HÉROS : LA RÉSISTANCE AU CHANGEMENT

Quelle que soit la force avec laquelle nous voulons quelque chose, il y a toujours quelque chose de plus puissant qui nous retient : notre résistance au changement.
La seule chose qui puisse nous faire changer est lorsque le monde (donc extérieur à nous) ne nous en laisse pas le choix.

Un problème que nous ne pouvons plus éviter, une évidence que nous ne pouvons plus dévier du regard et lorsque le monde se précipite à notre rencontre, nous ne pouvons plus que changer. Il nous faut agir ou être écrasé.
Le conflit qui sous-tend toute histoire est précisément comment le héros parvient à changer. Le fondement de ce changement est nécessairement conflictuel puisqu’il refuse de changer.
Lorsque surgit l’incident déclencheur, c’est un appel à l’action. Mais dans la plupart des cas, le héros refusera de s’engager immédiatement dans son aventure.

C’est très naturel en fait (du moins bien ancré dans la nature humaine). Lorsqu’un changement se profile à l’horizon, nous posons nos pieds bien au sol et tout notre corps refuse de bouger.
Admettons donc qu’en tant qu’être humain, nous adoptions une position de refus systématique face au changement. Mais en tant que lecteur, ce que nous recherchons dans l’histoire, c’est de voir un héros risquer de compromettre quelque chose à laquelle il tient beaucoup. Nous voulons du danger aussi parce que nous avons conscience des enjeux terribles qu’encourt le protagoniste. Il faudra un conflit interne bien sûr parce que somme toute, voir un héros lutter contre lui-même, le voir changer malgré toutes ses tribulations et épreuves est assez fascinant. Et en fin de compte assister à sa récompense à la fin de l’histoire.

En somme, tout ce qu’en tant qu’être humain, nous cherchons à éviter. Nous acceptons de vivre ces expériences par personnage interposé, mais nous refusons de les vivre nous-mêmes.

Le héros : notre substitut

Nous apprécions autant le prix que doit payer le héros pour aller jusqu’au bout de son désir que la récompense éventuelle. Mais l’attrait d’une telle récompense ne nous incite pas pour autant à payer dans nos vies le prix qu’a dû verser le protagoniste.

Ce que nous voyons à l’écran nous satisfait amplement. Néanmoins, cette satisfaction n’est pas stérile. L’histoire continue à faire son œuvre sur nous. Si le héros a été convenablement travaillé par l’auteur, il hante notre esprit et peut-être que son exemple peut nous servir dans notre vie de tous les jours.

Ce que l’on craint le plus, c’est que le changement intervienne au pire moment. Nous en sommes d’ailleurs persuadé. Partant, l’auteur n’a qu’à se demander quel serait le pire moment pour son héros. Cela peut expliquer grandement pourquoi il refuse dans un premier temps cet appel à l’aventure qu’on lui propose.

En tant qu’élément structurel de l’histoire, le refus de l’aventure s’inscrit dans l’ensemble des points structurels. D’abord, il y a l’objectif du personnage, c’est-à-dire ce que nomme la théorie narrative Dramatica comme le Story Goal. L’objectif, le désir du protagoniste partagé par l’ensemble des personnages englobe toute l’histoire.
Mais poser un objectif sans prévoir les conséquences de celui-ci (que celles-ci se manifestent comme réussite ou échec) ne fonctionnera pas. Et il est nécessaire que le lecteur anticipe ces conséquences dès l’acte Un.

Autre élément qui s’ajoute à la structure est de monter une sorte de compte-à-rebours. Les enjeux pour le héros sont marqués d’une certaine urgence. Cela crée du suspense et de la tension.
Mais le désir n’est qu’un jeu d’apparences. On peut voir un contraste entre le combat que mène le protagoniste pour que son objectif soit atteint et le conflit interne (bien plus passionnant) qu’il se livre en parallèle.

Néanmoins, au-delà du contraste entre son être (sa véritable nature) et son désir apparent, le désir n’est qu’un moyen de mettre au jour ce qu’il est vraiment. L’un et l’autre ne s’opposent pas. Au contraire, les rebondissements de l’intrigue servent l’auteur pour lui permettre d’exprimer comment son personnage se révélera à lui-même.
L’extérieur et l’intérieur se rejoignent en une révélation.

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