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ÉCRIRE, C’EST D’ABORD UN PROCESSUS

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Et ce processus commence par une période d’incubation. Ce qui ne signifie pas qu’il doit y avoir un certain nombre de règles à suivre ou bien que vous deviez satisfaire à une quelconque check-list. Rien de tout cela car l’écriture, c’est d’abord un processus intuitif.

Le temps est quelque chose d’objectif lorsqu’on le mesure mais il est éminemment subjectif lorsqu’on le vit. Écrire n’est donc pas non plus une question de maturité qui s’exprimera dans le temps.

L’idée

Pour Shonda Rhimes, la chose qui compte est l’idée qu’on rumine. Comme il faut bien qu’un jour ou l’autre, ces ruminations deviennent quelque chose de concret, Shonda Rhimes se fixe alors ce qu’elle nomme elle-même une deadline. Elle se fixe une échéance.

Cette première échéance consiste à savoir comment vous allez prendre cette idée pour en faire une histoire. Quelle approche allez-vous adopter pour que cette idée abstraite devienne matière d’une histoire de plusieurs dizaines de pages ?

Prenons que vous avez un personnage en tête qui vous a été inspiré par une personne bien réelle. Quel que soit l’angle sous lequel vous observez cette personne, tout vous semble fascinant. La question est de savoir quoi incorporer de cette personne dans votre histoire qui fera de votre personnage un être aussi fascinant que celui qui vous inspire ?

Il n’y a pas de méthode à suivre. Car le simple fait de penser à cette personne réelle, de la comparer sans cesse à votre personnage imaginaire, de prendre quelques notes parfois et puis vous respectez une échéance à laquelle vous pourrez vous dire qu’à partir de celle-ci le temps de la réflexion est accompli et celui d’écrire est advenu.

Shonda Rhimes avoue avoir passé parfois une année à réfléchir ainsi à l’un de ses personnages.

Idée, prémisse, recherche

Voici l’ordre que propose Shonda Rhimes. L’idée se transfigure en prémisse et la recherche prend les germes de la prémisse pour en faire une histoire.
Ce sont les personnages qui occupent le plus les pensées de l’auteur. Ceux-ci ne le quittent pas dès le commencement.

Cependant, après que les personnages aient mûri dans l’esprit de l’auteur, il sera temps pour celui-ci de jeter sur le papier non pas de longues descriptions de ses personnages allant du détail vestimentaire au détail psychologique le plus inconscient.

La première étape qui lance le processus d’écriture est d’établir une liste grossière des événements qui sont censés se produire dans l’histoire.
Écrire un plan, c’est décrire les moments les plus dramatiques. Cela vous donne une ligne de conduite. Le plan est un précurseur des scènes à venir.

Une scène s’inscrit dans un contexte particulier. Les circonstances dans lesquelles une scène se présente font elles aussi partie d’un ensemble qui n’est autre qu’une succession de faits dont chacun d’eux mène à des circonstances particulières dans lesquelles des scènes peuvent alors exister et être justifiées.

Pour Shonda Rhimes, après que l’on est compris de quoi parlera notre histoire, faire un plan est le moyen par excellence pour la concrétiser.
Le plan n’est pas la structure. C’est un moyen de tisser ensemble des faits, des actions pour leur donner un sens global.

Vos scènes illustreront ces différentes actions, les incarneront en personnages, dialogues, lieux… Il apparaît logiquement que le point d’entrée dans l’écriture, dans l’acte d’écrire, n’est pas la scène mais le plan.

Après avoir posé les grandes lignes, il est bon alors de tenter d’en découvrir la structure. D’abord, en les décomposant en actes afin de déterminer les différents axes selon lesquels l’histoire se déploiera.

Par exemple, si l’un de ces axes dramatiques dont vous ne souhaitez pas faire l’économie est de suivre une adolescente qui réussira à se sortir d’une addiction et d’un conflit majeur avec sa mère ou son père et parallèlement, de suivre une autre adolescente qui ne parviendra pas à s’en sortir, votre structure doit pouvoir refléter la mise en place et l’expression de cet axe central de votre histoire.
Ces axes dramatiques ne sont rien d’autres que des thèmes. Chaque épisode d’une série par exemple met en avant certains thèmes et ce sont précisément ces thèmes qui constituent la substance unique de chaque épisode.

L’importance du dénouement

Comme beaucoup d’autres auteurs, Shonda Rhimes conseille d’envisager dès le commencement ce que sera la fin de votre histoire. Connaître le dénouement, c’est vouloir déterminer a priori ce que sera l’effet que nous cherchons à obtenir sur le lecteur.

Comme le plan vous permet de prédire la fin de votre histoire (pour votre usage personnel car il ne faut surtout pas rendre votre histoire prévisible. Surprendre son lecteur consiste à ne pas satisfaire à ces exigences et attentes), vous savez non seulement où vous allez mais aussi où vous souhaitez emmener votre lecteur.

Donc, pour obtenir cet effet sur le lecteur, vous allez devoir créer les différentes étapes (actions, événements, faits, rencontres, incidents…) qui mèneront sûrement à cette destinée, à cette impression que vous voulez laisser à votre lecteur.

Écrire ne peut être un acte gratuit. Cela sous-entend un réel engagement de l’auteur. Pour construire ces étapes, vous pouvez vous aider de la théorie narrative Dramatica ou bien laisser libre cours à votre imagination pour prendre l’esprit de votre lecteur et le guider vers votre destination.

Créer un plan, c’est analyser votre histoire. Vous allez la décomposer en ses briques élémentaires (qui d’ailleurs pourraient peut-être encore s’atomiser mais il y a un moment où il faut s’arrêter) alors que vous n’avez qu’une seule idée, celle de l’impact de votre histoire à venir sur votre lecteur.

Écrire, c’est écrire à rebours.

Il existe différentes façons de faire ce plan. La méthode préférée de Shonda Rhimes est le morceau de papier sur lequel est inscrit un événement. Autant de morceaux que d’événements. Comme ces bouts de papier sont libres par nature, ils sont alors facilement ré-arrangeables afin de créer autant d’ordonnancements que l’imagination est capable de donner (peut-être même de se rendre compte qu’il manque certaines choses pour combler les manques narratifs comme une conséquence dont on ne perçoit pas la cause par exemple).

Ce qui compte, c’est que vous ayez une représentation physique des mouvements de votre histoire. Cela vous aidera à savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Plus vous détaillerez ce plan (mais si votre caractère ne vous incite pas à aller très loin dans un tel développement, ce n’est pas un problème) et plus vous vous faciliterez la tâche pour écrire ensuite vos scènes (car vous aurez déjà mâché une partie de l’effort).

Une équipe, peut-être ?

Shonda Rhimes conseille de pousser son plan dans les détails le plus possible mais aussi de ne pas travailler seul sur ce plan. Il est plus facile de faire lire un plan de quelques pages plutôt que d’asséner 100 ou 120 pages (pour un scénario) à un lecteur prêt à vous aider.

Proposez à un lecteur que vous savez impartial le premier jet de votre plan. Ensuite, vous travaillerez ensemble à le comprendre et à le détailler. Ainsi, vous aurez un véritable plan qui vous servira comme un guide fidèle car vous saurez où vous allez.

Pourquoi avoir au moins un regard extérieur ? Parce que vous devez trouver un consensus sur votre vision des choses. Ce consensus n’est pas de savoir que votre lecteur est d’accord avec votre message (votre engagement personnel dans votre projet et votre œuvre) mais qu’il comprenne ce que vous avez cherché à dire.

C’est une condition impérative non pas pour le succès éventuel de votre histoire mais pour que celle-ci soit communiquée, reçue par le lecteur et après seulement jugée.

point de vueMARGARET ATWOOD ET
LE POINT DE VUE

 

 

 

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Une réflexion sur « ÉCRIRE, C’EST D’ABORD UN PROCESSUS »

  1. Bonsoir William et toujours merci de ces précieux articles dans lesquels on finit chaque fois par se reconnaître quand on est soi-même en pleine pratique.

    Pour ma part, mon personnage pourtant existant dans la réalité mais comme surgi de mon imaginaire, a déjà un an mais je pardonne volontiers au consultant hollywoodien incitant à la « deadline » des 9 mois d’une grossesse.

    Savoir en fait que tout commence par le désir d’avoir un enfant, soit bien avant sa conception

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