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SCÉNARIO MODÈLE : STAR WARS EP. IV

George Lucas écrivit le scénario de Star Wars pendant une longue période. De nombreuses révisions virent le jour dans cette tentative parfois embarrassée de créer un mythe universel qui résonnerait parmi le plus grand nombre et de toutes cultures.

Le voyage du héros

Il est notoire que le Hero’s Journey et le monomythe de Joseph Campbell ont été une grande source d’inspiration pour Lucas. Joseph Campbell a étudié les mythes, les légendes de cultures très anciennes et en tous lieux.
Campbell est arrivé à la conclusion que tous les mythes qu’il a découverts et étudiés sont en fait des variations ou des aspects d’un même mythe primordial, une idée qu’il a appelé le Hero’s Journey (Le voyage du héros).

Ce voyage se résume en un héros qui franchit un seuil vers l’inconnu. Il sera aidé lorsqu’il lui faudra surmonter les épreuves et les tentations qui l’attendent. Puis il fera l’expérience de la mort (souvent symbolique), connaîtra le salut ou la rédemption.
Puis il renaîtra (davantage une renaissance qu’une résurrection). Il connaîtra une révélation et devra s’en retourner sans faillir (donc non sans combattre) vers le monde qu’il avait quitté, le monde connu.

Pour expliquer comment des cultures de toutes époques et de tous lieux qui n’ont jamais logiquement pu être en contact partageaient néanmoins une même histoire aussi complexe et étagée que ce voyage du héros, Campbell adopta le point de vue de Carl Gustave Jung sur l’inconscient collectif.

Pour faire court, selon Jung, tous les esprits humains partagent profondément enracinés un langage propre aux récits. Ce langage est constitué d’archétypes universels (puisqu’ils sont partagés par tous, que nous nous reconnaissons en eux tous).
Ce sont des éléments mythiques éternels (qui n’ont donc ni commencement, ni fin) qui permettent à n’importe quelle civilisation tant qu’elle est ancienne de lire au plus profond de son esprit et de parvenir, sans qu’aucun lien logique ne soit établi, au même récit. Ce récit transcende le langage, ne subit ni l’influence du temps, ni de l’espace.

Cette idée a eu un large impact puisque des gens comme Christopher Vogler par exemple ont adapté les travaux de Joseph Campbell pour les rendre plus accessibles à l’écriture d’un scénario.

Il faut cependant reconnaître que ce voyage du héros n’est pas une garantie de réussite. Beaucoup de films fondés sur cette théorie ont été des échecs autant commerciaux qu’artistiques.
Peu sont arrivés à la hauteur de Star Wars. Des dizaines d’auteurs se sont essayés à l’exercice et leurs projets se sont simplement évanouis dans le néant. Peu ont compris le phénomène Star Wars.

La théorie de Joseph Campbell est intéressante mais des études très sérieuses ont montré que ces archétypes universels et éternels résidant dans l’esprit humain étaient probablement eux aussi un mythe. Le monomythe partagé par toutes les cultures humaines n’existerait en fait pas.

Donc, le succès indéniable de Star Wars ne reposerait pas seulement sur le voyage du héros qui lui sert de structure mais aussi sur quelque chose d’autre.
Et c’est l’incompréhension de ce quelque chose d’autre qui pourrait expliquer les raisons des échecs des projets s’articulant sur le Hero’s Journey.
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SCÉNARIO MODÈLE : ANNIE HALL

Annie Hall de Woody Allen sous des atours de comédie romantique est une tragédie. Il serait mal venu de qualifier ce scénario de tragi-comédie ou de mélodrame. Peut-être à la rigueur, la comédie dramatique pourrait lui convenir.
Il s’agit bien d’une tragédie mais à la sauce de Woody Allen (et de Marshall Brickman).

Woody Allen a délibérément mis de côté la classique relation causale pour lier les événements qu’il décrit. Il n’y a pas non plus de linéarité temporelle dans la succession des événements. Au contraire, ceux-ci apparaissent comme des réminiscences, une idée en appelle une autre.

La mémoire s’affiche comme un rêve, l’imagination greffe ses propres élucubrations pour tenter de donner du sens à la vie par la tentative d’Alvy, le personnage principal, d’expliquer sa rupture d’avec Annie Hall.
C’est une reviviscence revue et corrigée par l’imaginaire d’Alvy dans sa recherche désespérée de comprendre ce qui ne fonctionne pas dans sa relation avec les femmes.

Ceci dit, il n’est pas facile de déconstruire un scénario comme celui de Annie Hall pour essayer d’en saisir les mécanismes narratifs afin de réitérer dans notre propre projet une approche similaire. On ne plagie pas, on réutilise des techniques.

Je pense qu’un auteur doit avoir en tête son lecteur. Le premier dialogue d’un auteur est avec son lecteur (le premier narrateur du texte est l’auteur).
Comment le lecteur se sentira t-il à la fin de la lecture ? Cette question doit être répondu en premier. L’effet que l’on veut obtenir sur le lecteur nous permettra ensuite et à rebours de remonter les événements qui permettent cet effet. On pose le résultat et on invente ensuite les conditions qui mènent à ce résultat.

Et comme il existe énormément de possibilités qui permettent un même résultat, nous pouvons toujours faire de la nouveauté.

Qu’apporte le scénario de Annie Hall à son lecteur ? Je pense qu’il lui démontre un fait profond à sa vie : si on cherche à donner du sens à celle-ci, ce n’est pas dans le bonheur qu’on trouvera des réponses mais dans le désir.
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SCÉNARIO MODÈLE : LES DENTS DE LA MER

Il est notoire que Steven Spielberg après avoir lu la nouvelle Jaws de Peter Benchley décida d’en garder la fin. Pour écrire Les dents de la mer il lui a donc fallu réinventer tout ce qui devait se produire avant.

La fin des Dents de la mer

La nouvelle se termine avec Martin Brody observant l’animal blessé s’approchant de lui.  Son destin semble scellé mais le requin meurt. La phrase clef de ce dénouement est : il ne s’est rien passé.
Le lecteur est dans un état de tension extrême persuadé que le requin en finira avec le Chef Brody et puis rien.

Et le Chef Brody, épuisé, s’en retourne vers la plage.

Il n’y a aucun acte héroïque ici bien que le Chef Brody ait effectivement vaincu le grand requin blanc. Le lecteur ne ressent aucun sentiment de triomphe mais plutôt un véritable soulagement. La catastrophe que le lecteur craignait ne s’est pas produite. Et le lecteur en est soulagé.

C’est cela le véritable effet que cette histoire a sur le lecteur. Il fait l’expérience d’un soulagement après une forte tension. Et cela fonctionne tout aussi bien qu’un moment de triomphe.
La peur qui s’estompe procure un véritable moment de jouissance, du moins une vraie satisfaction parce qu’il ne s’est rien passé. La vie prend tout son sens lorsqu’on frôle la mort.

Bien sûr, le Chef Brody connaît une réussite personnelle en vainquant sa peur de l’eau. Mais cela ne fait pas de lui un être meilleur. Ce qui compte, ce n’est pas de vivre autrement mais de retrouver la vie d’avant en en mesurant cette fois toute la valeur.

Spielberg voulait précisément cette fin. Rappelons-en succinctement les conditions : le nouveau Chef de la police de la localité balnéaire d’Amity se voit obligé de recruter un océanographe (Matt Hooper qui partage les mêmes préoccupations que Brody mais avec une approche scientifique que Brody ne possède pas) et un chasseur de requin local et pittoresque à la suite d’une série de terribles attaques dans les eaux de la station balnéaire.

Il s’ensuit une chasse aux requins en plein milieu de l’océan. Mais le requin défonce à coup de butoir le bateau sur lequel les trois hommes se trouvent.

Quint, le chasseur de requin, est tué. Brody et Hooper sont piégés. Mais alors qu’il ne semble faire aucun doute que Brody et Hooper seront à leur tour dévorés par le requin, Brody parvient à le tuer.
En un instant, la terreur qui émanait de la situation s’est envolée. Brody et Hooper regagnent la plage, épuisés et soulagés.

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SCÉNARIO MODÈLE : QUAND HARRY RENCONTRE SALLY

Comme nous avons discuté dans cet article
LA CONSTRUCTION DU MONDE DE L’HISTOIRE
nous pouvons distinguer trois grandes catégories ou genres. Nous avons abordé l’héroïque avec comme scénario modèle Casablanca puis le tragique en s’inspirant du Parrain, abordons dans l’article présent, le genre de la comédie (et plus spécifiquement de la comédie romantique) avec Quand Harry rencontre Sally.

Dans la comédie, les personnages ne sont pas héroïques dans le sens où ils ne parviennent pas à changer le monde. Ils sont similaires en cela à la tragédie où ils sont opposés à la règle qui régit le monde de l’histoire et qu’ils finissent par s’y soumettre.

Contrairement à la tragédie cependant, cette soumission à la règle du monde qu’ils ont commencé par refuser leur apportera néanmoins le bonheur, but ultime qu’il est si difficile d’atteindre dans la vraie vie. Ceci peut expliquer le succès des comédies.

Ce qu’il apparaît surtout, c’est que les forces du monde l’emportent effectivement sur les personnages mais ces forces ne sont pas négatives. Bien au contraire, il s’agit de sagesse, de ne pas être indifférent aux autres. Ce sont les valeurs de la communauté qui sont mises en avant. La jeunesse rebelle ouvre les yeux sur ce que les anciens ont déjà découvert.

Lorsqu’on donne moins d’importance à son ego, on ouvre la porte à quelque chose de plus grand : l’amour. Notre problème, c’est que nous pensons que pour être heureux, il nous faudra changer le monde.
On essaie mais nous pouvons rencontrer une cruelle déception parce que bien souvent, nous n’avons pas l’expérience nécessaire pour comprendre ce qui est bon pour nous. C’est alors le monde qui nous sauve de nous-mêmes.

Afin d’utiliser le scénario de Quand Harry rencontre Sally comme modèle pour écrire notre propre projet, il faut comprendre l’expérience à laquelle est convié le lecteur. C’est-à-dire quelle impression, quel sentiment, quel effet cognitif cette histoire a sur lui. En effet, on ne reste pas indifférent devant une histoire surtout s’il s’agit d’une bonne histoire.

Pour ce faire, il faut considérer le dénouement car c’est à ce moment que l’expérience est totale et que l’impact de l’histoire que l’on vient de lire ou de voir est le plus effectif.
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SCÉNARIO MODÈLE : LE PARRAIN

Lorsque Le Parrain est sorti, nous eûmes l’impression que quelque chose de nouveau se produisait dans l’art de raconter une histoire au cinéma. Francis Ford Coppola considéra que ce qui pouvait apparaître aux yeux de certains comme une histoire toute emplie de clichés pouvait bien révolutionner le statut quo dans lequel s’enlisait Hollywood.

Pour nourrir son inspiration, Coppola se tourna alors vers le cinéma européen et en particulier l’avant-garde française des années 60 et 70 (la Nouvelle Vague) et le néo-réalisme italien d’après-guerre.

Les buts avoués de Francis Ford Coppola étaient la recherche d’une esthétique beaucoup plus réaliste dans laquelle les plans filmés en décors naturels prirent une grande part et un scénario à la narration intriquée et à plusieurs niveaux.

L’esthétique singulière de La Nouvelle Vague inspira Coppola lorsqu’il adopta cette esthétique sombre et anticonformiste qui caractérise Le Parrain en particulier avec ses ombres et ses couleurs particulièrement travaillées pour renforcer sentiments et émotions.

Le Parrain fut ainsi physiquement plus réaliste et psychologiquement plus intense. Il procurait à ses lecteurs/spectateurs une expérience viscérale de l’animalité à la fois dans un monde de prédateurs et de proies mais aussi dans cet homme sauvage mû uniquement par son animalité duquel nous sommes à peine sortis même si depuis, nous avons marché sur la lune.

Les origines du scénario du Parrain cependant étaient plus anciennes que les années 1970.
En racontant une histoire à propos de passions qui s’entrechoquaient dans un monde sombre et froid, Le Parrain renouait avec l’expérience de la tragédie donnant sa propre version d’Hamlet ou d’Œdipe.

Et la réponse du public fut plus que favorable. Nous allons étudier dans cet article le modèle narratif du Parrain en déconstruisant son scénario afin de nous permettre de comprendre les mécanismes narratifs à l’œuvre nous rendant peut-être capable d’écrire nous-mêmes notre propre tragédie.
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