Archives de catégorie : Atelier d’écriture

JUDD APATOW ET LA COMÉDIE

Judd Apatow avoue qu’il a eu une enfance quelque peu renfermée. C’était un enfant qui se sentait différent des autres. Ce n’est pas qu’il était rejeté. Il sentait seulement qu’il ne pouvait être avec les autres.

En quelque sorte, il se renferma sur lui-même et sur les Marx Brothers.
Apatow développa une véritable fascination pour les Marx précisément par cette étrange capacité qu’ils avaient à rire de ce monde qui pourtant les repoussait ou même les chassait.

Pourquoi la comédie ?

Selon Apatow, aller vers la comédie, cela traduit un problème avec le monde. L’auteur ne comprend pas ce monde et la comédie devient alors un moyen d’expression. Un auteur porté sur la comédie existe ou bien se construit sur l’absurdité du monde qui l’entoure.

La comédie est l’expression ultime d’un esprit critique. Une comédie bien faite peut apporter une leçon à un lecteur, lui faire la démonstration qu’il peut survivre à cette incompréhension dans laquelle il est persuadé à tout moment de se noyer.

La véritable essence de la comédie est donc bien l’engagement de l’auteur qui prend le risque de se jeter devant le monde. Tout comme le faisait les Marx Brothers.

Si l’on cherche des réponses, la comédie en est le moyen. Écrire une comédie ne dispense pas de travailler au préalable son projet par des recherches nécessaires, tout comme on le ferait pour un thriller par exemple.
Peut-être que pour la comédie, l’auteur est saisi de ce malaise ou de cette angoisse qui l’incline davantage vers la comédie que vers le thriller.

Pour Judd Apatow, comme artiste et artisan de la comédie, l’approche que l’on a du monde est ce qui doit régler notre envie d’écrire de la comédie.
Ce qui laisse supposer aussi que l’auteur d’une comédie devrait être un être quelque peu compliqué même s’il n’en laisse rien percevoir.
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UNE AFFAIRE DE LECTEUR

La poétesse Maya Angelou a dit un jour qu’elle avait appris que les gens oubliaient ce que vous aviez dit, oubliaient ce que vous aviez fait mais qu’ils n’oublieraient jamais ce que vous leur avez fait éprouver.

On écrit pour le lecteur

Vous ne voyez peut-être pas la nécessité de travailler le suspense dans vos projets. Vous êtes peut-être dans un genre ou une tonalité qui se sent totalement indépendant du suspense que l’on assigne plus facilement au mystère et au thriller qu’à tout autre genre.

Néanmoins, le lecteur cherche dans le suspense un certain confort de lecture que vous écriviez un scénario ou un documentaire, un roman ou une nouvelle, quel que soit le genre, le suspense est un des éléments dramatiques nécessaires à toute œuvre pour une bonne réception.

Le suspense n’en reste pas moins cependant l’une des conventions du thriller. Lorsque le lecteur décide de plonger dans un thriller, il recherche une expérience spécifique.
Il veut un héros qui réussira contre toute attente lors de circonstances particulièrement complexes et dangereuses.

Cette convention est donc un élément dramatique commun à tous les thrillers. Le suspense est partie prenante du thriller ou du mystère. Si vous ne procurez pas ce socle fondamental au lecteur, vous ébranlerez sa confiance dans votre aptitude à l’accompagner, à fusionner deux imaginaires.

Pour réussir, une histoire doit donc donner au lecteur ce qu’il en attend (c’est-à-dire les expectations liées à un genre).

Mais un auteur ne peut se répéter sans finir par lasser son lecteur. Miss Marple ou Maigret présentent les mêmes caractéristiques fondamentales d’épisodes en épisodes. Pourtant chaque épisode offre quelque chose de nouveau.

Par exemple, la description d’un certain monde qui n’a pas encore été exploré par l’auteur. Et le lecteur devient comme le héros. Il part à la découverte d’un univers. Il reste passionné par le crime, certes, néanmoins cet aspect presque documentaire d’une certaine communauté au sein de laquelle a eu lieu un crime ou une transgression quelconque retient son attention.

L’innovation consiste donc à coucher de l’inattendu dans le familier.
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DÉVELOPPER SON HISTOIRE

Une histoire donne au lecteur l’envie d’en connaître la fin, le dénouement, tout en faisant en sorte que cette fin ne le frustre pas.

On peut toujours dire d’un texte qu’il soit fictionnel ou documentaire qu’il est à propos de quelque chose. Il y a donc une idée à la base.

Et cette idée est précisément ce qui vous a donné l’envie, à vous l’auteur, de commencer à écrire. C’est probablement plus simple que la montagne que l’on croit que l’on va devoir franchir. Le seul écueil en réalité ou plutôt le véritable effort à accomplir est de comprendre l’idée dont on veut vraiment parler.

Parce qu’au début, on peut avoir l’idée d’écrire par exemple sur une communauté qui vit sous une grande ville, dans les entrailles d’une société méprisante.

Puis en y réfléchissant puisque 90 % du temps qui sera consacré à un projet d’écriture est de la recherche (sur son sujet et sur soi-même), on peut s’apercevoir alors que l’idée qui nous préoccupe est en fait de traiter du problème des sans-abris ou plus spécifiquement des exclus.

Cette recherche sur son sujet est ce qui permet de prendre conscience de ce que l’on veut vraiment dire. On apprend ainsi à être honnête avec soi-même. Et cette humilité que l’on acquiert rend notre écriture plus sincère et notre histoire plus passionnante, plus fascinante pour le lecteur.
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NEIL GAIMAN : TROUVER SA VOIX

Si je considère des motifs comme l’Annonciation ou la Nativité, les peintres les plus célèbres comme les plus discrets s’en sont emparés. Chacun d’eux a produit un tableau sur l’un de ces thèmes et pourtant, aucun de ces tableaux ne sont similaires. Certes, ils peuvent avoir quelques ressemblances. Nous pouvons malgré tout identifier certainement leurs auteurs.

Lorsqu’on commence à écrire, on ne se distingue pas véritablement. Il faut un peu de pratique (peut-être 1000 mots pour certains ou 100 000 mots pour d’autres) avant de trouver sa voix.
L’écriture est un apprentissage. Et pour Neil Gaiman, c’est une évidence que tout auteur trouvera sa voix parce qu’un écrivain ne peut s’empêcher d’écrire.

La voix de l’auteur

La voix se définit comme le propre style, la propre personnalité non pas d’un auteur mais de son écriture. Avec le temps et l’accumulation des mots que l’on écrit, il sera facile pour n’importe quel lecteur (ou spectateur d’une pièce de théâtre ou d’un film) de reconnaître avec seulement une page de texte celle ou celui qui l’aura écrite.

Comprenez bien que ce que vous écrivez n’est pas vous. On a beau mettre de soi dans les personnages que l’on invente, on peut vouloir recopier des situations que nous avons personnellement vécues, la personnalité ou voix d’un auteur est différente de la personnalité de l’être humain qu’il est.

Selon Neil Gaiman, les choix de nos mots, la tonalité émotionnelle dont ils sont capables, les personnages et les lieux que nous aimons décrire, le rythme que nous imprimons à notre récit, tout cela compose notre voix.

Si la maxime prétendument de Aristote que la somme des parties est différente du tout, alors l’effet cumulé de toutes ces choses sera unique à l’auteur et sera comme une reconnaissance par un lecteur/spectateur de la personnalité et de la disposition ou de la mentalité ou du point de vue d’un auteur.

L’histoire possède sa propre voix

Parfois, c’est l’histoire elle-même qui exige de posséder sa propre voix qui sera alors différente de celle de l’auteur.
Elle sera porté par le narrateur qu’il soit omniscient, à la troisième personne (dans la position de l’observateur en quelque sorte) ou bien à la première personne, dans l’immédiateté de l’action, dans l’intimité du personnage.

Vous pourriez vous pencher sur cet article LE NARRATEUR DONNE LE TON à propos du narrateur.

Gaiman suggère néanmoins de ne pas être trop littéraire. Ne pas forcer sa voix dans des registres trop fabriqués. Par exemple, élaborer des structures de phrases trop complexes ou utiliser des mots qui ne sont pas nous ou encore se perdre dans des descriptions trop longues au détriment du détail.

N’ayez pas peur d’être vous-mêmes. Ne vous effrayez pas du regard porté sur votre étrangeté. Votre écriture est un lieu privilégié pour celle-ci.

Et même si chaque histoire possède sa propre voix, l’âme de toute histoire reflète celle de son auteur. Elle atteindra à coup sûr le lecteur s’il perçoit effectivement de la sincérité dans la voix de l’auteur.

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RÉVÉLATION DU MONDE PAR LA SENSIBILITÉ

C’est par le détail que la révélation de votre monde se fera au lecteur/spectateur. Margaret Atwood enseigne d’éviter les termes trop généraux qui ne suscitent pas l’imagination. Ne pas se contenter d’écrire qu’il y a ici un arbre même si ce qui préoccupe l’auteur est d’en faire un obstacle. Précisez de quel type d’arbre il s’agit peut évoquer une particularité qui définira bien mieux la nature de l’obstacle rencontré.

Une représentation consiste à traduire en son esprit ce qu’on perçoit par nos sens (et tous nos sens participent à cette opération). Les mots permettront de reconstruire de telles images en sollicitant l’imaginaire du lecteur (lorsque les mots ont déjà été mis en images puisqu’un scénario est un film en devenir, le processus est un peu différent mais n’en reste pas moins le même).

Observer la vie et deviner ce qui ne se montre pas a priori est le moyen par lequel un auteur peut amener le détail significatif jusqu’à son lecteur.
L’idée de l’auteur se communiquera par son habileté à traduire des images des phénomènes qu’il décrit.

Le monde par la perceptibilité

Ce que l’on cherche à dire commence souvent par une abstraction. C’est une généralité qui vient d’abord à l’esprit de l’auteur. En fiction, cela ne fonctionnera pas.
Dire qu’un personnage éprouve un fort sentiment religieux ne sera pas compris du lecteur s’il ne le voit pas pratiquer sa croyance. L’auteur doit permettre au lecteur de capter cette pratique religieuse en amenant les détails qui permettent de la prouver.

Les mots sont capables de solliciter les sens, tous les sens, y compris des odeurs ou le toucher qu’apparemment un film ne sait pas (pas encore du moins) communiquer. Les mots peuvent décrire la texture d’une chose et l’imaginaire du lecteur, ses souvenirs, feront remonter à la surface cette sensation pourtant fictive.

Jeter des personnages dans des situations est la matière de l’intrigue. Faire passer au lecteur ce que ressent un personnage dans une circonstance particulière commence par décrire l’environnement qui entoure ce personnage.

Le ressenti du personnage se communique par la description des phénomènes extérieurs. Par exemple, je souhaite jouer sur un sentiment d’oppression. Je peux placer mon personnage sur un chemin étroit, dans la nuit, avec une végétation dense au-delà des ornières.

Ou bien je peux encore le situer au milieu d’une foule compacte (bien que la suite de l’action peut vouloir signifier que cette foule anonyme sert de protection à mon personnage).

Dans le même ordre d’idée, Margaret Atwood explique que la pénombre peut receler de nombreux dangers (du moins dans l’esprit de son personnage). Et si, effectivement, la suite de l’action montre qu’il n’y a aucune menace, l’idée à communiquer n’est pas que le personnage se soit perdu dans des illusions mais bien qu’il ressentait de la peur.

Et c’est cette peur qui devait être communiquée au lecteur à ce moment précis de l’action.

Nous connaissons tous toutes les sensations par lesquelles nous passons au cours de notre vie. Même les enfants sont capables de ressentir certaines choses qui sont déjà à leur portée et font leur spontanéité.
L’auteur peut alors simplement décrire le phénomène qui ramènera ces sensations et autres sentiments chez son lecteur.

L’invention consiste alors à trouver les bons mots pour décrire ce qui, dans une situation donnée, créera telle émotion, tel sentiment, telle passion chez son lecteur. Et c’est habituellement par l’observation de la vie elle-même que l’auteur peut y parvenir.

Par ailleurs, tout ce que vous mettrez dans votre histoire doit avoir un but. Le lecteur s’interrogera toujours sur ce qu’il voit, entend, ressent par un moyen ou un autre. Tout est une question d’imaginaire.
Et alors que le lecteur réagira souvent intuitivement à ce qu’il perçoit dès l’abord, l’auteur, quant à lui, doit se livrer à une réflexion a priori avant d’encoder son information.

En somme, usez autant que faire se peut de suggestives évocations.

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