Emotions et scène dramatique

ÉMOTIONS & LA SCÈNE DRAMATIQUE

Le contenu émotionnel de l’histoire s’exprime dans les scènes dramatiques. Cette expression de scènes dramatiques est à comprendre comme des événements ou des expériences qui suscitent une vive émotion.
Ces événements et expériences (donc des émotions) s’étendent au long d’un large spectre : entre une joie formidable et la plus terrible des tragédies.

Comme rien ne devrait être gratuit dans une fiction (chaque élément doit faire sens), ces émotions sont aussi destinées à inciter le protagoniste à agir et à faire avancer l’intrigue. Il faut donc écrire des scènes dramatiques pour décrire ces émotions.
Dans une fiction, il y a l’idée de divertissement mais surtout celle de partage. Une œuvre dramatique devrait provoquer des émotions et sentiments chez le lecteur.
Le héros pleure. Si l’auteur parvient à faire partager cette émotion avec le lecteur, il fait œuvre dramatique.

Quelques caractéristiques
  • Dans une scène dramatique, l’auteur recherche d’abord une intensité émotionnelle.
  • L’emphase est ainsi placée sur une relation entre deux personnages. Soit celle-ci est renforcée (par exemple les circonstances font que le héros est obligé de mettre au monde son enfant en pleine nuit sur une route isolée), soit les liens qui unissaient deux personnages sont sérieusement tranchées (comme un différend qui met fin à une amitié de longue date).
  • L’action décrite dans la scène (son contenu ou motif, en fait) dépeint l’intériorité du personnage ou sa conscience de soi. Cette description montre un comportement, une attitude, une posture cherchant à traduire ce qui se passe à l’intérieur du personnage.
  • Une scène dramatique est aussi l’indice que l’intrigue approche d’un point majeur de l’histoire. Celle-ci va prendre une toute nouvelle direction.

La légitimité d’une scène dramatique (sa fonction principale) est de pousser le personnage à changer. Son arc dramatique va passer une nouvelle étape.
Par l’aspect dramatique d’une scène, le personnage fera face à des décisions ou à des complications qui modifieront durablement ce qu’il pense ou sa façon d’être et d’agir.

Une confrontation émotionnelle

Tout comme le suspense, une scène dramatique devrait être préparée. On ne peut l’imposer au lecteur sans une petite préparation au préalable. Pour qu’il y ait une confrontation émotionnelle, il faut que les conditions de celle-ci aient été démontrées.

C’est pourquoi il vaut mieux éviter de proposer de telles scènes dramatiques dans l’acte Un. C’est un acte essentiellement d’exposition des personnages ou des choses qui font l’histoire mais peu d’événements se sont déjà produits qui sont autant d’explications (ou de raisons) de la nécessité pour le héros de devenir quelqu’un d’autre (généralement quelqu’un qui aurait atteint sa propre vérité, donc quelqu’un de meilleur dont le modèle serait comme un exemple pour les autres).

Seule devrait être travaillée l’intensité émotionnelle qui augmente de plus en plus tout au long de la scène pour parvenir à une sorte d’apex (elle ne peut aller plus loin).
Dans le développement de cette scène cependant, les choses (le contenu émotionnel) devraient se succéder plus rapidement. Par exemple, les insultes fusent de part et d’autre, les exigences des personnages sont avouées sans détour (certaines vérités peuvent faire très mal) ou bien les personnages se laissent déborder par leurs émotions (et les choses partent en vrille).

Le rythme d’une scène dramatique peut se décomposer ainsi :

Le début de la scène est classiquement calme. Il faut préparer le lecteur à cette confrontation émotionnelle. Disons que l’ouverture de la scène permet de mettre en place les conditions de cette confrontation.
Imaginons deux officiers de police. Il faut savoir que l’un d’entre eux vient de réussir un concours qui fait de lui le supérieur de l’autre. L’autre n’a jamais pu obtenir cet examen de passage. Et bien que le premier, fier certes de cette promotion, n’entend pas en jouer dans sa relation à l’autre, l’autre justement en conçoit peut-être une certaine jalousie. Et il ne voit qu’à travers la fierté affichée de l’un que le signe extérieur d’un mépris (ce qui n’est pas du tout l’intention).

Nos deux personnages avancent le long d’une berge pour aller interroger un suspect qui vit sur un bateau. La scène débute à ce moment et ils exposent quelques griefs l’un envers l’autre. Gardons aussi à l’esprit que jusqu’à présent, l’histoire nous a démontré qu’il existait une véritable amitié entre eux deux.

Le débat entre eux est retenu pour commencer. Mais plus ils avancent, plus le dialogue devient incisif et blessant. Et alors qu’ils approchent du bateau du suspect. la tension est montée à un point tel que les deux amis en viennent aux mains et se retrouvent tous deux à rouler dans la poussière.

Le rythme croît progressivement afin que l’intensité émotionnelle atteigne son apogée. Le mouvement s’accélère par les dialogues et des actions rapides (nos deux officiers par exemple peuvent se couper mutuellement la parole sans laisser à l’un comme à l’autre le temps de développer son argument). Une certaine excitation doit se faire sentir afin que l’intensité suive un crescendo.

La fin de la scène redevient étrangement calme. Nos deux officiers cessent de se battre. Peut-être se sont-ils rendus compte de la vanité de cette action. C’est en quelque sorte le temps pour la réflexion.
A la fin de cette scène, ils pourraient en effet se mettre apparemment d’accord pour mutuellement changer d’équipier.

Pour résumer :

Comment manifester l’émotion ? Lorsque ces émotions sont puissantes (passions, colère ou fureur, trahison…), elles tendent à se déverser violemment. Par nature, elles sont intenses et bruyantes.
Lorsque l’émotion est plus modérée, la scène en elle-même est moins dramatique parce que le personnage tend à refréner cette émotion voire à l’évacuer relativement facilement.

Néanmoins, lorsque l’émotion est trop douce ou trop amortie, la scène perd en puissance et paradoxalement manque d’émotion. Si cela est possible, il faut tenter d’équilibrer dans une même scène les émotions fortes et des émotions plus étouffées.
Cela participera à la montée en tension de la scène.


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Bonsoir William,

Pour bien illustrer ton propos, je me permets d’inciter nos chers internautes à se référer aussi à la séquence de Collateral de Michaël Mann après la fusillade dans la boîte de nuit jusqu’à l’accident (provoqué) du taxi.

J’ai toujours Syd Field sous la main et j’ai relu ce passage récemment. Ton article m’y a fait immédiatement pensé …

Ma réaction est donc toute bête mais confirme que tu ne proposes toujours que du bon et même du meilleur !