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L’ORDONNANCEMENT DE L’ACTION & DE L’ÉMOTION

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Lorsqu’on pense l’intrigue, on pense action et conflit. Ne dit-on pas que le conflit est l’essence de l’intrigue ? L’action est voulue parce que les personnages désirent et ce qu’ils désirent est contrecarré par une quelconque force et alors naît la situation conflictuelle.

C’est ainsi que l’intrigue s’oriente et prend du sens. Les personnages agissent parce qu’ils ont des désirs et aussi des besoins (le désir est d’ailleurs ce qui permet de mettre en lumière le besoin parce qu’autant le personnage est conscient de son désir, il ne l’est pas de son besoin, du moins lorsque nous faisons sa connaissance).

Lorsque le personnage agit, cela met en branle une action opposée. C’est un conflit. Une fiction cependant n’est pas une succession d’actions.
Les conséquences des actions sur les personnages sont bien plus intéressantes à travailler. Alors que l’action est externe, les répercussions seront internes.

Ce n’est pas le conflit apparent qui fait l’histoire. Ce qui apporte de la signification à l’ouvrage, ce sont les réponses des personnages à l’action. Et c’est une réponse personnelle donc qui donne du sens.

Par exemple, est-ce que le personnage est dévasté d’avoir été rejeté par son amant ? Ou bien est-il soulagé qu’il en soit ainsi ?
Après une énième dispute avec sa femme, est-ce que ce personnage s’en prendra à sa fille, pauvre victime expiatoire, et se sentira t-il coupable ? Ou bien se rendra t-il à son bar de prédilection pour une énième beuverie ?

C’est une question d’interprétation

La matière dramatique se façonne à volonté sous la main de l’artisan. Le lecteur en tire une interprétation personnelle (parfois sans que l’intention de l’auteur ne soit engagée). L’interprétation n’en est pas erronée pour autant. Chaque lecteur possède sa propre interprétation.

Il est tout aussi vrai que pour que la communication puisse se faire, il faut atteindre le lecteur sur ce qui l’émeut. Une expérience émotionnelle lui permettra ensuite de pénétrer plus profondément l’histoire.

Ce que ressent un personnage ou des circonstances particulières et même d’autres moyens de communication comme la musique participeront à la mise en place de l’émotion qui est d’abord une expérience sensible. C’est sur le sensible que doit travailler l’auteur s’il veut que son lecteur reçoive son histoire et qu’il la comprenne.

L’action est superficielle. L’émotion convoque des choses qui resteront dans l’esprit du lecteur. Même si l’assemblage des phrases ou même de quelques mots d’un texte est une allusion à quelque chose d’autre comme le récit d’une allégorie ou bien une parabole ou une simple allusion, pour que l’interprétation par le lecteur fonctionne, il doit y avoir d’abord une émotion ou du moins un effet qui a pour finalité une émotion.

Le lecteur doit voir les conséquences de l’action et du conflit pour comprendre tout le poids dramatique de l’action. Le clown qui lutte dans la poussière de la piste ne sera fiction que si ce conflit traduit l’immense solitude du personnage.

En pratique, la réaction émotionnelle des personnages à l’action est le lieu précis du drame.

Une scène qui ne montre que le conflit et qui ne contient pas en son sein les conséquences intimes de ce conflit sur les personnages (ou alors juste la scène d’après qui se fonde sur ces conséquences) ne permet pas de saisir totalement la signification du conflit. Ce n’est pas le conflit pour le conflit qui importe.

Dans une scène de séparation par exemple, la chose qui compte, ce sont les retombées émotionnelles de la séparation. Si cette scène de séparation ne se résout pas, comment pourrions-nous savoir si le personnage est totalement dévasté si les effets de cette séparation ne nous sont pas explicitement montrés ?

L’émotion ne joue pas contre le rythme

Il est dommage de se retenir d’écrire l’émotion parce que l’on craint de ralentir l’élan de l’intrigue. Bien sûr, elle se présente comme un moment d’arrêt de l’action. Mais l’émotion participe tout autant de l’intrigue que l’action.
L’émotion est même plus importante que l’action car, contrairement à celle-ci, elle permet de comprendre ce que signifie le conflit pour les personnages.

Comme il est bon de planifier son histoire avant de se lancer dans le processus d’écriture proprement dit, les événements qui se succéderont de manière linéaire ou non (en ne suivant pas la chronologie des dits événements) seront de l’action ET une réaction émotionnelle à cette action.

La conjonction de l’action et d’une émotion spécifique tend à un effet sur le lecteur. C’est cet effet qu’il faut définir et rechercher quitte à prévoir d’abord l’effet et de remonter ensuite le cours des événements (action & émotion) qui mèneront à cet effet.

Nous ne voulons pas plus l’émotion pour l’émotion que l’action pour l’action. Ce qui fascine le lecteur, c’est une action et une réaction des personnages impliqués dans une lutte singulière.

Elle sera d’ailleurs singulière parce qu’elle peut concerner tous les personnages ou bien par exemple une relation entre deux personnages.

L’émotion connaît aussi une progression au cours de l’intrigue. Les scènes sont conçues et ordonnées comme action & réaction pour communiquer une singulière signification. C’est le contenu narratif, ce qui saute immédiatement aux yeux du lecteur.

Pour qu’il comprenne ce qu’il se passe sur le plan émotionnel, le lecteur doit comprendre comment un personnage est passé d’un état à un autre. Supposons que votre héroïne s’est prise de bec avec son patron et que la scène se clôt sur l’expectation ou l’hypothèse qu’elle va perdre son emploi.
Comme nous connaissons un peu son parcours depuis le début de l’histoire, nous savons que cela n’est pas du tout son intention.

A la fin de la scène, votre héroïne est quelque peu dévastée. La scène suivante se situe dans une soirée entre amis où l’héroïne fait le clown avec ses amis. Autant on peut accepter ce revirement, autant qu’il nous faut comprendre un tel rebondissement émotionnel chez le personnage.

Il faut de nécessaires étapes pour passer d’un état émotionnel à un autre. La réaction doit être orchestrée de telle manière que nous avons assisté à ce qui a causé ce revirement ou bien l’intrigue s’est arrangée pour nous montrer comment le personnage est passé du négatif au positif, de la dévastation à sa reconstruction.

Les mots transmettent l’émotion

Les mots du texte (scénario ou autres) dépeignent des comportements affectifs qui ont un impact sur le lecteur. Nous réagirons aussi émotionnellement à l’émotion ressentie par le personnage (et cela est souvent aidé par la musique qui accompagne la réaction).
Et c’est une réaction immédiate. Nous sommes frappés de plein fouet par l’évidence de ce qu’il se passe chez le personnage.

Il ne faut pas être tendre avec son personnage principal. Après tout, c’est par lui que l’intrigue existe. Et une intrigue, ce sont des situations conflictuelles qui briseront le personnage. Car c’est ainsi que les histoires développent l’émotion. C’est par l’émotion que se crée un lien entre l’histoire et le lecteur.

Les réactions émotionnelles du personnage principal à l’action de l’intrigue sont autant d’indices sur sa personnalité. Et elles font avancer l’histoire aussi. Nous approfondirons toutes ces notions dans d’autres articles.

DRAMATICA : GENRE, THÈME, PERSONNAGES

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2 réflexions sur « L’ORDONNANCEMENT DE L’ACTION & DE L’ÉMOTION »

  1. Bjr, et ts mes voeux.
    J’ai apprécié que vous ayez insisté sur la nécessaire « alternance » action—réaction émotionnelle, j’aurais aimé que vous insériez un ou deux exemples (renvoyer à une ou deux pages de scénario ou estraits de film qui seraient parlant sur ce point). Ceci, afin de mieux comprendre, comment cela se traduit dans les mots sur le papier, comment cela s’écrit, scénaristiquement. En tout cas, je trouve votre blog, très intéressant, on sent la pensée derrière l’écrit, bonne continuation.
    Cordialement
    JF Raynaud

    1. Merci Jean-François. Je vous souhaite aussi une Très Belle année pour vous et ceux que vous aimez. Il est vrai qu’emporté par mes réflexions, j’oublie d’exemplifier mes assertions. Parfois, je crains que des exemples trop précis n’altèrent le sens de ce que j’essaie de communiquer plus globalement (sans toutefois espérer l’universalité de mon discours). Votre commentaire pour lequel je vous remercie d’avoir pris le temps de l’écrire m’incite à revoir la structure de mes articles.
      Je garde toujours l’illusion qu’un débat pourrait s’installer dans les commentaires et que la confrontation des idées des lecteurs pourrait utilement compléter la teneur de l’article (et que subséquemment des exemples pourraient être cités).

      Merci aussi pour votre appréciation de Scenar Mag. Il est tout autant réconfortant que rassurant de savoir que l’on est lu.
      A très bientôt
      William

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