LE POINT DE VUE DU JE

Le point de vue est un problème de perspectives. Le mode de narration adoptée influe énormément sur la façon dont une histoire est perçue.Considérons un narrateur. Un auteur doit décider de la nature de la relation entre ce narrateur et les personnages de l’histoire : est-il proche d’eux ou y a-t-il une distance entre le narrateur et les personnages de l’histoire ?

La position du narrateur

On peut se poser la question de la pertinence d’un narrateur dans une histoire. Si l’on considère que cet œil narratif est d’une importance capitale pour mettre en place un lien puissant entre le lecteur et l’histoire, il sera bon de réfléchir judicieusement sur le placement exact de cet œil dans sa relation aux autres éléments dramatiques (les personnages, le monde de l’histoire, partout en fait où le narrateur intervient).

Habituellement, on distingue le point de vue soit d’en-haut comme si on survolait une ville et que nous en découvrions les personnages, Dramatica donne l’exemple d’un général perché au sommet d’une colline observant le champ de bataille.

Soit le point de vue nous place dans la situation (parfois inconfortable) d’un personnage dont nous vivons la psychose de l’intérieur. Dramatica propose cependant un exemple moins pénétrant et peut-être plus juste en reprenant l’exemple du champ de bataille que nous vivons à travers les yeux d’un soldat en plein cœur du combat.

Donc, le point de vue nous place soit dans la position d’un observateur, soit nous participons à l’action.

Le point de vue à la première personne

L’avantage du JE de la narration est l’accès qu’il donne au lecteur. Le JE est un porte-parole du personnage. Nous avons un accès sans limite à ses pensées, ses opinions, sa vision du monde.

Cependant, nous n’avons accès seulement qu’à une voix unique et ne percevons celle des autres qu’au-travers du filtre du personnage que le JE nous permet de hanter.
Les événements aussi sont filtrés. L’information nous est donnée, certes, mais seulement jusqu’au point dont l’auteur permet à son personnage de s’exprimer. Cela pourrait même s’avérer encore plus compliqué si l’auteur se projette dans le personnage ou le narrateur.

Le JE permet de décrire les choses selon un regard particulier ce qui peut être un outil puissant dans les mains d’un auteur et servir grandement l’histoire. Par contre, si le JE est mal employé, il risque de réduire considérablement l’attrait du personnage.

Le point de vue du JE est extrêmement difficile à maîtriser. Souvent, ce JE prend le dessus sur le dépositaire naturel de la voix narrative. L’auteur se trouve entraîné malgré lui vers des digressions ou des  assertions sur ses personnages qui ne sont étayées par aucune biographie, aucun acte, aucun comportement et seule la voix du JE suppose une légitimité qui est imposée de force sur le lecteur, ce qui qui risque de provoquer un agacement certain chez ce dernier.

Par ailleurs, lorsque l’histoire se prête à une vue, à une perception des choses sous un angle précis et limité, exposez l’histoire sous le point de vue du JE peut être extrêmement attrayant pour le lecteur qui suit l’histoire au rythme du personnage.

A lire :
LE POINT DE VUE
LE POINT DE VUE SUBJECTIF DE VOTRE PERSONNAGE

Point de vue et scénario

Le point de vue est un outil dramatique. Il consiste à suivre la conscience de quelqu’un le temps d’une histoire.
Supposons que notre script ait adopté un strict point de vue à la première personne, au JE. Nous ne ferions que suivre ce personnage à travers tous ses déplacements et il devra être présent dans chaque scène.
Donc, nous expérimentons ce que vit le personnage principal.

Si le personnage n’est pas présent dans un événement, nous non plus. Nous ne sommes donc pas informés de ce qui se passe par ailleurs dans l’histoire tant que le personnage principal n’est pas impliqué dans l’événement.
Un exemple est Memento de Christopher et Jonathan Nolan. Le protagoniste, Léonard, est dans chaque scène. Nous ne voyons que ce qu’il voit. Memento est un bon exemple parce que voir les choses selon le seul point de vue de Léonard est ce qui crée du suspense et du mystère jusqu’à la scène finale.

Il est parfois difficile de conserver un strict point du vue du JE. Considérez Seul au monde, par exemple. Chuck est dans toutes les scènes, du moins, presque toutes les scènes.

L’exposition qui présente l’activité de Chuck et puis le coup de fil à Kelly lui apprenant que Chuck est encore en vie rompent avec le JE. Si ces scènes ou séquences qui brisent le point de vue du JE avaient été supprimés, l’histoire aurait été encore plus forte et notez que rien n’aurait été perdu en termes d’intrigue ou de thème.

D’autres fois, le point de vue du JE est partagé entre plusieurs personnages. Dans Seven, par exemple, chaque scène contient ou Mills ou Somerset. Les événements sont partagés avec le lecteur selon le regard spécifique de l’un ou l’autre.
Dans La Famille Tenenbaum ou Magnolia, ce partage du point de vue va même jusqu’à concerner plusieurs personnages.

Ainsi l’événement n’est pas présenté dans la froideur crue de sa réalité mais tel qu’il est perçu par le personnage qui en est le témoin. C’est ainsi que l’on peut considérer que l’événement est dramatisé parce que le lecteur en fait l’expérience par le regard d’un des personnages qui lui ajoute un nécessaire tour dramatique.

A lire :
DIALOGUE AVEC L’AUTRE : MARTIN BUBER

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.