intrigue

LES IDÉES PRÉCONÇUES & L’INTRIGUE

Le problème que l’on peut rencontrer dans une intrigue est qu’elle est simpliste et prévisible. Une intrigue, c’est d’abord un assemblage de scènes. Cela signifie donc que cette simplicité problématique se situe dans l’écriture des scènes.

Les scènes sont prévisibles. En quoi peuvent-elles être ainsi ? Avant tout, elles manquent de possibilités. L’auteur n’a pas considéré assez d’options.

Pourquoi un tel manque de discernement ? Après tout, c’est euphorique de laisser couler sur la page nos mots. C’est une bénédiction que d’écrire. C’est peut-être là le problème. On ne fait qu’écrire sans réfléchir vraiment à ce qu’on vient d’écrire. On laisse aller notre intuition. Nul besoin d’aller au-delà.

Question de choix

Écrire, c’est comme dans la vie. On a des choix à faire. Il faut prendre le temps ou le courage de reconsidérer ce qu’on vient d’écrire ou mieux de penser à ce que l’on va écrire avant de l’écrire. Il faut envisager des possibilités. Dans le cas contraire, l’intrigue sera ennuyeuse ou chaotique, surtout simpliste.

Nous avons une situation et nous en faisons une scène. Nous savons ce que nous allons écrire. Pourquoi douter ?

Le problème, c’est que si vous savez ce que vous allez écrire, le lecteur le saura aussi. Il ne faut jamais négliger l’imaginaire du lecteur. Son imagination ne cesse de le projeter en avant. Il construit le futur de la scène. Et s’il comprend ce devenir trop souvent au cours de l’intrigue, l’effet de surprise qu’il exige, il ne l’éprouvera pas.

La première idée que l’on a pour une scène peut être intéressante. Et elle peut être la bonne. Pour asseoir cette certitude, il est néanmoins bon de réfléchir s’il n’y a éventuellement pas d’autres options qui pourraient être meilleures. C’est souvent le cas.

L’embarras, c’est qu’un auteur, comme n’importe quel quidam, possède des idées préconçues sur tout. On a un point de vue préconçu sur les choses. On pose sur le papier l’aspect pratique ou logique de la situation. C’est terne, inhabité, dépourvu de créativité. On est sur un sentier maintes fois battu.

Il ne faut pas ignorer ces idées reçues. Il faut en tenir compte. Seulement, on doit prendre le temps d’explorer tout ce que la situation a à nous offrir.
L’évidence est un piège qui met des limites à notre imagination. Nous ne sommes pas contraints par le temps dans l’écriture. Il faut creuser toutes les possibilités même les plus improbables, surtout les plus improbables (voir à ce sujet LA STRUCTURE DU SCÉNARIO ET ARISTOTE).

Les idées préconçues proviennent, croit-on, des influences que nous avons subi tout au long de notre vie. Notre classe sociale, notre éducation, tout ce que nous n’avons pas su ou voulu remettre en question… Une sorte de déterminisme, en fin de compte (voulu par un créateur ou la nature selon les convictions de chacun).

Partant, il n’y a pas que les situations qui semblent évidentes. Nos personnages le sont, les relations qui les unissent tombent sous la même coupe, les concepts que nous convoquons aussi.
Quand une idée nous vient, notre liberté consiste à la questionner. Sans aller jusqu’à faire table rase, il peut être prudent de s’ouvrir à d’autres choses pour tenter de donner à nos lecteurs une expérience sinon unique du moins nouvelle.

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Hiéra
Invité

Merci pour cet article ! C’est d’autant plus intéressant de se méfier de ses idées préconçues qu’en plus d’être vues et revues et donc ennuyeuses, elles peuvent aussi véhiculer des notions problématiques (sexisme, racisme, homophobie, etc).
Par exemple, le trope de la demoiselle en détresse est tellement pervasif qu’il est difficile de s’en débarrasser : non seulement ça devient inintéressant et prévisible pour le spectateur, mais ça renforce l’image de la femme en tant que victime passive, trophée, etc. C’est le cas de nombreux clichés qui renforcent des stéréotypes nocifs pour tous.