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DES CONFLITS SIGNIFICATIFS

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Pour interpréter une histoire, il n’est pas suffisant de comprendre les conflits comme autant d’oppositions aussi résistantes celles-ci puissent être.

Le lecteur doit comprendre la nature du conflit, ses causes et pourquoi il importe tant aux personnages. Que les conflits soient expliqués d’emblée ou bien qu’ils soient progressivement révélés tout au long de l’intrigue, le lecteur cherchera encore à faire sens du problème des personnages (mais ils rencontreront de nombreuses situations conflictuelles puisque tout dans une histoire tend à être conflictuel).

Si les conditions de cette interrogation ne sont pas pensées par l’auteur, l’intérêt du lecteur pour l’œuvre s’émoussera. Simplement, cette interrogation sur la nature du conflit est un moyen narratif d’incitation du lecteur à en savoir davantage sur l’histoire et sur ce qu’il va bien pouvoir se passer ensuite.

De la rondeur

Si le problème est posé et seulement posé, c’est-à-dire que ce problème est la prémisse ou le thème du récit et n’a pas de solution dans le cours de l’intrigue, l’histoire en souffrira parce qu’il n’y aura pas d’effet sensible sur les personnages, de conséquences des actions sur les personnages (et a fortiori pas d’effort de ceux-ci pour résoudre le problème ce qui rend l’histoire moins passionnante).

Il n’y aura pas de conflit. Puisque le lecteur n’observe pas de situations conflictuelles dans lesquelles l’auteur aurait jeté son personnage principal et les autres (lorsque le personnage principal est dans une scène comme la plupart du temps, il est bon qu’il y ait un conflit au moins sous-entendu), le lecteur ne sait pas vraiment ce que ce conflit signifie pour les personnages.

Lorsque le lecteur ne parvient pas à justifier la nature conflictuelle d’une scène, il ne parvient pas à établir un lien avec les personnages. Certes, il existera des scènes d’action pure. Ce n’est pas un souci tant que l’auteur a conscience qu’elles sont superficielles et qu’il lui faudra des scènes plus intimes pénétrant les profondeurs d’une relation.

Et cette relation est examinée sous ses aspects les plus conflictuels.

Des conflits significatifs expriment à travers les tribulations des personnages (comment ils affrontent et surmontent leurs difficultés) des qualités humaines fondamentales.
Qu’elles soient positives ou négatives, elles nous aident à comprendre l’histoire, notre monde (on ne sort jamais vraiment indemne d’une bonne histoire) et nous-mêmes.

Les réponses qu’apportent les personnages tout au long de l’intrigue forgent des personnages fascinants et des histoires d’une grande efficacité.

Philosophie des conflits

Il importe que l’auteur se saisisse immédiatement du conflit car les conflits ne sont pas ce qui lui vient naturellement à l’esprit. Il privilégie d’autres éléments narratifs.

Et le lecteur ne fait pas mieux. Il reconnaît d’abord l’évidence, ce qu’il discerne le plus facilement dans une scène. C’est-à-dire les personnages qu’il identifie par leurs fonctions dans l’histoire (protagoniste, antagoniste et d’autres archétypes).
Ensuite les lieux où se déroule l’action et certains lieux se répètent de récits en récits et le lecteur les reconnaît et leur attribue des qualités comme par exemple la nuit souvent utilisée pour créer de la tension et du suspense.

Parfois, le lecteur suit l’histoire selon l’intrigue seulement c’est-à-dire qu’il se préoccupe de la succession des événements et observe passivement ce qu’il s’y passe. Il est pris dans les rets de la structure qui le conditionne en quelque sorte et perd tout esprit critique.

Ce que je cherche à dire est que l’histoire ne lui apportera rien intellectuellement. Une bonne histoire fait réfléchir. Le moyen narratif qui incite le lecteur à la réflexion, ce sont les conflits quelle que soit la structure dans laquelle ils s’inscrivent (ou encore le genre littéraire qui les orientent ou les colorient).

Certes, tous les éléments dramatiques sont nécessaires. Les lieux comme les fonctions des personnages sont essentiels dans la composition des histoires. Néanmoins, le conflit est souvent disqualifié par rapport à d’autres éléments dramatiques.
Il semble plus facile d’écrire l’action pour l’action que de mettre en place une situation conflictuelle.

Par exemple, il est préférable d’écrire un personnage qui essaie de convaincre un interlocuteur incrédule que de montrer un conférencier tentant de convaincre une salle du bien-fondé de ses affirmations. Cette seconde scène est tout à fait légitime pour décrire une situation ou des circonstances, emmener le lecteur avec soi dans la description de son univers mais elle n’est définitivement pas conflictuelle.

Les conflits ne se justifient pas

Il est inutile de se lancer dans des longueurs inutiles pour expliquer les origines d’un conflit. La nature d’un conflit peut être explorée et cela suffit souvent à satisfaire la curiosité d’un lecteur.
Par exemple, la nature d’un conflit pourrait être celle que nous connaissons tous lorsque nous avons à nous débattre contre nous-mêmes (Hamlet en est une très bonne source d’inspiration et malgré la connaissance intime que nous avons de ce personnage, un auteur peut toujours innover en se fondant sur Hamlet pour construire ses propres personnages).

Glorifiez le conflit et le lecteur vous remerciera. Somme toute, ce n’est pas l’histoire qui a besoin de conflits. Mais le lecteur.

Et c’est là que la philosophie intervient. Car la littérature dès le début de son histoire nous a maintenu en étroite association avec nous-mêmes. Cette littérature qui dès les premières pages nous prend par les rênes et nous guide dans la pensée humaine et son expression.

Alors pourquoi penser conflits ? Est-ce seulement parce que le lecteur veut en voir la conclusion ?
Le conflit est violent et destructeur. Comment une telle violence peut-elle avoir du sens ? Dans la vie réelle, on évite plutôt le conflit.

En fiction, le conflit est une notion abstraite. Les conflits ne sont rien d’autre qu’un procédé narratif. Ce sont des dispositifs littéraires qui servent à exprimer la résistance que rencontre le protagoniste en tentant de réaliser ses objectifs ou ses rêves.
Les conflits décrivent un désaccord majeur dont la source peut être extérieure ou même puiser à l’intérieur de soi.

Les conflits surgissent lorsque le sujet se bat contre lui-même ou bien lorsque les circonstances dans lesquelles il se trouve sont naturellement conflictuelles. Plus intéressant peut-être est lorsque sa relation aux autres est conflictuelle. Il faut prendre conscience des forces qui s’opposent dans un conflit.

Les conflits sont le moteur de l’intrigue

Ce dispositif narratif agit comme l’élan vital de la progression du récit. Il suscite l’attention du lecteur au fur et à mesure que celui-ci s’investit dans les événements auxquels il assiste d’abord et s’implique ensuite.

La notion de conflit a une portée très large et les exemples ne manquent pas. On peut dire aussi que toutes sortes de conflits sont déjà apparues dans la littérature. Et pourtant cette multiplicité même dissocie le conflit du récit.
Ainsi, autonome vis-à-vis du récit, la signification singulière d’un conflit n’interfère pas avec la signification de la scène en laquelle il se manifeste.

Un couple qui se dispute pour la garde d’un enfant par exemple n’est pas au cœur de la scène. Cette dispute ne justifie en rien la scène dont le thème est celui de la séparation. Son empreinte pourrait s’imprimer dans n’importe quelle scène qui ne parle pas de séparation.

Pourtant cette empreinte dont on a l’habitude, parfaitement reconnaissable, crée néanmoins de la nouveauté. Elle est innovation parce qu’elle décrit un moment de la séparation. Et ce moment, ajouté aux autres moments qui constitue le tout du récit, participe à l’originalité de l’œuvre.

Autrement posé, constituez-vous un arsenal de conflits que vous appréciez et utilisez-les pour décrire ce que vous cherchez à dire. Les types de conflit sont subjectifs. Pour nous faciliter la tâche cependant, il existe un classement. Le pivot est un personnage (habituellement le protagoniste ou le personnage principal si vous distinguez le protagoniste du personnage principal) et la force qui viendra s’opposer à lui sera soit un autre personnage (le personnage est en lutte contre autrui) ou bien la nature ou encore la société.

Un type de conflits revient assez souvent. C’est le combat du personnage contre lui-même. Et puis une intrigue peut s’avérer suffisamment complexe pour inclure plus d’un type de conflit en son sein.
Il y a décidément un potentiel quant au développement du récit et à sa profondeur par ce moyen du conflit créant des situations et des événements qui capteront l’attention du lecteur.

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2 réflexions sur « DES CONFLITS SIGNIFICATIFS »

  1. Bonsoir William, je pense à ton couple s’affrontant pour la garde d’un enfant.
    Oui que ce conflit traite de séparation mais jusqu’à de chair et de sang pour venir brutalement réveiller la peur de l’abandon, du renoncement d’aimer dans la mémoire même du spectateur !
    Car si on admet que toutes les émotions ne logent qu’encore endormies ou sournoisement douloureuses dans sa mémoire, il faut bien les appeler ou les rappeler à une nouvelle expérience pour les restituer mieux guéries d’angoisses ou de souffrances.
    La photo qui illustre ton article confirme bien le côté clair et le côté sombre qui réside en chacun, chacune et partout autour ; et qu’il est parfois bon de remuer et confronter même que le temps d’un spectacle pour les restituer à chaque fois plus lumineuses dans les coeurs pour toujours ré-éclairer la vie !
    Un conflit dramatique n’est ennuyeux et vain que s’il ne détient aucune dose de cette propriété re-fortifiante !
    Il lui faut un enjeu vital comme l’est un enfant qu’il soit fruit d’amour ou de pécher, et une stratégie pour parcourir de cases blanches en cases noires, la voie d’une émotion ou d’un ressenti d’un possible couronnement.

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