Archives de catégorie : Atelier d’écriture

TRAGÉDIE, COMÉDIE ET SCÉNARIO

Nous avons vu dans un article précédent que pour écrire une histoire efficace, il était important d’apprendre à distinguer entre tous les différentes effets cognitifs qu’une histoire pouvait véhiculer. En d’autres termes, tout ce qui permet une réaction émotionnelle, un mouvement émotif, du lecteur.

Une seconde étape consiste à repérer dans les textes choisis d’autres auteurs (ceux que l’on apprécie) les différentes structures mises en place pour engendrer dans l’esprit du lecteur telle ou telle réaction émotionnelle.
Il existe donc autant de structures singulières que d’effets cognitifs recherchés par un auteur. C’est comme si chaque effet cognitif avait sa propre recette. Et vous allez fabriquer vous-mêmes votre propre livre de recettes accumulant tout un corpus de scénarios que vous avez tout particulièrement appréciés.

Il faut donc identifier et trouver les différents ingrédients qui entrent dans la constitution de l’effet cognitif voulu et de les combiner afin de produire cet effet. Le tout premier endroit où l’on doit chercher est dans l’intrigue elle-même. C’est dans cet espace, différent de l’exposition et du dénouement, que les auteurs mettent habituellement en place la structure singulière qui leur permettra d’atteindre à un certain effet cognitif.

Une fois qu’un auteur a compris comment un autre auteur est parvenu à créer tel effet dans l’esprit du lecteur (identification de l’effet et du moyen pour l’achever), il peut se servir de ce modèle pour émouvoir le cœur et l’esprit de son lecteur.

Ainsi, cet auteur aura à sa disposition un catalogue de modèles dans lequel il pourra choisir celui qui convient le mieux à son expression personnelle.
Cette expression personnelle consiste à se demander dans quelles contrées psychologiques souhaitons-nous emmener notre lecteur, quelle émotion, quelle idée, quelle perspective voulons-nous qu’il emporte avec lui. Le premier pas est donc une décision.
Continuer la lecture de TRAGÉDIE, COMÉDIE ET SCÉNARIO

AARON SORKIN : LA RÉÉCRITURE

La réécriture est une étape indispensable surtout lorsqu’il s’agit d’un scénario. Avant de procéder à cette tâche, Aaron Sorkin donne un conseil fort judicieux : aller jusqu’au bout de votre premier jet.

Il est difficile d’accepter de réécrire ce que l’on pense du moins en notre esprit comme quelque chose d’abouti dont on peut être fier et vous avez raison de l’être.

Le souci vient du fait qu’entre cet idéal et les mots couchés sur le papier, il y a une différence. Sur le papier, votre imaginaire n’est pas aussi brillant. Par vous-mêmes, en vous relisant, vous verrez bien ce qui ne fonctionne pas.
La réécriture est néanmoins plus facile que l’écriture du premier jet parce que vous savez ce qui ne fonctionne pas et que vous devez le résoudre.

Surtout, si vous vous rendez compte qu’à la page 20 ou 25 de votre scénario en cours d’élaboration, vous n’avez ni introduit le personnage principal, ni fait mention de l’incident déclencheur, continuez malgré tout sur votre lancée. Allez jusqu’au bout (à moins que vous ne jugiez qu’effectivement, il vaut mieux recommencer mais ne cédez pas trop facilement à la tentation, vous ne progresserez pas ainsi et mesurer l’avancement de son projet est particulièrement fertile pour l’inspiration).
Continuer la lecture de AARON SORKIN : LA RÉÉCRITURE

AARON SORKIN : ÉCRIRE

Un des conseils que donne Aaron Sorkin est de ne pas se précipiter à écrire. Le scénario doit être mûri, pensé. Il faut prendre le temps des recherches ou comme il aime à le répéter, se cogner la tête contre les murs à la recherche d’une idée et comment l’exploiter.

Que vous mettiez trois semaines ou bien 12 mois ou plus si nécessaire à délivrer un produit fini, 90 % du temps consacré à son élaboration consiste précisément à ne pas écrire mais à préparer ce moment de l’écriture.

Le temps consacré à ne pas écrire accumule des notes, des remises en question de choix que l’on croyait les bons, de retours en arrière et plus souvent que de raison, de désespérance.

C’est un sentiment très décourageant de ne pas écrire une seule ligne de l’histoire que l’on aspire tant à concrétiser. Mais il faut lui laisser le temps de mûrir, être patient avec soi-même.

Parce que le jour où vous commencerez à écrire et que vous sentez que tout ce temps que vous avez passé à atermoyer votre désir d’écriture vous permet d’être heureux, alors vous ne regretterez pas ce que vous pourriez être amené à penser comme du temps perdu.
Continuer la lecture de AARON SORKIN : ÉCRIRE

AARON SORKIN : LE LECTEUR

Une chose est certaine avec le lecteur. Il ne veut pas être un simple observateur, un témoin passif de l’événement. Il veut en faire partie. Il veut participer à l’événement qui se déroule devant ses yeux et ses oreilles et même si c’est par personnage interposé.

Aaron Sorkin prend une métaphore pour tenter d’expliquer cette part active du lecteur dans l’histoire. Il prend comme exemple le pointillisme. Si vous êtes proche du tableau, vous ne percevez qu’une série de touches bleues et rouges par exemple. Mais si vous prenez de la distance, votre esprit transformera ces touches de couleur en un motif totalement différent et surtout significatif.

De même, le lecteur aime assembler les choses. Prises séparément ces choses n’ont pas de sens. L’esprit du lecteur fonctionnera un peu comme celui de Sherlock Holmes. L’auteur dissémine des indices tout au long de son histoire et le lecteur s’en empare et les assemble pour leur donner une signification. Même si c’est Sherlock qui leur fournit la réponse.
C’est un jeu qui le satisfait.
Continuer la lecture de AARON SORKIN : LE LECTEUR

AARON SORKIN : LA RECHERCHE AUTOUR DE L’IDÉE

Il y a deux types de recherches. D’abord, comme il est bon de savoir de quoi l’on parle, une légère expertise dans ce dont parle l’histoire s’avérera très vite nécessaire.

Le second type de recherches concerne l’idée que vous avez eue. Celle-ci est encore de la matière brute et ne laisse pas transparaître les gemmes qu’elle pourrait contenir. Comme le dit Aaron Sorkin, vous ne savez pas encore ce que vous cherchez à raconter.

Rencontrez les gens qui sont proches de votre sujet

Supposons que votre idée est d’écrire sur le milieu scolaire. Vous avez lu beaucoup de choses à ce sujet. Vous pourriez même avoir vu des films ou des séries dont c’était aussi le thème. Ne vous découragez pas si un thème a déjà maintes fois été traité, chaque auteur est capable d’innover. Mais il lui faut innover.

Ce que vous venez de faire, c’est le premier type de recherche. Nommons-le recherche documentaire. Mais il vous manque toujours quelque chose. Quelque chose qui vous permettra d’innover.

Et vous le trouverez en rencontrant des personnes qui sont au contact ou ont été au contact de ce milieu. Ce n’est pas évident d’aller au-devant des gens. La confiance doit s’installer. Pour briser la glace, commencez par dire ce que vous voulez faire. Vous êtes un écrivain qui souhaite écrire sur le milieu scolaire et qu’il y a des choses que vous avez lues et qui vous ont interpellées et que vous aimeriez pouvoir en savoir plus.

Vous constaterez que la plupart des gens sont assez enclins à se dévoiler face à un écrivain même s’il s’agit du premier livre. Pour certains d’entre eux, ce sera même enfin quelqu’un qui écoute. Rappelez-vous lors de ces rencontres que vous ne savez pas encore ce que vous cherchez.
Vous souhaitez écrire une fiction donc des situations dramatiques, c’est-à-dire du conflit. N’étalez pas les connaissances que vous avez acquises lors de la recherche documentaire (parce que justement, vous n’écrivez pas un documentaire).

Au contraire, laissez votre interlocuteur donner des détails de ses expériences. Immanquablement, il en ressortira quelque chose qui vous inspirera (c’est-à-dire auquel vous pourrez consacrer un peu de réflexion pour écrire).
Continuer la lecture de AARON SORKIN : LA RECHERCHE AUTOUR DE L’IDÉE