Histoire

ÉCRIRE L’HISTOIRE TOUT SIMPLEMENT

Vous avez eu dix minutes d’une inspiration à laquelle vous ne vous attendiez pas. L’idée était là, certes, mais loin d’être évidente. Et maintenant votre esprit est comme gelé.
Alors posez-vous et interrogez-vous sur ce que vous aviez envie d’écrire. Que vous ayez envisagé un personnage ou une situation ou le désir de dénoncer quelque chose qui vous offusque ou bien qui offusque le monde et bien que ce besoin ou caprice créatifs semble s’être soudain tari, dites-vous cependant que vous étiez sur le point d’écrire quelque chose.

Et il va falloir mener ce projet à son terme.
Une histoire (et davantage encore un scénario) est souvent à propos d’un personnage – votre idée provient peut-être de quelque chose de plus abstrait ou bien vous souhaitez parler des dégâts de l’agriculture intensive qui sous le prétexte de nourrir les hommes les condamne à la famine. Ce peut être encore l’histoire d’une pandémie ou bien vous ressentez le besoin de retranscrire vos observations sur le monde ou sur votre semblable (qui n’a rien de semblable hors peut-être sa nature humaine) – une histoire fait appel à un personnage pour se manifester.

Les éléments clefs d’une histoire

Ce personnage est qualifié de personnage principal. Ce n’est pas parce qu’il apparaît habituellement dans pratiquement toutes les scènes qu’il est ainsi dénommé. Dans une histoire, il y a un personnage qui fait autorité sur le propos de l’auteur non seulement parce que celui-ci l’utilisera pour porter son message mais concrètement parce que ce personnage  a un problème et qu’il va devoir le résoudre.

Quelle que soit la nature du problème, ce personnage va s’investir dans une activité pour tenter d’y trouver une solution. Comme dans la vie réelle, il faut être motivé pour agir. Dans une histoire, rien ne devrait être gratuit. Toutes les scènes doivent faire sens avec le tout.
Pour justifier cet investissement, l’auteur devra inventer des enjeux. Et l’enjeu sera important pour ce personnage.

Pour donner davantage de corps à cette idée ou à ce concept d’histoire et avant de planifier celle-ci (qui est une étape qui facilitera par la suite l’écriture du scénario), l’auteur s’interrogera sur les éléments clefs de son histoire.

Quel type de personne est ce personnage principal ?

Il faut savoir que l’empathie du lecteur va se poser sur ce personnage. C’est-à-dire que le lecteur, par personnage interposé, ressentira des sentiments de joie et de peine. C’est un moyen dramatique de l’impliquer dans l’histoire. Envisagez toujours la richesse des sentiments qui véhiculent via un être de fiction.

Maintenant, on pourrait avoir ce geste critique que je distille entre les lignes de Scenar Mag et s’interroger sur la pertinence d’un personnage principal dans une histoire. Et pourquoi l’empathie ?
Si nous considérons le néorealisme, l’auteur conte un contexte social réduit à la dimension de l’individu. Ces gens de la rue dépeignent le quotidien en soi.

Admettons alors pour cet article que les notions de personnage principal, d’empathie, d’enjeu, d’objectif à atteindre seraient des principes constitutifs d’une histoire à priori.
A priori signifiant que l’on ne questionnera pas cet usage théorique et que nous ne recherchons que l’aspect utile pour notre envie d’écrire.

Quel est le problème ?

Classiquement, ce personnage principal a un problème qu’il va devoir résoudre. Au début de l’histoire, il est dans son monde ordinaire comme la zone d’un confort apparent. Un incident, cependant, viendra bouleverser ce quotidien. Ce sera comme une sorte de rédemption pour lui s’il décide d’accepter le changement que cette vie fictive lui propose.

L’auteur peut vouloir aussi que son personnage principal décline cette possibilité narrative. Tout dépend de son message. Pour rendre concret ce moment majeur de l’histoire qui va décidément orienter celle-ci dans une direction et pas dans une autre [il est préférable que l’auteur ne soit pas diffus dans l’exposition de son histoire au risque de ne pas rencontrer la compréhension du lecteur], il suffit d’imaginer la situation qui va mettre en difficulté le personnage principal. Peut-être sera t-il la victime d’une injustice quelconque et il lui faudra réparer cette injustice (c’est-à-dire résoudre le problème).

Quels sont les enjeux ?

Pour répondre à cette question, il suffit de se demander ce qu’a à perdre le personnage principal s’il ne résout pas son problème. On rencontre souvent dans la littérature et dans les pages de Scenar Mag le terme d’objectif. Problème et objectif ont en fait une signification tout à fait similaire.

On peut même commencer par les enjeux si ceux-ci portent le thème de l’histoire et se décider ensuite pour le problème qui leur convient le mieux.

Et l’émotion ?

Particulièrement dans un scénario, l’émotion doit être au rendez-vous. En fait, elle devrait être au cœur de l’histoire. C’est par l’émotion que le lecteur peut s’investir dans un personnage. Les actions montrent l’histoire (tout est monstration dans un scénario) et nous ne pénétrons pas la tête de nos personnages comme dans un roman.

Ce sera l’action qui affectera le personnage. Tous les personnages surtout s’ils sont fondés sur un archétype ne s’émouvront pas facilement. Mais même dans le cas d’un archétype (toujours très utile pour élaborer le casting de son histoire), on peut tordre les traits de cette personnalité spécifique afin qu’un événement (quelle que soit sa signification par ailleurs) ne pousse le personnage dans des recoins émotionnels.

Et somme toute, comme dans la vie réelle, les personnages réagissent au monde sensible qui les fait agir avant même que l’on ait eu le temps de raisonner ce qu’il nous arrive. Ainsi, la passion et l’émotion sont de véritables moteurs qui font avancer l’histoire.

Pour vous aider à lier l’action et l’émotion, livrez-vous à ce petit brainstorming :

  1. Au début de mon histoire, un événement se produit. Ce sera l’incident déclencheur.
    Quel est cet événement ?
  2. Mon personnage principal réagira émotionnellement à cet événement.
    Comment doit-il se sentir ?
  3. Parce qu’il se sent dans un certain état d’esprit à la suite de l’événement, il va réagir de façon émotionnelle.
    Que fera t-il ?
  4. Sa réaction entraîne celle d’un autre personnage.
    Que fera cet autre personnage ?
  5. Cette action et cette réaction forment un événement nouveau. Et naturellement, cet événement crée un nouveau sentiment chez le personnage principal.
    Quel sera ce sentiment ?
  6. Et le cycle reprend.
    Que fera le personnage principal en réaction de l’impact qu’a sur lui l’autre personnage ?

Il est alors plus facile de construire toute une scène émotionnelle (ou du moins ses bases) juste avec ce petit brainstorming.

Une personnalité perfectible

Une chose va s’avérer certaine. En explorant votre personnage principal et en vous posant les bonnes questions à son sujet, il y a fort à parier que celui-ci se présentera avec sa propre histoire. Il est important avant de commencer à écrire d’aller à sa découverte. De connaître ses failles et comment celles-ci seront les initiatrices de l’histoire que vous vous apprêtez à conter.

Sa morale aussi sera à évaluer (laissez le lecteur en juger, contentez-vous de la comparer, de la sonder). Dans la vie réelle, la perfection est une utopie. La nature humaine est faillible et c’est ce qu’il y a de si attirant en elle pour en faire des personnages de fiction.
De plus, cela aidera à l’identification du lecteur qui verra en ce personnage des faiblesses auxquelles lui-même est confronté de près ou de loin.

Un personnage colérique, arrogant, égoïste ne sera peut-être pas sympathique mais il sera humain. Par ailleurs, un personnage a la douceur trop exemplaire, trop humble ou trop miséricordieux et même si cela le rend aimable et attirant aux yeux du lecteur seront à considérer par l’auteur comme des faiblesses, des failles dont son ennemi déclaré (la force antagoniste) saura tirer profit.
Prenez par exemple Le choix de Sophie. Si Sophie (personnage principal) n’était pas dans le déni, à quelle histoire aurions-nous assistée ?

Comment manifester ce défaut ?
D’abord, il vous faut déterminer quel sera cet abyme dans lequel le personnage sombrera et par lequel il sera entraîné vers un dénouement funèbre s’il n’en prend pas conscience.

  1. Pour valider cette faille, interrogez-vous sur la pire situation dans laquelle le personnage principal pourrait se trouver. Cela peut vous donner quelques pistes de réflexion pour votre muse.
  2. Et jeté dans une telle situation, quelle serait alors sa première réaction ?
    Parce qu’elle sera la manifestation la plus pure de la faille dans sa personnalité. Ne cherchez pas à vous interroger sur les conditions de possibilité de cette réaction. Ne la rendez pas relative à telle ou telle circonstance, c’est presque par instinct que le personnage répondra à cette adversité.
  3. Evidemment, cette action aura l’effet inverse que prévu. Comment pourriez-vous décrire ce retour de flamme ? Où se produira t-il  ? La situation du personnage principal pourrait-elle être encore pire ? Pourrait-il perdre son emploi après une décision qu’il a prise  dans l’urgence ? va t-il s’effondrer et connaître un moment de crise personnelle comme jamais ? ou bien cela renforcera t-il l’opinion négative que les autres ont de lui ?
  4. Maintenant, parmi tous les personnages que le personnage principal côtoie, quel serait le moins probable qui pourrait le soutenir dans un tel moment ?
    Imaginons que votre héros est au creux de la vague. Il n’a plus personne vers qui se tourner. Et si …  au hasard de sa désespérance, il faisait la rencontre d’un chien perdu et abandonné et laissé lui aussi sans main tendue. Et que ces deux -là trouveraient ensemble la solution à leur problème commun ?
  5. Mais la résolution du problème ne peut être immédiate. On ne peut pas finir l’histoire comme cela. Ce personnage aura une influence sur le personnage principal. Certes, il se présente à lui comme un allié mais cela ne présage pas non plus qu’il le restera tout au long de l’intrigue. Il peut très bien changer en cours de route comme de révéler ses véritables intentions qui vont à l’encontre de celle du personnage principal.
    Quoi qu’il en soit, ce personnage va inciter le héros à agir pour sortir de l’impasse ou simplement le remettre sur les rails vers la résolution de son problème.
    Quelle pourrait être alors cette action qu’entreprendra le personnage principal après sa rencontre avec ce nouvel allié (temporaire ou définitif, donc) ?
  6. Cette nouvelle action est une activité dans le même sens que l’emploie la théorie narrative Dramatica. Et parce que le conflit est l’essence dramatique, il faut imaginer qui ou quoi pourrait se mettre en travers de cette activité.
    Seulement, après l’expérience précédente au cours de laquelle le personnage principal a laissé parler sa sensibilité, peut-être que cette fois, il écoutera davantage sa petite voix de la raison. Peut-être élaborera t-il une stratégie pour affronter cette force antagoniste dans un climax où il se sera donné une chance de l’emporter. Et c’est ainsi que ce qui était la faille dans sa personnalité, probablement due à une vieille blessure non intégrée, peut se transformer en un atout. Du moins, si l’auteur en a décidé ainsi.
    Est-ce que le personnage principal changera ou non sa personnalité ? Voilà la question à se poser.
  7. Parce que le climax ne doit pas être téléphoné.
    Votre lecteur doit se demander jusqu’à l’ultime moment de ce climax si le personnage principal vaincra cet antagoniste (quelle que soit sa forme, incarnée ou bien la nature elle-même ou bien encore une institution [mais celle-ci est généralement représentée par un personnage]).
    Vérifiez si le défaut de votre personnage principal tel que nous l’avons découvert au début de l’histoire supporte une inversion de polarité légitime. N’inventez pas un Deus Ex Machina parce que vous n’avez pas osé revoir votre copie.

 


 

 

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On ne dit pas et on ne peut pas dire la situation la plus pire…. On dit : la pire situation. Pire est le superlatif de mauvais.