Emotion

EMOTION : PETITE INTRODUCTION

Gordon Lish a écrit :
Ce n’est pas au sujet de ce qui arrive aux gens dans une page ;  c’est à propos de ce qui arrive à un lecteur dans son cœur et dans son esprit.
Ce qu’il faut comprendre est qu’un bon scénario engage le lecteur émotionnellement.
Règles et principes sont utiles. Ils facilitent la lecture mais ils ne sont pas suffisants. Il est cependant nécessaire d’impliquer le lecteur dans l’histoire sur un plan émotionnel. Ce sera plus efficace.

L’émotion, la part vivante

Que vous placiez certains événements dans l’ordre préconisé tels que l’enseignent de nombreuses théories, vous êtes certes sur la bonne voie mais si vous n’y ajoutez pas une émotion à partager avec le lecteur, vous vous retrouverez avec un scénario stéréotypé, mécanique, prévisible et par conséquent ennuyeux.

Un bon scénario est autre chose que la concrétisation d’une théorie ou l’application de recettes narratives. Connaître les fondamentaux de l’écriture scénaristique est un avantage certain mais ils sont loin de pouvoir créer un bon scénario.
Ces règles, principes et théories ne font que transformer le projet d’un auteur en quelque chose que n’importe qui aurait pu écrire comme l’a remarqué Howard Rodman.

Pour améliorer l’expérience du lecteur, il faut aller au-delà des fondamentaux. Comprenez bien qu’il ne s’agit pas de ne pas s’en servir mais de les compléter de manière à créer une expérience émotionnelle chez le lecteur.
Lorsque vous lisez un scénario, il est crucial de ressentir quelque chose. Les psychologues parlent de machines à émotion, tout comme l’avait rappelé Blake Snyder.

La promesse d’une expérience émotionnelle est une des raisons impérieuses qui font déplacer les foules, qu’ils s’agissent d’adrénaline ou de rire. Il apparaît cependant que dans de nombreux scénarios, la réponse émotionnelle semble négligée.

Authenticité du scénario

Ce n’est pas que ces scénarios soient mauvais. Il semble seulement qu’ils se ressemblent tous et c’est ainsi que l’on peut penser que les théories nuisent à la spontanéité, à la créativité à moins de prendre conscience qu’une émotion et non la logique est ce qui constitue l’essence dramatique. La force vitale d’un scénario est son émotion comme le dit Karl Iglesias.

Un bon scénario devrait donc être une expérience émotionnelle intense et satisfaisante. C’est comme si chaque page, chaque mot qu’elle contient pouvait causer une sorte d’épanouissement émotionnel. Il serait bon alors de considérer à priori le lien émotionnel (une sorte de synapse) avec le lecteur comme une stratégie de réussite.

Vous devez vous adresser à votre lecteur lorsque vous écrivez. Avant de devenir un média visuel impliquant de nombreuses compétences pour sa réalisation, il y a au commencement un scénario qui se lit.
La lecture est une activité personnelle. Tout se passe entre le lecteur, la page et les mots. L’expérience d’une émotion n’est alors possible qu’à partir des mots et de leur assemblage.

Vous êtes donc en tant qu’auteur de ces mots responsable de la réponse émotionnelle de votre lecteur.
Et si ce n’est pas la réponse à laquelle s’attend votre lecteur, la frustration et l’ennui pointeront et ce sera Game Over comme le dit Karl Iglesias pour votre projet.

Chaque page de votre scénario est importante d’autant plus que le nombre de pages ne peut être aléatoire. Chaque page aura un coût lorsqu’il s’agira de la mettre en images.
Les dialogues, les personnages, les conflits dans une scène devraient être travaillés de manière à inciter le lecteur à en savoir davantage, à vouloir tourner la page.

Il y a une confiance qui doit s’installer entre le lecteur et l’auteur. Le lecteur s’attend à ce que l’auteur soit capable de créer une expérience émotionnelle satisfaisante. Si votre écriture n’est pas suffisamment adroite pour livrer l’expérience recherchée par le lecteur, la confiance sera brisée et le lecteur n’aura pas envie de tourner les pages.

Prenez le temps de revoir chaque page de votre scénario après que vous ayez écrit une première version. Testez si l’expérience émotionnelle que vous désirez susciter chez le lecteur fonctionne et souvenez-vous qu’une émotion est fondamentale dans l’art de conter.


Avez-vous trouvé cet article utile ?

Cliquez sur une étoile pour voter

Average rating / 5. Vote count:

Soyez le premier à voter pour cet article

Nous sommes désolés que cet article ne vous a pas été utile

Aidez-nous à améliorer cet article

error

4 réflexions sur « EMOTION : PETITE INTRODUCTION »

  1. Bonjour William,

    Oui, j’ai vu que tu étais très soucieux de l’éthique des personnages …

    Faut pas 😉 !

    L’effort pour créer un gentil ou un salaud reste le même.

    Tout ne dépend que de sa propre éthique personnelle et de la confiance qu’on porte en elle.

    Par exemple au hasard, aucune inquiétude concernant la tienne !

    (Ceci dit, tu as bien raison de soulever la question, surtout sur son importance dans l’apport émotionnel. La fameuse finalité !).

  2. Bonsoir William,

    Article bienvenu car plus qu’opportun en ces périodes d’uniformisation.

    C’est une réflexion nécessaire à chacun.

    Préalable ou en réécriture.

    La dimension de créativité et d’originalité auquel la connaissance (à défaut de maîtrise) des principes techniques permet d’atteindre.

    Le stade supérieur qui justifie la vocation !

    On finit tôt ou tard par réaliser que c’est ce but ultime que notre passion nous a toujours incité à poursuivre sans relâche !

    (Celui sur lequel je m’aperçois avoir davantage concentré mes recherches personnelles au delà de l’apprentissage à vie de la narration).

    1. Par contre, je vois qu’il s’agit d’une « petite » introduction (petite mais grandiose).

      Cela devrait peut-être annoncer une nouvelle série d’articles qui me réjouit d’avance.

      Bravo à toi de trouver de telles sources.

      Puisque nos éditeurs semblent peiner à les traduire en français, ton apport n’en est que plus considérable !

      Merci pour tout ton précieux concours.

      1. Bonjour Patrice,
        C’est effectivement plus une orientation en rapport avec mes propres recherches sur l’éthique des personnages. L’écriture est probablement un moyen de canaliser le bouillonnement d’idées qui nous assaillent au quotidien. Comme il est difficile de s’exprimer oralement (du moins d’être compris), l’écriture nous permet alors de dénoncer nos maux (ou toutes sortes de maux), de tenter d’expliquer par des allégories ce que notre lucidité parfois confuse perd en éloquence.
        Les émotions sont un moyen d’expression privilégié car par personnage interposé, elles permettent à un lecteur de ressentir des sentiments, de reconnaître (même si cette reconnaissance est ténue) des expériences partagées et de prendre conscience de certaines réalités qu’une thèse aurait bien du mal à faire accepter.
        L’émotion est ainsi un vecteur d’informations assez efficace quand une approche plus rationnelle à des difficultés à faire passer un message.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.