Intrigue

PLOTTO : MÉTHODE DE SUGGESTIONS D’INTRIGUE

Le sous-groupe des idéaux que nous avons étudié précédemment consiste pour les personnages à trouver un équilibre entre une exigence morale (instituée principalement par les conventions de la communauté à laquelle ils appartiennent) et leurs aspirations individuelles. Un équilibre pas si évident que cela à trouver car la passion est souvent dévorante ou bien le personnage se réfère à des valeurs strictes qui oblitèrent même jusqu’à sa volonté.
Le trait est certes un peu poussé (mais il doit souvent l’être en fiction pour que celle-ci existe justement) mais nous ne nous éloignons guerre de la réalité dont toute œuvre fictive est une copie (même les comédies sont des copies certes exagérées de nos vies bien réelles).

Avec les situations 979 à 996 (pour commencer), abordons dès cet article un nouveau sous-groupe : les obligations.

Pour la liste des situations, je vous renvoie à :
PLOTTO, MÉTHODE DE SUGGESTIONS D’INTRIGUE

Groupe : Activité & Vie sociale
Sous-groupe : Les obligations

Proposition B
21, Se retrouver en situation difficile à cause d’une erreur de jugement ou un mauvais choix.

Situation : 979
Préquelles possibles : Chronologiquement [747 puis 606] – 769 – 898

  • A, sans intention de mal faire ou de nuire, a convaincu certaines personnes d’investir dans un projet qui s’est avéré ruineux
    [Et bien sûr, A ne pourra pas rembourser lorsqu’on lui demandera des comptes et partant, du conflit en perspective]
  • * A a mené certaines personnes à investir dans un projet (personnel probablement) qui s’est avéré ruineux. Mais A est quelqu’un qui a de l’honneur et qui ne peut accepter de tourner la page sans avoir réparé les torts qu’il a causés même si apparemment, les autres lui ont pardonné **

Séquelles possibles : 610 – 635 – 1148b

Note : William Wallace Cook utilise une somme d’argent pour concrétiser en fait le thème de cette situation qui est la confiance perdue. La première possibilité semble plus légère au niveau du ton, plus propice à la comédie mais gardons en tête que la comédie a toujours été une voie royale pour dénoncer des vérités souvent difficiles à entendre.

Situation : 980
Préquelles possibles : Chronologiquement [(1382a si l’on change A par A-4) suivie de 985] – 718b

  • A s’est engagé personnellement a assumé une obligation. Mais les choses ne tournent pas comme il le pensait
    [A cherche probablement à se prouver quelque chose à lui-même mais cette obligation qu’il contracte le dépasse littéralement. Pourra t-il ravaler sa fierté ? Ou bien cette intrigue se résume t-elle pour A à comprendre (et c’est en cela que se situerait son arc dramatique) que l’hubris n’est décidément pas un guide moral ?]
  • * Par dissimulation et ruse, A parvient à transférer une dangereuse obligation qu’il a lui-même contractée, à A-8, un personnage qu’il ne connaît pas **

Séquelles possibles : (608 si l’on change A par A-8) – (623 si l’on change A par A-8) – (709 si l’on change A par A-8 et A-2 par A) – 1161 si l’on change A par A-8)

Note : La seconde possibilité ne fait pas l’apologie de la lâcheté. Au contraire, elle tend à démontrer la nécessité de faire face à ses obligations car vivre, c’est accepter tout un ensemble de responsabilités. Pour être heureux (donc pour un dénouement heureux de cette intrigue), A devra changer sa manière de vivre.

Situation : 981
Préquelles possibles : (830 si l’on transpose A et A-2) – 865

A-2, l’ami de A, lui a rendu un vrai service. A se sent dans l’obligation morale d’accorder à A-2 tout ce que celui-ci pourrait lui demander en retour. Mais disant cela, A pense selon ce qui est en son pouvoir mais A-2 va lui demander quelque chose qui dépasse manifestement les aptitudes de A
[Et dans sa tentative de bien faire pour remercier son ami, A va aller de Charybde en Scylla et ce qui s’avère fascinant dans cette intrigue est que les nouvelles expériences de A (qu’il ne saura d’abord gérer) lui permettront de découvrir sur lui-même certaines vérités (et celles-ci porteront le message de l’auteur]

Séquelles possibles : 601 – 836 – 838

Situation : 982a
Préquelles possibles : (611a si l’on change A par NW) – (999 si l’on transpose A et A-2)

A accepte de prendre en main NW, un adolescent difficile ou en grande difficulté

Séquelles possibles : 658 – (701 si l’on change A-2 par NW) – (812b si l’on change A par NW et F-B par A)

Note : William Wallace Cook avait introduit dans cette intrigue la présence de A-2, un ami de A et un parent de NW. A-2 ayant abandonné l’idée de sauver NW de sa sombre destinée, c’est A qui prendra en charge l’adolescent.
Nous devons assumer notre responsabilité face à la jeunesse et lorsqu’il y a problème, la solution n’est pas de redresser un adolescent comme s’il était la seule source de ce problème. La complexité de la situation se situe au niveau de notre relation avec cet adolescent. Pour que l’ado change, il faut que nous remettions en cause notre rapport à lui.

C’est en cela que l’approche entre A et A-2 diffère. Un très bon exemple est la série Pause-café créée par Georges Coulonges.

Situation : 982b
Préquelles possibles : (193…*) – 926

A, célibataire endurci et qui entend bien le rester, accepte de prendre en charge l’enfant CH de sa sœur SR-A pendant le déplacement professionnel de celle-ci

Séquelles possibles : 609 – (193 *…**) – (639 si l’on change A par CH)

Situation : 983
Préquelles possibles : (433b si l’on change A par A-8 et A-3 par A) – (1251…*)

  • A a besoin que A-8 lui soit redevable et il va manœuvrer ce dernier dans ce sens
    [Cook a mis un homme dans cette intrigue mais ce n’est pas exclusif. Et pour preuve, Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent présente un trait de caractère correspondant à cette situation.
    Ce qui me permet de rappeler que les propositions de William Wallace Cook peuvent se combiner et que plusieurs d’entre elles peuvent participer à l’élaboration dramatique (lieux, création de personnages, agencement d’événements…) pour former une seule histoire]
  • * A-2 est endetté. A lui propose alors de lui régler ses dettes en échange d’un service **

Séquelles possibles : (313 si l’on change F-B par A-8, A par A-2 et A-3 par A) – (380 si l’on change A par A-8 et A-3 par A) – (1251 *…**)

Note : La morale est sérieusement mise à mal avec cette situation 983 puisque A n’hésitera pas à corrompre autrui pour servir ses besoins personnels. Les motivations de A pour agir ainsi ne sont pas seulement critiquables. Un auteur pourrait vouloir tenter de justifier son personnage en expliquant pourquoi il serait contraint d’un tel comportement.
Nous sommes tous en situation. Notre conduite dépend des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. Nous changeons les circonstances ou bien elles sont autres par une action extérieure et nous changeons notre conduite. Nous nous adaptons.

Certaines urgences peuvent nous inciter à mal agir mais ce jugement des autres si réprobateur ne doit pas nous culpabiliser. Il est si facile de jeter l’opprobre alors que l’on n’a pas soi-même le courage de refuser certains conformismes par crainte d’entacher notre réputation c’est-à-dire le regard des autres sur nous. Ce qui importe néanmoins, c’est le reflet que la vie nous renvoie lorsque l’on n’agit pas en conformité avec ce que les autres attendent de nous.

Situation : 984
Préquelles possibles : (1001b…*)

A et B se sont profondément aimés il y a longtemps. La vie les a éloignés l’un de l’autre. A apprend que B est morte. Malgré que A soit quelqu’un qui ne sort pratiquement jamais de chez lui, il va devoir entreprendre un long voyage pour lui rendre un dernier hommage

Séquelles possibles : (1001b *…**) – 1019 – 1044a – Chronologiquement [(1001b…*) suivie de (1041 si l’on change A par U)

Note : L’interprétation de cette situation qui fut assez difficile m’a mené à faire un road-movie de cette intrigue. Il va falloir combiner les pérégrinations de A avec des séquences de souvenir non seulement pour expliquer la nature de la relation entre B et lui mais aussi pour permettre à A de comprendre le gâchis de sa vie et de tenter de trouver une certaine joie pour finir celle-ci.

Situation : 985
Préquelles possibles : [(793b…*) si l’on change A-2 par A-4)] – 805 – (809 si l’on change A-5 par A-4)

Les difficultés pour A ont commencé lorsqu’il a obligeamment accepté de prendre en charge un certain objet [Voir la situation [(1382b…*) si l’on change A par A-4] que A-4 (qu’il ne connaît pas) lui a confié pour le remettre en un certain lieu

Séquelles possibles : 608 – 1438b – (793 *…**)

Note : Avec cette situation, William Wallace Cook précise ce qu’il entend par obligation. Il peut s’agir non seulement d’une obligation morale mais c’est surtout l’engagement d’un personnage qui constitue la contrainte que le personnage en question s’impose à lui-même.

Situation : 986
Préquelles possibles : 16a – 1258 – 1293a – 1293b – 1309b – Chronologiquement [(403 si l’on change A par A-8) suivie par (468 si l’on change A par A-8)]

  • A, un officier de police, a arrêté B. Il doit ramener B sur les lieux du crime pour une reconstitution
  • * B est libérée pour bonne conduite **

Séquelles possibles : 363a – 359

Note : La première possibilité a déjà été mise en intrigue par William Wallace Cook (autre sous-groupe et autre proposition B). Pour donner un sens à cette suggestion présente, il faut la replacer dans le sous-groupe actuel et selon la proposition B qui lui donne une certaine matière dramatique.

Nous avons donc d’un côté une obligation (qu’elle soit extérieure ou bien volontaire), de l’autre une erreur de jugement ou un mauvais choix.
Maintenant, nous avons deux personnages : une femme et un homme. Posons l’hypothèse que les deux attributs dramatiques (l’obligation et l’erreur de jugement) soit attribués à l’un et à l’autre des personnages. La question est : qui sera dans l’obligation et qui sera dans l’erreur ?

A est un officier de police contraint, parce que cela est ce qu’on attend de lui, de ramener B sur les lieux du crime dont elle est suspectée (car elle n’est pas encore condamnée ce qui signifie que sa culpabilité n’est pas déjà reconnue).
A fortiori, B a fait de mauvais choix puisque les circonstances la désignent comme la criminelle. Alors A, par quelque alchimie relationnelle, se serait laissé persuadé par le désespoir de B qui proclame son innocence. Son objectif sera donc de prouver celle-ci.

Il y a effectivement une matière dramatique que l’on peut malaxer. Maintenant, inversons les attributs. B s’est retrouvée dans une série d’événements auxquels elle n’a pu résister et dont le résultat est le crime dont elle est accusée. A s’est saisi de l’affaire et conformément à la proposition B, il est convaincu de la culpabilité de B. Mais il fait erreur.

Maintenant, la situation est un peu plus complexe (et la complexité est une bonne chose en fiction tant qu’elle reste lisible ou intelligible pour le lecteur). Selon cette approche, il nous est plus facile de nous interroger sur les fonctions des personnages dans cette histoire et c’est une très bonne chose. Qui, de A ou de B, sera le personnage principal ?

Admettons le principe que le personnage principal (avec lequel le lecteur s’identifiera par empathie) est celui qui doit connaître un changement au cours de l’intrigue. Et celui qui doit changer son point de vue est A.
Que B soit coupable ou innocente n’est pas encore d’actualité à ce moment de la réflexion. A sera notre personnage principal et il sera influencé par B.

Toute l’intrigue consistera alors pour A à réunir les preuves qui innocenteront B et ce ne sera pas facile puisque tout a été organisé pour faire croire à la responsabilité de B dans ce crime. Il y parviendra (on suppose qu’il réussit son objectif puisque dans son activité, on considère que le succès est une bonne chose) et B sera libre.
Maintenant, le dénouement. Un auteur pourrait vouloir prendre à contre-pied son lecteur car s’étant acharné tout au long de son histoire à démonter la cabale à l’encontre de B, A connaîtrait comme une sorte d’illumination qu’il est lui-même tombé dans le piège qu’une B machiavélique a monté de toutes pièces pour manipuler A et le forcer à fabriquer des preuves pour l’innocenter.

La seconde possibilité est encore plus énigmatique lorsqu’on tente de la rapporter au sous-groupe et à la proposition B. Ce qui est intéressant avec les suggestions de Cook, c’est que les auteurs peuvent s’emparer d’une même proposition et en tirer autant de possibilités d’histoires qu’il existe d’auteurs. Je vais donc tenter ma propre interprétation.
B a été emprisonnée pour un crime qu’elle n’a pas commis. L’espoir de sa bonne conduite est effectivement une libération anticipée. Dès qu’elle a recouvrée sa liberté, elle se mettra en quête de la vérité. Elle aurait pu choisir de tout oublier et de refaire sa vie. Mais une force intime l’a poussé à prendre le risque de succomber de nouveau dans le piège qui lui fut tendu.

Groupe : Activité & Vie sociale
Sous-groupe : Les obligations

Proposition B
38, Commettre une grave erreur et chercher secrètement à en oublier les conséquences désastreuses.

Situation : 987
Préquelles possibles : 1319a – 1214

  • A se sent responsable de la situation désastreuse et dangereuse dans laquelle se trouve son ami A-2. A fera donc le nécessaire pour réparer le mal qu’il pense avoir commis et sauver A-2 d’un danger imminent
    [Si l’on se conforme à la proposition B, A agira dans l’ombre]
  • * A est indirectement responsable du danger qui menace son ami A-2 et dont A-2 est totalement ignorant. Le problème est que A ne peut dire à A-2 à la fois ce qui le menace et pourquoi il est menacé **

Séquelles possibles : 867 – 1227a

Note : L’oubli des conséquences mentionné par la proposition B peut concerner le personnage qui tire ainsi un trait sur son passé ou bien cela consistera à dissiper le malaise qu’une responsabilité supposée fait peser sur les épaules du personnage lorsqu’il tentera de trouver un remède aux situations dans lesquelles son acte (ou sa décision) ont plongé d’autres personnages.

Situation : 988
Préquelles possibles : 1023 – 1027

  • A-2 est le père de B et l’ami de A. Lorsque A-2 meurt, A lui promet de s’occuper de B comme si elle était sa propre fille
  • * A est déloyal envers B placée sous sa tutelle judiciaire **

Séquelles possibles : 1211 – 1285b

Note : La relation entre B et A permettra de découvrir de terribles vérités sur le passé de A et de A-2 et partant de ces révélations, cela donnera la possibilité d’une rédemption pour A.
Pour la seconde possibilité, gardons l’esprit du sous-groupe : A est forcé de trahir la confiance de B. Cela peut construire un moment de l’histoire parmi d’autres événements qui, une fois combinés, pourront servir à transmettre le message singulier de l’auteur.

Groupe : Activité & Vie sociale
Sous-groupe : Les obligations

Proposition B
39, Abandonner ses ambitions pour mener à bien une obligation.

Situation : 989
Préquelles possibles : 697a – 990 – 991 – (996 si l’on change B par A et M-B par M-A)

  • A a fait une promesse à sa mère M-A (notez que c’est la formulation de la promesse qui constitue l’engagement auquel se soumet le personnage).
  • Parce qu’il a fait cette promesse, A ne peut se lancer dans le projet qui lui tenait tant à cœur

Séquelles possibles : 936 – 1097a

Situation : 990
Préquelles possibles : 258 – 697a

  • Toute la famille de A tente d’aider A à suivre avec succès un certain apprentissage
  • * A n’apprécie guère son activité professionnelle mais il s’y soumet parce qu’il sait le sacrifice qu’a consenti sa famille pour lui donner cette formation **

Séquelles possibles : 991 – 1130 – 1434

Note : Le sacrifice de la famille de A est l’illustration de la proposition B. Il y a aussi un élément important à comprendre dans cette suggestion. C’est le concept d’apprentissage ce qui implique un lieu, une époque et une culture.
L’étude du contexte de cet apprentissage pourrait alors expliquer les raisons du sacrifice et son caractère urgent. Ainsi, le conflit ne se situe pas dans la résistance de A vis-à-vis de cet enseignement et de sa famille ce qui résulterait en une intrigue certes classique mais manquant d’innovation mais plutôt dans l’idée que la situation sociale de A et de sa famille ne leur permettrait pas apparemment d’espérer cette formation.

Déplacé l’aspect conflictuel de l’intrigue sur le plan politique (c’est-à-dire dans une analyse des relations sociales et humaines) pourrait permettre à un auteur de s’engager dans son écriture plus intimement (et c’est aussi un composant dramatique).

La seconde alternative met en avant deux obligations : d’abord celle de la famille (tout comme dans la première possibilité) puis celle du personnage central qui tord ses propres désirs parce qu’il se sent redevable envers sa famille. Comment positionner le conflit dans cette intrigue ?
D’abord, il faut que le lecteur s’aperçoive que A est mal dans sa peau parce que ce qu’il fait n’est pas sa décision. Il fut contraint dans cette voie parce que cela correspondait aux aspirations de ses parents. Or, peut-être avait-il d’autres rêves ou bien encore, il n’a pas le talent requis pour cette activité qu’on a forcée sur lui.

Son combat sera donc à la fois d’oser déplaire à ses parents (c’est-à-dire de faire face aux regards d’autrui sans honte) et de trouver le courage de se lancer dans le projet d’avenir qu’il aura lui-même choisi. On peut résumer ceci à une quête personnelle d’identité en lutte contre une opinion dominante qui cherche à faire rentrer dans un moule une individualité qui manifestement ne peut s’adapter à cette forme imposée.

Situation : 991
Préquelles possibles : 513 – 990

  • Soumis à des obligations familiales ou sociales qui ne lui permettent pas de mener à bien ses ambitions, A tente malgré tout de s’en approcher le plus possible
    [Chercher le bonheur exige un certain enthousiasme pour persévérer dans l’effort nécessaire. Or lorsque cette force est barrée par la désapprobation d’autrui, il faut trouver en soi le courage nécessaire pour s’y opposer. Ce qui ne manque pas de créer du conflit dans nos relations]
  • * C’est dans les livres qu’il lit que A trouve les aventures qui lui permettent de s’échapper d’un morne quotidien par personnage interposé **

Séquelles possibles : Chronologiquement [1433b suivie de 719b puis de 878b puis de 650 suivie de 714 puis de 197 et pour finir de 957a)] – Chronologiquement [1433b suivie de 1082b suivie de 24a puis de 181c puis de 1363)] – Chronologiquement [433b puis 109]

Note : Dans la seconde possibilité, le morne quotidien est l’obligation du personnage. Maintenant, il semble s’être accommodé ou du moins a consenti à un compromis entre son besoin d’aventure (ou d’évasion ce qui est plus proche de la pensée de William Wallace Cook) et la réalité. Or la proposition B suggère que le personnage a abandonné certaines ambitions pour se conformer à ce qu’on s’attend de lui. La suggestion proposée par Cook semble dire que cet état convient bien à son personnage. Si c’est effectivement le cas, nous n’avons pas de conflit, donc pas d’intrigue.

Donc, comment tirer une intrigue de cette situation ?
Nous sommes le week-end. Comme à son habitude, le héros ou l’héroïne va se plonger dans un livre de voyage par exemple. Après quelques lignes, son imagination va le ou la transporter dans cet univers. Et soudain, l’aventure est là qui frappe à sa porte et le protagoniste va se retrouver happer par toute une série d’événements bien concrets.

Situation : 992
Préquelles possibles : (268…*) – 976

B a consenti à un grand sacrifice en acceptant de s’occuper de son père F-B

Séquelles possibles : 368a – 641 – 993

Note : Consentement, Sacrifice, Obligation : il semble que nous avons là les trois conditions (ou restrictions) qui autorise une situation conflictuelle selon Cook.
Nous avons donc un personnage qui acceptera volontairement de laisser choir ses désirs (et autres passions). Nous avons effectivement un choix à l’origine de l’obligation. Il est d’ailleurs important de distinguer l’obligation de la contrainte. La contrainte est extérieure, le personnage la subit. Alors qu’en tant que protagoniste, un personnage est avant tout quelqu’un de proactif (même s’il ne reprend le contrôle de sa vie qu’après le point médian de l’histoire).

Le sacrifice est la réalité concrète qui illustre non les conséquences de la décision puisque les effets de cette résolution se feront sentir ultérieurement dans l’histoire mais bien la décision elle-même. Comment le lecteur peut-il comprendre que B vient de mettre une croix sur son avenir en décidant de s’occuper de son père ? Nous pourrions imaginer une scène de rupture entre la jeune femme et quelqu’un d’autre qui l’aimait sincèrement et avec l’ombre du père planant sur les explications de cette rupture. Cette scène est la concrétisation de la décision.

Ensuite, au cours de l’intrigue, seront alors montrées les tribulations qui vont nécessairement s’ensuivre par cette volonté du héros et ce ne seront pas des regrets. Au contraire, il faut amener l’héroïne a prendre progressivement (une intrigue est une progression) conscience que même si elle s’est montrée vertueuse dans ce respect dû aux parents (le culte des ancêtres est une pratique qui s’est malheureusement perdue avec le progrès mais les valeurs ne sont jamais totalement oubliées) que le bonheur réside aussi dans l’accomplissement de soi.

Situation : 993
Préquelles possibles : Chronologiquement [(601 si l’on change A par F-B) suivie de (705 si l’on change A par F-B)] – Chronologiquement [(606 si l’on change A par F- B) suivie de (705 si l’on change A par F-B)]

  • Le père de B, F-B, meurt en laissant derrière lui de nombreuses dettes
    [Cette fois, B se retrouve contrainte d’assumer non pas ses propres choix mais ceux de quelqu’un d’autre. La question dramatique sera donc de savoir comment elle peut recouvrer cette liberté qu’on lui a spoliée]
  • * F-B, le père de B, est mort en laissant derrière lui de fortes dettes. B a la possibilité de ne pas assumer les dettes de son père (sa situation personnelle ne le permet pas par exemple) mais elle se sent liée par ces obligations qui ne lui appartiennent pas et met un point d’honneur à réparer les fautes de son père **

Séquelles possibles : 88 – 1032

Note : Dans la seconde alternative, B décide de prendre en charge les obligations contractées par F-B. Et comme elle est dans une situation personnelle assez délicate, elle va faire preuve d’une imagination surprenante afin de s’acquitter de ces obligations devenues siennes maintenant. Ce sera peut-être aussi pour elle le moyen de s’émanciper d’un père qui fut un peu trop intrusif dans sa vie.

Situation : 994
Préquelles possibles : (574b si l’on change A par SN, B par B-8 et M-A par B) – 1009a

  • Après la mort de son époux, B retrouve le goût d’une indépendance depuis trop longtemps retenue
    [Pour bien comprendre la pensée de William Wallace Cook, B aimait profondément son mari. Cet effacement était une preuve de son amour. Malgré les apparences, la libertine B (par exemple) renoue avec sa vie de femme indépendante. En fait, c’est probablement son cheminement personnel vers l’acceptation de son deuil]
  • * Après la mort de son époux, B se retrouve contrainte d’emménager avec son fils SN et sa bru **

Séquelles possibles : (543 si l’on change B par B-8, A par SN et M-A par B) – 800 – 1067

Note : Dans la seconde possibilité, B devra reconquérir son indépendance ce qui ne manquera pas d’engendrer de nombreux conflits avec son fils et sa bru.

Situation : 995
Préquelles possibles : Chronologiquement [(747 si l’on change A par F-B) suivie de (705 si l’on change A par F-B)] – Chronologiquement [770a si l’on change A par F-B) suivie de (634 si l’on change A par F-B)]

  • B a consacré sa vie à accomplir une seule chose
  • * B consacre tout son temps à rétablir la mémoire de son père F-B **

Séquelles possibles : (828 si l’on change A par B, B par F-B et B-5 par A-5) – 993

Note : Ce qu’il faut d’abord résoudre, c’est de répondre à la question de savoir pourquoi B n’a vécu que pour une seule chose. Envisageons deux possibilités. La première est une B qui n’aspire qu’à la reconnaissance sociale. Elle a besoin que le regard des autres la considère comme une personne d’exception. C’est un être de façade qui croit être heureuse mais aucune de ses relations n’est sincères.
Que pourrait-il se passer pour qu’il y ait matière dramatique ? N’œuvrant que pour sa réputation, B s’isolera de plus en plus des autres. C’est ce détachement du monde, alors qu’elle aspire à en être un élément capable de le façonner, qui sera mis en intrigue. Elle obtiendra l’inverse de ce à quoi elle consacre tous ses efforts. Le dénouement pourrait alors être une prise de conscience de son erreur lorsqu’elle devra résoudre un dilemme entre succomber à son habitude qui frise le cynisme puisqu’elle se sert des conventions sociales pour asseoir sa prétention et le véritable amour d’un homme qu’elle risque de perdre à tout jamais si elle persiste dans son erreur.

La seconde possibilité serait une B toute emplie d’une dévotion quelconque. Elle serait une femme vertueuse qui a l’espoir d’améliorer le monde dans lequel elle vit par son exemplarité. Le résultat de ses efforts serait le même que précédemment. En adoptant une attitude stricte sur des principes moraux élevés, B s’éloigne de la réalité humaine qu’elle tente de corriger.
Quelle que soit l’amertume qu’un auteur ait envie de déverser, son constat (j’extrapole sur la pensée de Cook) de l’étroitesse d’esprit d’une grande majorité de ses contemporains serait un frein. La condition de l’évolution est de conserver un esprit critique et d’apprendre à se remettre en cause.
A fortiori, c’est cet apprentissage qui sera mis en intrigue.

La seconde alternative de cette situation 995 nous montre une B qui s’est instituée elle-même comme victime. En arrière-plan, nous avons le nom d’une famille entaché de déshonneur. C’est un état dont B a hérité et dont elle n’est nullement responsable. Pourtant, ce nom constitue son identité. Du moins, le croit-elle.

C’est donc cette obligation plus sociale que familiale qui incite B à s’effacer au profit d’une reconnaissance sociale portant sur un simple nom. Maintenant, soit on montre le combat de B pour la réhabilitation de la mémoire de son père et l’auteur choisit si elle réussit ou pas, soit on démontre qu’il n’y a aucune réalité derrière le concept d’un nom de famille et que B vit dans l’illusion d’un passé qui fut peut-être glorieux et seulement marqué d’une faute suffisamment grave pour que B s’investisse d’une mission qu’elle accomplit sans réel enthousiasme.

Situation : 996
Préquelles possibles : (285 si l’on change F-B par M-B) – 948

M-B, la mère de B, se voue corps et âme à l’éducation de sa fille

Séquelles possibles : 659 – 670 – 785 – (1151 si l’on change B par M-B et D-B par B)

Le prochain article traitera des situations conflictuelles 997 à 1010.

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