Archétype : Osiris, le messie

ARCHÉTYPE : OSIRIS, LE MESSIE

L’action bienfaisante de Osiris se fait sentir dans le cycle saisonnier de la végétation. Une idée de transformation des choses de la nature accompagne son image.
On dit qu’il enseigna les manières civilisées à son peuple afin de le sortir de l’état et de l’esprit sauvage qui l’habitait. Il lui appris aussi l’agriculture. Il est reconnu que Osiris est un être sage.

Inventeur aussi de la religion, il illumine par ce moyen tous ceux qui l’approche. Mourant tragiquement de la main de son frère Seth, sa sœur Isis lui permit cependant de ressusciter lors d’un processus magique de renaissance.
Osiris est la vie et la mort. Il se sacrifie en hiver en offrant son corps à la terre et renaît au printemps.
Certains le considère comme un messie, un dieu berger.

Osiris : archétype de l’androgyne

L’androgyne chez Osiris se manifeste par l’aspect masculin qui montre le chemin vers l’amour et la lumière alors que l’essence féminine de son être est l’amour et la lumière.

Considérer une dimension messianique dans un personnage de fiction est intéressant parce qu’il peut être décrit ou inspiré selon de nombreux archétypes. William Wallace dans Braveheart par exemple est le sauveur de son peuple. Sa personnalité peut alors se construire sur des éléments d’un archétype protecteur comme celui de Arès.
Wallace s’en va-t-en guerre pour accomplir son objectif (peut-être même sa destinée) de liberté. Et l’archétype de Osiris vient se greffer sur celui de Arès. Ne craignez pas la complexité pour inventer vos personnages sur la base d’archétypes.

Le choix d’un archétype doit aider le héros qui s’en revêt à réussir son objectif. Il fait sens que l’on ne peut affubler un personnage d’une personnalité qui ne sied pas aux objectifs qu’il s’est fixé dans une histoire.
Bien sûr, dans le choix d’un héros qui s’inspire de Osiris pour sa construction, il n’est nul besoin de le relier à une spiritualité particulière. Le spirituel est possible mais surtout, c’est un personnage qui s’est persuadé qu’il devait accomplir quelque chose d’important.

Et l’auteur a de nombreuses alternatives pour décider de ce que sera cette chose importante. Jeffrey Wigand dans Révélations par exemple abandonne tout (la marque sacrificielle des sauveurs), sa femme, ses enfants, sa carrière pour aller jusqu’au bout de ses opinions.
Il est hésitant au début mais il réalisera très vite que ce choix qu’il fait est la raison pour laquelle il est né. Du moins, c’est une façon de voir les choses. A t-on vraiment un but dans la vie ? Si oui, alors Jeffrey Wigand en est une démonstration excellente.

Un personnage extraordinaire

Comme cet archétype ne se fonde pas sur les opinions généralement admises au sein de sa communauté, il vit en quelque sorte un peu en marge de celle-ci. C’est quelqu’un qui veut connaître le fond des choses.

Il respecte toutes les religions et tous les systèmes de croyance. Il a une notion particulière du sacrifice car il sait qu’en donnant de sa personne et de son temps aux autres, la récompense le comblera.
Bien qu’il s’en défende, autrui aime voir en lui une figure spirituelle. Lorsque le personnage est un homme, cela lui est même facilité.

Lorsqu’il est persuadé d’une cause, il est très actif pour la défendre. Partant, il peut être un homme public. Le souci qu’il devra affronter cependant est que si cette cause est de compassion et d’amour, il peut être dénigré par cette ambition.

Un personnage qui s’inspire des traits de la personnalité de Malcolm X par exemple très sensible aux inégalités que son statut d’appartenir à une minorité lui a fait très tôt sentir, sera concerné par la quête d’une harmonie entre les individus.
Et il est possible aussi que le personnage prenne conscience progressivement de ces inégalités (s’il est né par exemple dans une classe relativement aisée) et qu’il en fasse le combat de sa vie.

Lorsqu’on aborde un tel archétype, on peut supposer (il suffira ensuite et éventuellement de le démontrer au cours de l’histoire) que pour un tel personnage, toute chose vivante est la manifestation du divin.
Ainsi, il est préoccupé autant des autres que de lui-même. Il faut bien comprendre que chez lui, la notion de sacrifice n’est pas de s’abandonner corps et âme dans un engagement au service d’autrui. Ce qu’il fait pour les autres, il le fait aussi pour lui.

Cet archétype se voit comme un modèle

On peut considérer qu’il n’est pas athée. Il est plutôt enclin à croire tant qu’on ne lui pas prouvé le contraire. Il serait mieux décrit comme un agnostique.
Pourtant, on le surprend assez souvent à faire du prosélytisme. Il croit que l’âme humaine, chose divine par essence, est enfermée à l’intérieur du corps par un démiurge. Il adopte ainsi la théorie des gnostiques. Mais il s’en sert davantage pour que chacun trouve en soi une illumination. On peut penser qu’il agit par conviction mais cherche surtout à ce que les autres prennent modèle sur lui car il est la voie vers une vérité (enfin… sa vérité).

C’est le salut de l’âme qui le motive et non la préservation du corps. Il y a une piste à explorer à en faire un chirurgien réputé. Un personnage qui sauve des vies et qui est pourtant convaincu de l’inutilité de son geste.
Ce que craint le plus un personnage élaboré sur l’archétype de Osiris, c’est de voir les gens ou lui-même attirés sur le mauvais chemin par ceux qui y sont déjà. C’est de voir les individus s’aveugler par leurs passions, leurs désirs…
De n’être plus que des êtres de chair faisant une confiance aveugle dans l’immédiat, d’êtres totalement aliénés à leurs sens. En d’autres mots, de tomber dans la concupiscence volontairement. Concrètement, cela se traduit par des activités abrutissantes dont on croit faussement ne pouvoir échapper ou bien parce qu’elles sont faciles.

Ce qu’il craint aussi est de ne pas être pris au sérieux. Il affiche clairement un idéal dont ses détracteurs pourraient s’emparer afin de le dénigrer. Comme beaucoup qui poursuivent un idéal, le manque de temps pour accomplir sa mission se fait cruellement sentir. Cela peut ajouter au suspense de certaines situations.

Sa motivation

Le besoin d’être connecté à quelque chose de plus grand que lui est ce qui pousse ce personnage emprunté à Osiris à agir. Cet être est amour. Il donne et souhaite recevoir un amour inconditionnel.
Sur un plan intérieur, il est en lutte constante contre ses propres démons. Tout comme d’autres avant lui, il doit résister aux tentations et tenir bon sur ses croyances.

Selon le regard d’autrui, il peut être vu comme bon ou mauvais. Ainsi, il est aisé de savoir qui sera avec lui et contre lui. Ses ennemis pourraient l’accuser d’avoir créé un culte. C’est exactement ce qui se passe avec le personnage de Shawn Farrell de la série Les 4400.

Comme souvent chez ceux qui possèdent un idéal et qui sont déterminés à aller jusqu’au bout de celui-ci, ils ont l’apparence de la folie. Il faut savoir aussi que cet archétype suscite la jalousie. En effet, sa connexion visible avec le divin attirent souvent la convoitise du clergé qui se prétend dépositaire d’une telle alliance.

Un tel personnage n’a pas vraiment besoin de changer au cours de l’histoire. Au contraire, celle-ci va renforcer sa conviction. Elle va le rendre plus fort dans la lutte qu’il livrera contre ses propres peurs.
Il doit apprendre à ne pas se réprimer lorsque les conséquences possibles de ses décisions le paralysent. Et il doit faire confiance autant à son intuition qu’à son jugement lorsque ses convictions lui montrent la voie d’une vérité. Il doit totalement croire en lui-même quelles que soient les conséquences de ses décisions.

Peut-être peut-il commencer l’histoire empli de doutes et fragile vis-à-vis de ces accusateurs et il apprendra alors à mûrir tout au long de son aventure. Il faut qu’il apprenne à ne plus fuir devant l’adversité. Et à se redresser pour la vaincre.
Comme un tel personnage n’a pas vraiment besoin d’évoluer au cours de l’histoire, l’auteur peut en profiter pour montrer qu’il aide les autres personnages à grandir en se servant de sa propre expérience ou bien de son image comme modèle. Ce peut être un moyen plus pratique de gérer un tel archétype.

Quelques exemples

Luke Skywalker, Jeffrey Wigand (Révélations), David Dunn (Incassable), Neo (Matrix), Charles Foster Kane (Citizen Kane), Gandhi, Robin des bois, William Wallace (Braveheart), Martin Luther King, Superman, Paul Atreides (Dune)…

7 réflexions sur « ARCHÉTYPE : OSIRIS, LE MESSIE »

  1. Bonsoir William. Encore merci et bravo pour ton « milking » archétypal des personnages. Toujours brillant sur la question et donc, d’une aide indispensable … Si, franchement !

      1. Bonjour William, le « milking » est un terme américain de technique scénaristique dont j’avoue ne plus souvenir d’où ou de qui je l’ai appris.

        En français, c’est la « traite des vaches », autrement dit tirer tout le lait nourricier d’un élément ou d’un personnage jusqu’à sa dimension mythique.

        Par exemple, une pomme peut évoquer celle de la reine maléfique de Blanche-Neige jusqu’à celle du jardin d’Eden. Sa présence dans un plan ou une scène n’est plus anodine.

        Ta série d’articles sur les archétypes sont un parfait exemple de « milking » effectué sur un personnage sauf que c’est le procédé inverse puisque le milking sert à puiser un mythe qui se cache dans un personnage ou un élément du décor ou de l’action.

        C’est une technique de réécriture pour approfondir son sujet.

        1. Merci pour ces précisions Patrice. On pourrait alors considérer le milking comme un aspect de l’extension d’un concept ou d’une idée. Par exemple, pour la pomme que tu cites si adroitement, la méchante reine ou le péché originel serait alors des extensions possibles de l’idée même de pomme. Et concernant plus spécifiquement le milking, ce serait une recherche de sens s’orientant davantage sur les mythes. Cela me fait penser à mes propres recherches sur Joseph Campbell, Freud et Jung.

  2. Oui, une extension sauf qu’il faut en rester à l’extension et trouver encore l’extension de l’extension (parce qu’il s’agit de continuer la traite jusque là, jusqu’à une finalité). Donc la pomme dans un plan ne doit plus évoquer que le péché originel comme c’est déjà le cas pour sa présence dans Blanche-Neige.

    Je t’épargne « l’extension » vers la matrice du logiciel intérieur de marque métaphore. En fait, il faut traire tout le lait nourricier de la matrice (exemple : le péché « originel ») mais faudrait un mémoire pour développer.

    1. Je peux au moins préciser pour permettre les bonnes pistes, que la matrice est d’essence maternelle, le monde intérieur (en se référant au ventre qui nous abrite 9 mois maxi). C’est dire que même le mythe de la caverne de Platon est lui-même tiré de la matrice.

      Puis s’en suit le mythe d’Icare et l’image solaire du monde extérieur …

      De foetus à la naissance, l’enfant ne perçoit qu’une présence extérieure (par une main qui palpe fièrement) et qui finit en ombre tant que bébé n’a pas encore la vue.

      Vois tu où je veux en venir et à qui je pense pour l’appel de l’aventure ? Cette présence si inquiétante parce que surtout rivale … à l’image de Dark Vador, le « père » du « héros » Skywalker … (L’ombre et la force en soi de l’affronter, cet empereur du monde extérieur encore obscur et terrifiant, imaginé depuis le monde intérieur).

      Forcément matriciel aussi le lait nourricier puisé jusqu’à parvenir à cette dimension mythique de toute une saga !

  3. Bonjour William et à tous,

    Oui, je dois toutefois ajouter un détail sur le but très simple recherché.

    Il faut aller chercher les émotions infantiles du public (rires, larmes ou angoisses).

    Autant tout replacer dans le vrai contexte …

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