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JOSEPH CAMPBELL & STAR WARS

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Lorsqu’on interroge Joseph Campbell sur la capacité du cinéma à créer de nouveaux héros, il est assez dubitatif. Au commencement, le cinéma portait des héros mythiques, des figures héroïques qui avaient un sens pour le lecteur/spectateur, qui pouvaient lui servir de modèles, qui lui permettaient de s’imprégner d’un rôle à recopier dans sa vie de tous les jours.

De nos jours, seules des histoires comme Star Wars rappellent le parcours héroïque. Elles ne sont pas un jeu moral comme le conte de fées. Des histoires comme Star Wars convoquent les pouvoirs de la vie et leur déclinaison sous l’action de l’homme.

Héros, certes, au parcours déterminé mais artisan de sa propre destinée.

Star Wars n’est pas de la science-fiction. Il n’y a rien d’alarmant ou de visionnaire dans cette histoire. Les mythes cosmogoniques ont voulu expliquer la nature pour les hommes des temps anciens qui possédaient déjà une intelligence mais n’avaient pas la science pour les aider à comprendre le monde.

Et maintenant que la science (qui n’est pas la technologie, le rejeton diabolique de celle-ci) est capable de donner un sens au monde et à nos existences, il y a de moins en moins d’espace à conquérir pour l’imagination.

Alors s’ouvrir vers des horizons nouveaux autorise l’imagination à aller de l’avant et à mener sa propre guerre comme le dit Joseph Campbell.
L’imagination aborde un tout nouveau domaine dans lequel elle peut s’épanouir en ses formes vivantes.

Des formes mythiques reconnues

Pour Campbell, George Lucas s’est servi de figures archétypales connues comme par exemple ce vieil homme sage, sorte d’ami intérieur, de guide qui a notre confiance.
Il est le conseiller et pour Campbell, c’est une figure universelle (c’est pourquoi elle est archétypale, d’ailleurs) et on la retrouve par exemple dans la figure mythique qui ressort à l’art traditionnel (technique et philosophie) du sabre japonais.

En effet, le don de l’arme n’est pas un simple don. Dans d’autres histoires, ce don n’est pas nécessairement une arme. Ce peut être n’importe quel instrument. Cet instrument est l’objet qui signale le parcours initiatique.
Et c’est ainsi que l’on retrouve cette philosophie du sabre japonais. Le don est toujours accompagné d’un engagement. Il est aussi donné dans le même temps au récipiendaire un axe psychologique.

Cet instrument qui peut paraître magique est un artifice qui aidera le jeune à acquérir une conscience de soi. C’est ce que fait Obi Wan lorsque Luke s’entraîne maladroitement au sabre laser dans le Millenium.

Et lorsque Luke se débarrasse du casque protecteur pour aller à la rencontre de ses instincts, pour Joseph Campbell, cela est précisément toute la philosophie de l’art traditionnel du sabre japonais.

Ce geste, cette offrande de l’ancien au jeune, le jeune peut la comprendre même s’il éprouve quelques réticences à la recevoir. Elle est comme un code universel, compréhensible de tous.

Un héros prédestiné

Il y a l’aventurier et il y a le héros. Pour Campbell, un auteur peut s’emparer de l’aventurier et lui faire vivre toutes sortes d’aventures apparemment totalement aléatoires. Pourtant, il y a en lui cette figure héroïque.

Pour Joseph Campbell, le futur acte héroïque est déjà inscrit dans les germes du personnage. L’aventurier qui erre de lieu en lieu ou de lien en lien ne le sait peut-être pas encore, mais il suit déjà un parcours héroïque.
Il est déjà préparé à cet accomplissement. Et son environnement participe à cette destinée. L’aventure qu’il vit est l’aventure qu’il mérite.

C’est précisément ce qu’il arrive à Han Solo. Il revendique son statut de mercenaire. C’est un homme pratique qui n’a que faire des révolutions et des religions.

Et pourtant, dans le même temps, il est un être humain compatissant. Il ignore encore cette compassion envers autrui qui est pourtant un de ses traits de caractère majeurs. Il se pense égoïste et il ne l’est pas.

Pour Campbell, beaucoup d’individus à travers le monde sont comme Han Solo. Ils croient n’agir que pour eux-mêmes sans se douter qu’il y a quelque chose d’autre qui les pousse.

Le seuil

Il arrive que nos vies soient au fil du rasoir, que nous nous retrouvions au bord du gouffre. C’est le signe que nous sommes sur le point de changer de vie. Malgré la réticence que l’on peut éprouver, il faut sauter le pas.

Dans une histoire, ce seuil est souvent représenté par une scène qui se passe dans un bar. Car c’est un lieu de rencontres par excellence. Dans ce bar, il y a des gens qui appartiennent à cet autre monde, qui en connaissent les règles. Bien sûr que c’est intimidant parce que nous, de ce monde, nous n’y connaissons rien.

C’est précisément à cela que sert la scène dans le bar de Star Wars où non seulement, Luke et Ben Kenobi prennent contact avec Han Solo mais aussi où nous avons un aperçu de la faune de ce monde inconnu où pourtant Luke devra être jeté pour continuer son chemin héroïque.

Dans les entrailles du monstre

Joseph Campbell reprend le mythe de Jonas qui fut avalé par un grand poisson pendant trois jours et trois nuits avant que le cétacé ne le recrache sur le rivage. Le livre de Jonas a pour thème le repentir et le pardon.
Joseph Campbell explique cependant qu’il s’agit d’une allégorie sur la descente dans les ténèbres, dans notre propre obscurité avant de pouvoir retrouver la lumière.

Pourquoi le héros doit-il connaître cette étape importante ? Ce grand poisson est une personnification de notre inconscient. L’eau représente cet inconscient. L’eau est dans les mythes cosmogoniques une image du chaos.

La créature qui vit dans ces eaux est la dynamique qui anime l’inconscient. C’est une force puissante et dangereuse qui doit être contrôlée par la conscience.

Lorsqu’il commence son aventure, le héros doit quitter le domaine de la lumière qu’il connaît et contrôle. Il se dirige vers le seuil et c’est à ce seuil que le monstre des abysses vient à sa rencontre.
Dans sa lutte contre ce monstre, il peut advenir que le héros soit tué. Il choit alors au fond de l’abysse. Mais il n’est pas perdu car il sera ressuscité.

Cette résurrection signifie que le héros a réussi à se détacher de son ancien monde et qu’il est prêt pour l’aventure qui l’attend.

Tout comme Sigurd, le héros peut tuer le monstre. Conseiller par Odin (déguisé en vieillard vagabond), Sigurd creuse plusieurs fosses afin de s’y cacher et de transpercer le cœur du dragon Fáfnir.
Puis Sigurd porte quelques gouttes de sang du dragon à ses lèvres avant de se baigner dans les fosses emplies du sang du dragon.

Ce rituel n’a pas pour but de célébrer la mort de Fáfnir. Sigurd doit assimiler le pouvoir du monstre. C’est ainsi que Sigurd comprend le langage des oiseaux. Il entend le chant de la nature. Il a transcendé son humanité.
Pour Campbell, Sigurd s’est de nouveau associé au pouvoir de la nature. C’est le pouvoir de la vie dont nous avons été frustré par notre propre esprit.

Dans Star Wars, ce concept est décrit lors de la scène où Leia, Luke et Han sont pris au piège du collecteur de déchets de l’Étoile de la mort.

Darth Vader

Selon Campbell, dans sa volonté éperdue de prendre et de garder le contrôle, la conscience perd cette nature humaine qui tend pourtant vers la nature.
Nous intégrons un système et ne vivons ou ne pensons plus selon notre humanité. L’intelligence ne fait pas à elle seule notre humanité.

Notre façon d’être en société est fortement liée à un système. Et c’est une véritable menace pour l’idée même de la vie. Maintenant, est-ce que le système nous dévorera et nous privera de notre humanité ? C’est ce qu’il est arrivé à Darth Vader.

Ou bien serons-nous capable d’utiliser le système à des fins bien plus humaines ? C’est-à-dire tout comme Luke de ne pas s’asservir à un système mais de résister aux exigences impersonnelles de ce système.

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5 réflexions sur « JOSEPH CAMPBELL & STAR WARS »

  1. William, les formatés s’enferment eux-mêmes dans une cellule en oubliant que c’est eux qui ont gardé la clé dans leur poche.

    La clé est la vérité qui devrait l’emporter sur le mensonge à soi-même.

    La clé, même si on a toujours refusé l’idée même d’entrouvrir la porte d’une cellule pour s’y enfermer à double tour, c’est effectivement de s’assumer avec dignité et ainsi gagner à moindre coût, le prix de la liberté.

    Le formatage n’est pas une assurance de sécurité mais d’asservissement (beurk !).

  2. Bonjour Willam, excellents rappels parfaitement (ré)expliqués.

    Le tout pour chacun et chacune, c’est maintenant que sa propre imagination et donc son propre imaginaire en tire toujours le meilleur profit (jusqu’à même devoir se les approprier) en sachant ainsi mieux puiser dans ce qui en soi, relève bien de l’universel voire de l’éternel pour encore plus de force ou de hauteur dans son regard sur la vie et les êtres (qu’ils prennent d’abord ou non des allures monstrueuses ou ténébreuses pour lancer le défi d’un éveil de ses propres vérités les plus profondes dont il nous siérait d’en partager et propager la meilleure et plus belle lumière).

    1. Merci pour ce commentaire inspiré. Ce que je crains surtout c’est que la technologie à bride relâchée ne rende la lumière trop aveuglante pour y déceler une quelconque once de nos vérités. Le manque de génie qu’elle sécrète est un indice de l’urgence à reprendre le contrôle de nos rêves et de nos héros.

      1. Tout à fait William et c’est même la meilleure conclusion à laquelle se résoudre, le génie n’étant que le nom donné (oui, « donné ») à un reflet lumineux de joies et de blessures impossibles à laisser s’enfouir tellement elles pourraient porter de force et de beauté.

        1. Il y aurait donc encore des auteurs et des artistes dignes de leur art. A une époque où le formatage des esprits par l’élite est plus que jamais à l’ordre du jour, il est important de s’assumer. L’écho du cri tombera bien dans quelques oreilles qui s’en empareront pour créer du nouveau et donner un vrai sens à l’innovation.

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