Ce qui fait une histoire

CE QUI FAIT UNE HISTOIRE

Raconter une histoire, c’est connaître sa fin, c’est aussi savoir que tout ce qui sera écrit mène à un but particulier et en fin de compte et idéalement, que nous atteignons certaines vérités qui approfondissent ce que nous sommes réellement en tant qu’êtres humains.

Une histoire nous permet d’affirmer qui nous sommes. Nous avons tous besoin de nous convaincre que notre vie a une signification.
Une histoire nous permet de nous connecter aux autres. Le temps importe peu car elle nous permet de faire l’expérience de similarités entre nous et les autres, réels ou imaginaires.

Impliquer le lecteur

Il est impossible de ne pas être concerné lorsque l’on connaît l’histoire d’une personne. Connaître son histoire, c’est apprendre à l’aimer.
L’auteur doit juste trouver les moyens d’impliquer émotionnellement, intellectuellement et esthétiquement son lecteur dans l’histoire.

Il suffit de réserver quelques scènes qui sans qu’il se l’explique vraiment vont ferrer le lecteur et l’impliquer (soudain son attention sera retenue). Ce n’est pas un hasard. Ces scènes sont voulues.

Une promesse

Voilà ce qu’est avant tout une histoire. La promesse que le temps que le lecteur lui consacrera n’aura pas été inutile.
Lorsqu’un narrateur est présent dans une histoire, il raconte des faits passés. En somme, il invite le lecteur à la fin de l’histoire.

Par exemple,
Narrateur : Entre l’époque où les océans ont englouti l’Atlantide et l’avènement des fils d’Arius, il y eut une période de l’histoire fort peu connue dans laquelle vécut Conan, destiné à poser la couronne d’Aquilonia, ornée de pierres précieuses, sur un front troublé. C’est moi, son chroniqueur, qui seul peut raconter son épopée. Laissez-moi vous narrer ces jours de grandes aventures.
MakoConan le Barbare (1982), écrit par John Milius et Oliver Stone.

Mais c’est simplement une promesse. Et la plus simple des promesses pourrait être : Il était une fois
Dès le début, il doit y avoir une invitation à la lecture. Andrew Stanton (Wall-E, John Carter…) évoque même l’image qu’une promesse est comme un caillou que lance une fronde. Le lecteur est le caillou et la fronde est la force qui propulsera le lecteur à travers l’histoire.

Gérer l’information

Le lecteur ne souhaite pas que tout lui soit mâché. Dans la vie réelle, nous tentons constamment de déduire ou d’induire des informations afin  d’interpréter les choses et de tenter de résoudre les problèmes.
L’auteur doit savoir jouer sur le manque d’informations comme ces scènes sans dialogue dans lesquelles le lecteur doit interpréter ce qui se passe dans la tête des personnages en observant simplement leurs comportements.

Par exemple,

[aesop_video align= »center » src= »self » hosted= »http://www.scenarmag.fr/wp-content/uploads/2017/07/wallE.mp4″ disable_for_mobile= »on » poster_frame= »http://www.scenarmag.fr/wp-content/uploads/2017/07/wallE.Movie_Snapshot.jpg » loop= »off » autoplay= »off » controls= »on » viewstart= »off » viewend= »on » revealfx= »off » overlay_revealfx= »off »]

Andrew Stanton met en avant la théorie du 2 + 2. Elle consiste à ne pas donner 4 au lecteur mais 2 + 2 et laisser le lecteur déduire lui-même 4.
L’ordre des informations et les informations elles-mêmes sont d’une importance capitale pour permettre au lecteur de s’engager dans la fiction. Cet engagement n’est rien d’autre que de lui permettre de déduire 4 des informations qui lui sont donnés.

Ce travail du lecteur concentre son attention sur l’histoire. Andrew Stanton précise cependant que cela ne rend pas nécessairement l’histoire prévisible. Ce 4 auquel le lecteur aboutit n’est pas toujours ce à quoi il s’attendait. Ce serait d’ailleurs préférable que cela ne le soit pas.
C’est le travail auquel il se consacre qui compte.

Des personnages solides

Un personnage bien dessiné est un personnage qui présente une consistance. Cette consistance consiste à donner à ce personnage une sorte d’idéal ou de motivation.
Comme s’il avait en lui un puissant moteur.

Ce moteur est un but. Un but dominant, peut-être inconscient mais qu’il va s’employer de tout son être à accomplir. Et tous les choix qu’il fera ou les décisions qu’il prendra seront teintés de ce but.
Un personnage de fiction n’est pas si différent d’un être humain réel.
Nous avons tous un certain tempérament. Nous fonctionnons tous d’une certaine façon. C’est ainsi que nous sommes faits et nos personnages aussi.

Ce tempérament singulier, nous devons apprendre à le reconnaître et à l’assumer. Que nous soyons optimiste ou pessimiste, que pouvons-nous y faire ? Si nous sommes ainsi faits.
Mais une étape majeure dans nos vies est passée lorsque nous reconnaissons ce qui nous motive.
Et que nous prenons le contrôle de nos vies en assumant nos désirs.
Ce qui nous motive nous appartient en propre. Personne n’a à nous dire là où nous devons nous rendre.

Un changement inévitable

Comme nous apprenons toujours en découvrant les autres mais aussi qui nous sommes, forcément, ces révélations sur nous-mêmes nous changent fondamentalement.
Et dans une histoire, le changement est lui aussi fondamental.

Si les choses n’évoluent pas, il n’y aura pas de fiction possible parce que la vie elle-même n’est pas statique. Tout change autour de nous. L’univers change. Le changement doit être dans le corps de l’histoire.

Anticiper

L’anticipation pour un auteur consiste principalement à faire en sorte que son lecteur se demande ce qu’il va bien pouvoir se passer ensuite.
Et lorsqu’il commence le processus d’écriture, il doit aussi savoir où il veut emmener son lecteur. Il doit connaître la fin de son scénario au point de pouvoir commencer par l’écrire avant même de débuter l’acte Un.

Il doit avoir aussi une idée des conflits qui seront à l’œuvre dans le cours de l’intrigue et dont le résultat devra toujours être incertain. La tension liée au conflit pourrait être localisée comme dans Le monde de Nemo où les problèmes de mémoire immédiate de Dory causent des problèmes à Marin.
Mais cette tension locale n’est pas suffisante s’il n’y a pas une tension dramatique globale. Dans Le monde de Nemo, cette tension globale est liée à la question dramatique de savoir comment retrouver Nemo dans un océan aussi vaste. C’est impossible. Et c’est de cette impossibilité apparente que le doute survient.

L’importance du thème

Une histoire doit avoir un thème. Le thème est un fil directeur. Il saute rarement aux yeux du lecteur mais pourtant, sans lui, l’histoire erre.
Considérons Lawrence d’Arabie. Est-ce seulement une biographie ? Ce serait une erreur de croire cela. Il faut savoir découvrir le thème. Et le thème, le voici :

[aesop_video align= »center » src= »self » hosted= »http://www.scenarmag.fr/wp-content/uploads/2017/07/lawrenceOfArabiaWhoAreYou.mp4″ disable_for_mobile= »on » poster_frame= »http://www.scenarmag.fr/wp-content/uploads/2017/07/lawrenceOfArabia.Movie_Snapshot.jpg » loop= »off » autoplay= »off » controls= »on » viewstart= »off » viewend= »on » revealfx= »off » overlay_revealfx= »off »]

Who are You ?

C’est cela le thème : Qui êtes-vous ?
Tous les événements, les scènes et les dialogues servent à raconter cette fiction chronologiquement comme une biographie mais sous cette fiction, il y a une feuille de route constante, un fil directeur.
Tout ce que fait Lawrence dans cette histoire est une tentative pour comprendre sa place dans le monde.

Un thème bien compris se répète tout au long de l’histoire.


Avez-vous trouvé cet article utile ?

Cliquez sur une étoile pour voter

Average rating / 5. Vote count:

Nous sommes désolés que cet article ne vous a pas été utile

Aidez-nous à améliorer cet article

Merci de soutenir Scenar Mag. Votre aide nous est indispensable

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Fils de commentaires
0 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
1 Auteurs du commentaire
Cine7 Auteurs de commentaires récents
  S’abonner  
plus récent plus ancien Le plus populaire
Notifier de
Cine7
Membre
Cine7

Bonjour William et merci d’avoir placé ce lien sur le forum de Magazinevidéo où j’ai évoqué cette masterclass de Andrew STANTON que je viens de découvrir. Cet article m’a en effet échappé mais tu l’as publié à une période douloureuse que tu sais. Ce 2+2 informations me trouble car je n’ai appris la gestion de l’information qu’en stage avec Yves Lavandier et son ironie dramatique (la bombe sous la table que seul le spectateur voit mais pas les personnages assis à ladite table. J’en avais conclu grâce au passage d’un manuel sur le suspense, qu’ailleurs, une tierce personne devait apprendre… Lire la suite »