’histoire, c’est l’idée de l’histoire.
Cela ne signifie pas que nous allons négliger nos personnages. Bien au contraire, ceux-ci seront animés ou motivés par cette idée singulière que l’auteur a décidé de mettre en avant.

Pour Aristote, cette action doit être plus grande que la vie et plus grande que les personnages qui participe de cette action. On pourrait croire qu’ils passent après l’action et si l’on n’y prend garde, cela peut arriver.
Ce dont j »ai besoin avec cette situation 1380, c’est un personnage qui va prendre en charge l’action. On le nomme habituellement le protagoniste, celui qui fait avancer l’intrigue.

Cook nous donne un objet qui a un immense pouvoir. Il est capable de changer le monde. Mais l’homme est l’artisan de sa propre destinée (pour ceux qui acceptent cela).

Le protagoniste de cette histoire aura donc la lourde responsabilité (et avec un enjeu qui ne l’est pas moins) de récupérer cet objet avant qu’il ne tombe entre les mauvaises mains (l’antagoniste qui n’est pas forcément un adversaire de mon héros mais plutôt quelqu’un qui doit le prendre de vitesse).

Situation : 1381
Préquelles possibles : 562 – (1211 si l’on change A par A-5) – 1387 – 1389a ou b

  • A doit justifier ce qu’il possède (représenté par X) et il est bien en peine de le faire
  • * A est confronté à des événements qu’il ne peut s’expliquer **

Séquelles possibles : 1400 – 1424a – 1435

Note : Les propositions formulées par Cook ne donneront pas toutes lieu à une intrigue. Beaucoup d’entre elles peuvent s’insérer dans un comportement afin de résoudre une scène, par exemple.
Dans la première alternative, les circonstances ont fait que A s’est retrouvé en possession d’un objet et il doit rendre des comptes sur cette acquisition.

Par exemple, il pourrait vouloir aider un ami à se débarrasser d’une arme (qui ne peut légitimement le faire lui-même) et être surpris avec cette arme.
Entre des événements où l’arme est impliquée et A, un rapprochement est aussitôt fait.

Quant à la seconde alternative, elle est la définition même du fantastique. Maintenant, l’auteur peut vouloir donner au moment du climax une explication rationnelle pour élucider une machination par exemple.

Situation : 1382a
Préquelles possibles : 789 – (980…*) – 985 – 1343 – 1369

  • A se retrouve par hasard en possession de quelque chose que d’autres veulent absolument récupérer quels que soient les moyens utilisés
  • * A ne veut pas céder même contre un très bon prix quelque chose dont il a hérité **

Séquelles possibles : (867 si l’on transpose A et A-2) – (980 *…**) – 1367a

Note : L’intervention du hasard (et l’héritage de la seconde alternative rentre dans cette catégorie) indique que cet événement est déclencheur d’une intrigue possible.
Ce qui veut dire que l’intrigue est dépendante de cet incident déclencheur. Gardez en tête aussi que le lecteur/spectateur n’admet des événements fortuits ou inexplicables qu’au moment de cet incident déclencheur.

Les coïncidences sont habituellement mal venues au cours de l’intrigue.

Situation : 1382b
Préquelles possibles : (1384 si l’on change B par A) – 1401 – 1400

  • A achète un objet dans un cabinet de curiosités mais ne s’attend pas aux implications de cet achat
  • * A a acheté un objet dans un cabinet de curiosités parce qu’il le trouvait beau. En examinant son acquisition, A découvre un secret surprenant **

Séquelles possibles : 729 – (1144 si l’on change A par A-5) – 803b

Note : Sans l’incident déclencheur, pas d’intrigue. Que ce soit une coïncidence (le personnage passe devant la vitrine d’un antiquaire et son regard est attiré par un objet, presque comme une pulsion) ou bien qu’il s’agisse de sa volonté (il veut faire un cadeau), l’événement déclencheur va mettre en branle toute une série d’incidents. Il est en quelque sorte la cause première de l’intrigue.

Situation : 1383
Préquelles possibles : 1389b – 1427b

A est dans une rue bondée. Se frayant un chemin parmi la foule, il tombe par hasard sur une femme BX qui lui met dans les mains un objet et disparaît aussitôt comme elle est apparue

Séquelles possibles : 541 – 561 – 1343 – 1367a

Situation : 1384
Préquelles possibles : (739 si l’on change B par B-8) – (1293c si l’on change B par B-8 et A par A-8) – 1440

  • B achète un objet X chez un antiquaire ou une boutique d’objets d’occasion ou encore dans une vente aux enchères
  • * Après avoir acheté un objet X chez un antiquaire, une boutique d’occasions ou une vente aux enchères, B est surprise par les offres insistantes qu’on lui propose contre cet objet X apparemment sans véritable valeur **

Séquelles possibles : 1444 – 586 – (1044b si l’on change A par B et A-2 par B-2)

Le prochain article concernera l’étude des situations conflictuelles 1385 à 1398.

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