Dialogues : Conseils de David Trottier

DIALOGUES : CONSEILS DE DAVID TROTTIER

Les dialogues ne sont pas comme dans la vie réelle. Ils ne font que ressembler à celle-ci.
Ils sont plus concentrés, moins décousus.

Tout ce qui est superflu est rejeté. Les dialogues sont organisés, ils possèdent une direction tout en conservant le style d’un discours réel.
Bien qu’ils n’ont pas être réels, seulement crédibles.

Une concision bienvenue

Evitez les longues tirades. Tentez d’écrire des dialogues d’une ou deux lignes.
La nature d’un scénario impose que ce qui est dit doit être compris immédiatement. La matière filmique se déroule et l’on n’est pas censé être capable de rembobiner.

Evitez les monologues. Les dialogues devraient être créés sur le ton de la conversation. Autorisez les personnages à s’interrompre mutuellement, à se mentir, à se méprendre sur les intentions de l’autre.

Les personnages ne devraient pas non plus se nommer au cours de leur conversation. L’intérêt des dialogues est qu’ils mettent les personnages en compétition. Il y a du conflit dans l’échange.
Il y a toujours une motivation à ce qu’un personnage dit à un autre.

Ecrivez vos dialogues avec le cœur

Ne réfléchissez pas trop au contenu de vos lignes de dialogue. Posez-vous simplement les questions :
N’y aurait-il pas une autre façon plus originale, plus directe de dire la même chose ?
Le lecteur ne se contenterait-il pas d’une tirade plus courte ?

Il est important de se concentrer sur la légitimité de ce que les personnages disent. Et si votre histoire exige une longue tirade, alors celle-ci devra être justifiée.

La propre voix de vos personnages

La clé est de connaître intimement vos personnages pour les faire parler avec leur propre voix. Comme le dit William C. Martell, le lecteur doit pouvoir reconnaître un personnage non pas au son de sa voix, mais aux mots qu’il emploie et à sa façon de les prononcer.

Ainsi, vos lignes de dialogue ne pourraient être prononcées par n’importe quel personnage. Si c’est le cas, vous avez un problème.

Cette voix consiste en huit éléments :

  • Le texte
  • La signification profonde du texte c’est-à-dire le message sous-jacent au texte. Le texte est superficiel. L’intention ou la motivation résident en profondeur.
  • La grammaire et la syntaxe
  • Le vocabulaire
  • L’accent régional ou aux influences étrangères
  • Les mots d’argot
  • Le vocabulaire professionnel
  • Des éléments de style tels le rythme ou la longueur des phrases.

Ce qu’il faut éviter dans les dialogues

Une sur-exposition

Prenons le même exemple que David Trottier.

MAUREEN
Nous avons été marié dix ans.

GILBERT
Oui, je me souviens. Nous nous sommes mariés sous le grand chêne du jardin, celui que ta mère a fait abattre un an plus tard.

Ce que nous constatons ici est que les dialogues informent le lecteur à la fois sur les personnages mais aussi sur un élément important de l’intrigue.
Les dialogues ne devraient pas énoncer des choses qui sont connues des personnages. Ce n’est pas de la matière filmique.

Si, par exemple, Maureen observait la photo de leur mariage sous le grand chêne et presque à elle-même :
Nous avons été marié dix ans
ce qui est le plus important à communiquer ici est un message sous-jacent qui peut être lourd de promesses non tenues.
Et Gilbert, le regard tourné vers le jardin (copie exacte de la photographie avec pour différence notable le moignon racineux d’un vieux chêne) pourrait répondre un
Oui
laconique mais lourd lui-aussi d’un non-dit que l’intrigue se chargera ensuite de développer en particulier dans la relation entre Maureen et Gilbert.

L’exposition doit émerger naturellement du contexte de l’histoire et surtout ne doit pas être forcée par un artifice dialogué.

Ne sur-détaillez pas

Ne mettez pas plus de mots qu’il n’est nécessaire dans la bouche de vos personnages. Si vous sentez que cela se produit, rendez l’échange plus chaotique, plus vif entre les personnages. Ne laissez pas les personnages attendre que l’un ait fini son discours pour que l’autre prenne la parole.

Il ne s’agit pas seulement d’interrompre mais d’envoyer les arguments plus rapidement ou de finir les phrases de l’autre.

Faites en sorte aussi  qu’il n’y ait qu’une idée à la fois dans ce que dit un personnage. Ne le laissez pas dire tout ce qu’il a à dire en une seule tirade. Ce ne serait plus une conversation mais davantage un monologue.

Une autre chose à éviter est de dire une chose et de la faire suivre par son message sous-jacent. Reprenons un exemple de David Trottier :
Le son de sa voix me désarme totalement. Je l’aime.

Le Je l’aime est la signification profonde de la première proposition. Celle-ci n’a pas besoin d’être davantage explicitée. Le lecteur est capable de comprendre le message profond sans qu’on lui mette les points sur les i.
Donc il ne vous reste plus qu’à faire l’économie du Je l’aime qui est contenu en puissance dans la première proposition.

L’hyperbole

L’hyperbole consiste à exagérer certaines émotions. Ce n’est pas un atout car cela masque une motivation faible ou une situation manquant d’intensité dramatique.

Cela provient souvent parce que l’auteur n’est pas allé suffisamment à la rencontre de ses personnages.
Parfois, ce peut simplement être un manque d’imagination.
Murmurer une réplique avec beaucoup d’intensité dans la voix peut être beaucoup plus efficace qu’une émotion poussée à son extrême avec beaucoup de gesticulations.
Parfois, essayer de contrôler une émotion est beaucoup plus visuel et plus fort que d’exprimer cette émotion.

Un bavardage inutile

Certaines choses pourtant naturelles dans la vraie vie s’avèrent ennuyeuses dans un scénario.
Prendre des nouvelles de la petite famille, par exemple, est une perte de temps (à moins que cela ne serve l’intrigue).

Allez au cœur de ce que vos personnages ont à dire même si vous utilisez des moyens détournés pour ce faire. En quelque sorte, ne meublez pas.

Par exemple, faites leur dire des choses qui implique un message sous-jacent ou bien faites les utiliser des métaphores ou des antiphrases.

Pas de redondances

Ne faites pas répéter à vos personnages ce que le lecteur à déjà entendu quelques scènes auparavant. Car cela crée un sens de stase dans l’esprit du lecteur comme si l’histoire piétinait sur place.
Chaque scène devrait apporter son lot d’informations nouvelles.

Mais il peut être utile d’écrire une scène qui résume la situation afin de permettre au lecteur de se remémorer les événements et de bien appréhender la situation actuelle.

Ne sombrez pas dans le cliché

Et en particulier, ne réutilisez pas des lignes de dialogues entendues dans d’autres films sauf si l’allusion sert votre propos.
De toutes façons, cela manquera d’originalité.

A propos d’originalité, ne faites pas dire à un personnage
Puis-je vous offrir un verre ?
C’est tellement banal que si le contexte ne l’impose pas, votre personnage prendra un sérieux ombrage dans l’esprit du lecteur.
Trouvez plutôt une réplique qui corresponde à la personnalité de votre personnage.

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