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LES ÊTRES FICTIFS : CRÉÉS OU DÉCOUVERTS ?

Certains auteurs sont obligés de faire taire leurs personnages pour qu’ils puissent prendre note de ce qu’ils disent, ceux-ci planant tout autour d’eux comme des émanations.

D’autres, fort différemment, se débattent avec la page blanche qu’ils finissent par remplir petit à petit après une foultitude d’erreurs, d’essais, de raffinements jusqu’à ce que quelque chose à la fois surprenant et pourtant cohérent, à la portée de n’importe quel esprit, devienne clair et distinct au fur et à mesure de l’avancée du travail.

La première approche semble être de découverte alors que la seconde est davantage création. Aucune n’est plus facile que l’autre. Lorsque nous cherchons à créer un personnage en noircissant incessamment des feuilles volantes de quelques idées qui surgissent au détour d’un simple fait, d’une rencontre, d’une réflexion poussée ou suscitées par notre intuition, à quel moment pouvons-nous être sûr que nous maîtrisons notre personnage ?

Quand ressentons-nous ce sentiment de complétude, intuitif lui aussi ? Quand pouvons-nous relâcher notre plume ?

Et si nous commençons à créer à partir de quelques détails physiques, quelques données biographiques comme si nous façonnions de l’argile, qu’en est-il de ceux qui jacassent dans notre imagination.
N’est-ce pas ce qu’espère tout auteur, d’avoir en imagination des personnages qui possèdent déjà une volonté, des intentions, une indépendance ? Autrement posé, qui ont déjà une vie propre ?

Ce qu’on cherche

Il n’est jamais clair de reconnaître ce que nous cherchons. C’est comme si on creusait dans les ténèbres pour revenir les mains vides.

Nos mythes et légendes aident néanmoins à lever quelque peu l’opacité. D’eux, on peut inférer des ambitions personnifiées, nos peurs, nos espoirs, nos doutes, en un mot, notre humanité.
Ce que nous considérons comme des personnages dans nos histoires, si les archétypes prennent suffisamment de signification et de profondeur, seront alors comme une lumière qui révélera des contours ou peut-être quelques formes dans notre imaginaire.

Et notre Muse alors ? Déjà, il faut y croire en regard du temps que nous passons à psalmodier son retour. Parce que cette obscurité qui nous cache nos personnages et nous désespère est précisément son domaine. L’inspiration alterne entre la terreur et la consolation.

Les choses sont plus simples qu’on ne le pense cependant car il suffirait de penser archétypes et de retravailler ces grandes catégories afin de les individualiser et de les rendre conformes à l’histoire sur laquelle on travaille.

N’empêche qu’aborder la peinture de la vie humaine relève du mystère mais il n’est pas vain de s’y risquer. Cependant, même si on imagine un personnage avec suffisamment de détails jusqu’à entendre son cœur battre, même si on le dote d’une élocution qui le distingue ou qu’on l’observe se pavanant de son plein gré, cela ne signifie pas que j’aboutirai à quelque chose d’unique ou même d’intéressant.

Notre imaginaire n’est pas si libre que sa définition semble vouloir nous en convaincre. Ce qu’il lui arrive de nous donner si facilement, ce sont souvent des êtres sans surprise, des stéréotypes ou bien on a emprunté ici ou là (surtout dans d’autres livres ou dans les films ou les séries) des traits de caractère qui nous ont séduits mais par la ruse. Et nous recopions.

Caractériser un personnage n’est pas une chose facile. Ce qui est certain cependant, c’est que si un personnage ne fonctionne pas, ce n’est pas de sa faute.

Des êtres imaginaires avant tout

Notre mémoire nous dicte des êtres de fiction clefs en main. Et on ne peut pas non plus assembler quelques détails et créer un vrai personnage.
Nous devrions non seulement être capable de rendre témoignage comme si nous avions été présent auprès de ce personnage mais il faut aussi engager notre imagination.

Engager, c’est prendre des risques. Alors il faut se questionner. Se poser à soi-même des questions embarrassantes. Il faut assumer non pas ce que l’on cache aux autres mais ce que l’on ne se dit pas à soi-même. D’ailleurs, le mensonge est partie intégrante de nos vies comme de celles de nos êtres fictifs.

Ces êtres de fiction, nous devons les modeler et les détruire puis les remodeler. Nous devons les défier et les tuer s’il le faut afin de les autoriser à renaître pour s’échapper de nouveau de notre étreinte. En réaffirmant leur énigmatique indépendance, leur vraie nature se dévoilera. Elle ne sera plus de lambeaux volés ici ou là, mais un assemblage unique.

L’auteur se livre à un dialogue parfois délibéré, parfois spontané. Il peut avoir une intention précise dans la recherche de son personnage tout comme ce qu’il pose sur le papier pourrait être une intuition qu’il ne s’explique pas (et il perdrait un temps précieux à comprendre).

La création d’un être de fiction est un processus à la fois conscient et inconscient. C’est à la fois un processus de création et de découverte, comme un élan, comme un souffle.

Peut-être une impression

Un personnage peut prendre forme comme une impression. Elle est souvent floue. Si elle est inspirée cependant par une personne réelle ou une image, cette impression peut déjà posséder des détails sérieux.

Bien que ces détails nous émeuvent, ils ne nous apprennent rien sur le comportement de ce personnage. Il faut le mettre dans des situations.
C’est-à-dire écrire des scènes (qui peuvent ne rien avoir à faire avec l’histoire que vous avez en tête puisque nous sommes dans la création de personnages seulement. Il se peut même que vous n’ayez aucune histoire en tête) dans lesquelles vous placerez ce personnage en situation conflictuelle.

Vous évoquerez du conflit, certes, et du coup des désirs. Vous mettrez en avant la vulnérabilité de cet être fictif encore en formation. Vous jouerez avec ses failles, ses peurs, ses hontes mais aussi ce qui le rend fier comme ses combats par exemple.
Et vous décrirez aussi l’amour. Vous créerez ainsi progressivement un être qui n’est pas encore totalement sorti de cette impression première qui a inauguré tout cet effort mais néanmoins, vous posséderez un être plus subtile, plus complexe, apte à engager émotionnellement un lecteur et qui s’avérera en fin de compte dramatiquement intéressant.

En fait, vous créez et découvrez à la fois. De cette façon, vous ne vous remettez plus totalement à votre inspiration bien trop primesautière pour lui accorder une confiance absolue.
Cet exercice d’écriture qui consiste à fouir une matière indéterminée permettra à votre inconscient peut-être de vous donner le lendemain quelque chose de plus riche, de plus concret que vous aviez laissé la veille.

Inventer, c’est faire face à de nouveaux problèmes. Si on ne réagit pas, on succombe. Fournir un effort conscient même si l’on est persuadé qu’il est vain, est le moyen de confronter la difficulté présente. On ne la résout pas immédiatement. Ce n’est pas parce qu’on vient d’écrire deux pages sur la lâcheté d’un personnage par exemple, que l’on en a fini avec ce trait de caractère bien compliqué à mettre en place.

Néanmoins, cet effort laborieux donnera des fruits lorsque notre inconscient (enfin pour ceux qui l’acceptent) se sera emparé de ce que nous avions mis dans notre tête.
Ce qu’il nous rendra dans un second temps sera peut-être la réponse à notre problème.

Caractériser un personnage, c’est s’offrir un matériel brut que l’on écrit. Ce sera des détails sur la vie de ce personnage, des circonstances qui l’auraient amené à prendre certaines décisions ou les situations dans lesquelles il aurait pu se retrouver sans chercher en fin de compte à forcer une quelconque causalité entre tous ces événements.

On fournit ainsi à l’inconscient un matériel brut qu’il façonnera d’une manière un peu moins malhabile (peut-être verrons-nous enfin le lien que nous ne pouvions distinguer et qui fait que le personnage est ce qu’il est maintenant).

Une impression qui se précise

Lorsqu’on est patient et que l’on se contente dans un premier temps de prendre note (ne serait-ce que quelques lignes) sur une vague impression qui a germé dans notre esprit, arrivera un jour où cette impression sera comme celle que nous nous formons lorsque nous rencontrons une véritable personne pour la première fois.

Ce ne sera peut-être pas encore notre personnage, celui que nous avons tant de difficulté à saisir, mais l’approche ne sera plus la même. Nous aurons cette fois quelqu’un qui nous laissera véritablement une première impression.

On part d’un matériel brut qui a retenu notre attention. On travaille dessus sans trop savoir où l’on va. Puis, un jour ou l’autre, étrangement, ce matériau qui ne signifiait rien, prend vie. Et une vie qui lui est propre.

Bien sûr, les archétypes peuvent nous aider. Avec les moyens d’informations que nous possédons dorénavant, il est facile de trouver un personnage à son pied.
L’archétype ne justifie pas pour autant que nous avons des êtres fictifs clefs en main dont nous pouvons nous servir sans qu’ils soient dommageables pour notre histoire.

Comme le souligne la théorie narrative Dramatica, l’archétype est une fonction dramatique de l’histoire. L’urgence dramatique ne peut nous être donnée par un archétype. C’est comme si vous preniez un épouvantail (fonction dramatique) et que vous le vêtiez de nouvelles guenilles (vous en faites un personnage stéréotypé).

Prenons par exemple un prêtre. Vous décrivez son sacerdoce comme sa fonction. Mais si vous vous en contentez, vous ne recherchez pas le prêtre en tant qu’homme. Et vous en ferez un personnage plat, sans rondeur, sans profondeur.
Bien sûr, dans l’archétype se niche une résonance mythique ou symbolique dont vous aurez certainement besoin pour asseoir votre message.

Ce qu’il vous faut comme un impératif, c’est le désir tel que le conçoit par exemple John Truby : JOHN TRUBY : LES 7 ETAPES CLES D’UNE HISTOIRE (2).

Le désir suscite l’action et l’action définit le personnage. Vous allez devoir vous impliquer dans votre personnage. Par l’imaginaire, vous enfanterez un être certes fictif. Vous ne pouvez pas vous mettre à côté et craindre ce qu’il pourrait révéler sur vous. Intuitivement, cherchez ce qu’il y a en vous et que vous souhaiteriez qu’il dise pour vous, vos plus terribles vérités.

Un personnage, c’est d’abord une idée mais très vite, il doit devenir plus qu’une idée. Le héros légendaire peut vous inspirer cette idée. Ensuite, creusez sous le désordre des mots et des concepts mythiques, légendaires ou fabuleux.
Allez à la rencontre de cette nature sauvage, celle de votre cœur téméraire qui voudrait tout oser.

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Une réflexion sur « LES ÊTRES FICTIFS : CRÉÉS OU DÉCOUVERTS ? »

  1. Bonjour William, très bel et fabuleux article sur la VERITABLE création d’un personnage à l’égard duquel il nous faut tant d’amour pour lui donner vie tel le reflet d’un rayon de lumière perçant de notre imagination et de fait, de notre coeur (dans de qu’il voudrait surmonter en blessures).

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